Affichage des articles dont le libellé est Alan watts. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alan watts. Afficher tous les articles

lundi 18 décembre 2023

dimanche 15 janvier 2012

Alan Watts




Alan Watts
On ne présente plus Alan Watts : on l'écoute !... On le lit !...

" La partie de vous-même qui veut changer les choses est celle-là même qui aurait besoin d’être changée. "

La question de l'Ego
La question la plus fascinante au monde, me semble-t-il, est celle-ci : qui suis-je? Ou bien: que suis-je? Celui qui voit, celui qui sait, celui qui est : voilà bien la chose qui constitue l'expérience la plus inaccessible de toutes, une expérience mystérieuse, complètement occultée.
Nous parlons de notre ego. Nous utilisons le mot je. J'ai toujours été extraordinairement intéressé par le sens que les gens donnent au mot je, à cause des formes curieuses qu'il peut prendre au cours de la conversation. On ne dit pas, par exemple, " je suis un corps ", mais "j'ai un corps ". D'une certaine manière, nous ne paraissons pas nous identifier entièrement à tout ce qui est nous-même. Je dis " mes pieds ", " mes mains ", " mes dents ", comme s'il s'agissait de choses m'étant extérieures. Et, dans la mesure où je peux m'en faire une idée, la plupart des gens semblent ressentir qu'ils sont quelque chose à mi-chemin entre leurs deux oreilles, un peu en retrait des yeux, à l'intérieur de la tête, tout le reste se trouvant comme raccroché à ce quelque chose. Et ce principe actif qui est ici, c'est ce que nous appelons notre ego. C'est moi!
(...)
Mais alors, qu'est-ce que notre ego? Une illusion doublée d'une futilité. C'est l'image que nous avons de nous-même, une image incorrecte, fausse, une caricature combinée à un effort musculaire futile, pour rendre sensible notre volonté.
Ne serait-ce pas mieux, si le sentiment que nous éprouvions de nous même était en accord avec la réalité? Cette réalité de notre existence qui fait que nous sommes à la fois l'environnement naturel -c'est-à-dire en fin de compte l'univers entier- et l'organisme qui joue avec. Pourquoi ne le ressentons-nous pas ainsi? De toute évidence, parce que cette sensation est occultée par une autre. D'origine sociale, elle est le résultat d'une sorte d'hypnotisme s'exerçant à travers tous les procédés éducatifs, et qui crée cette impression hallucinatoire d'être celui que nous sommes ce pourquoi nous nous comportons comme des fous.
(...)
Nous sommes fous à lier

La solution au problème ?
" Mais ", me direz-vous, comment en venir à bout ? " Je réponds à cela qu'il s'agit d'une mauvaise question; de quoi faut-il venir à bout? Vous ne pouvez pas vous débarrasser des hallucinations qui donnent substance à votre ego à l'aide de votre ego. Désolé, mais c'est impossible, comme de se soulever en tirant sur ses propres bottes. On n'éteint pas le feu avec le feu: si vous essayez de vous débarrasser de votre ego à l'aide de votre ego, vous tombez dans un cercle vicieux. Et vous risquez fort de ressembler à quelqu'un qui redoute de se faire du souci du fait qu'il est soucieux... vous tournez en rond sans fin en devenant toujours plus fou.
La première chose à comprendre quand vous vous dites: " que puis-je faire pour me débarrasser de mon faux ego ? C'est que la réponse est " rien" , car vous posez la mauvaise question. En demandant: " Comment puis-je, alors que je m'éprouve comme un ego, me débarrasser du sentiment d'être un ego? " On ne peut que vous répondre " impossible " Vous dites alors: " Mais dans ce cas, c'est désespéré! " Ça ne l'est pas. Simplement, vous n'avez pas reçu le message.
Si vous avez découvert que votre volonté et que ces trucs ne peuvent pas se débarrasser de cette hallucination, vous avez découvert quelque chose de très important. En comprenant que vous ne pouviez rien y faire vous avez réalisé que vous n'existez pas. C'est-à-dire " vous " en tant qu'ego n'existez pas, et c'est si évident que vous ne pouvez rien y faire. Vous constatez ainsi que vous ne pouvez pas vraiment contrôler vos pensées, vos sensations, vos émotions, et que tous les processus qui se produisent en vous comme hors de vous vous échappent complètement.
Mais alors, qu'arrive-t-il? Eh bien voilà ce qui arrive: vous observez ce qui se passe. Vous voyez, vous ressentez tout ce qui se produit, et vous constatez soudain, à votre grand étonnement, que vous pouvez parfaitement vous lever, marcher jusqu'à la table, y prendre un verre de lait et le boire : il n'y a rien qui s'oppose à ce comportement. Vous pouvez toujours agir, vous pouvez toujours bouger, vous pouvez toujours fonctionner de façon rationnelle mais vous avez soudain découvert que vous n'étiez pas ce que vous croyiez être. En tout cas pas cet ego qui pousse et tire à l'intérieur de son sac de peau.
Voici que vous vous éprouvez vous-même et le monde entier d'une manière nouvelle - le monde entier comprenant votre corps et tout ce dont vous faites l'expérience pendant votre vie. C'est intelligent. Ayez confiance.

Le néant
Vous ne pouvez pas voir vos yeux directement avec vos yeux. Vous ne pouvez pas vous observer en train de vous observer. Vous ne pouvez pas toucher le bout de l'un de vos doigts avec le doigt en question, quelle que soit l'opiniâtreté que vous y mettiez. C'est simplement parce qu'il y a un envers à toute observation, une sorte de point aveugle, comme il s'en trouve précisément un au fond de l'oeil. Quelque effort que l'on fasse, on se trouve ici en présence d'un " trou irréductible ", c'est l'inconnu. C'est la portion de l'univers qui ne se voit pas elle-même parce qu'elle est son système de vision.
Mais l'inconscient est la part de l'expérience qui crée la conscience, tout comme le creux constitue la vague, l'espace le solide, et le fond la forme. Tout cet aspect de votre vie que vous appelez inconscient, inconnu, impénétrable, est inconscient, inconnu et impénétrable parce qu'il est véritablement vous-même. Autrement dit votre moi le plus profond est le côté " néant ", le côté dont on ne peut rien savoir.
Ne soyez donc pas effrayé par le néant --je pourrais dire : " Il n'y a rien d'effrayant dans rien. " Mais dans notre culture, les gens sont terrifiés par l'idée de néant, comme ils le sont par la mort; ils regrettent même de dormir, considérant cela comme du temps perdu. Ils éprouvent tout au fond d'eux-mêmes une terreur vague: celle que l'univers tout entier finisse par sombrer dans un néant définitif. Tout alors sera oublié, mort et enterré. Mais c'est une peur complètement irrationnelle, car c'est justement dans ce néant que se trouve la source de toutes choses.
Nous avons besoin d'espace pour vivre, et l'espace est une sorte de néant, comme la mort - le principe est le même. En disposant d'espace, de tranches de néant, de distances vides entre les choses, la vie est alors correctement " espacée ".

mardi 7 décembre 2010

Alan Watts





La solution au problème ?


" Mais ", me direz-vous, comment en venir à bout ? " Je réponds à cela qu'il s'agit d'une mauvaise question; de quoi faut-il venir à bout? Vous ne pouvez pas vous débarrasser des hallucinations qui donnent substance à votre ego à l'aide de votre ego. Désolé, mais c'est impossible, comme de se soulever en tirant sur ses propres bottes. On n'éteint pas le feu avec le feu: si vous essayez de vous débarrasser de votre ego à l'aide de votre ego, vous tombez dans un cercle vicieux. Et vous risquez fort de ressembler à quelqu'un qui redoute de se faire du souci du fait qu'il est soucieux... vous tournez en rond sans fin en devenant toujours plus fou.

La première chose à comprendre quand vous vous dites: " que puis-je faire pour me débarrasser de mon faux ego ? C'est que la réponse est " rien" , car vous posez la mauvaise question. En demandant: " Comment puis-je, alors que je m'éprouve comme un ego, me débarrasser du sentiment d'être un ego? " On ne peut que vous répondre " impossible " Vous dites alors: " Mais dans ce cas, c'est désespéré! " Ça ne l'est pas. Simplement, vous n'avez pas reçu le message.

Si vous avez découvert que votre volonté et que ces trucs ne peuvent pas se débarrasser de cette hallucination, vous avez découvert quelque chose de très important. En comprenant que vous ne pouviez rien y faire vous avez réalisé que vous n'existez pas. C'est-à-dire " vous " en tant qu'ego n'existez pas, et c'est si évident que vous ne pouvez rien y faire. Vous constatez ainsi que vous ne pouvez pas vraiment contrôler vos pensées, vos sensations, vos émotions, et que tous les processus qui se produisent en vous comme hors de vous vous échappent complètement.

Mais alors, qu'arrive-t-il? Eh bien voilà ce qui arrive: vous observez ce qui se passe. Vous voyez, vous ressentez tout ce qui se produit, et vous constatez soudain, à votre grand étonnement, que vous pouvez parfaitement vous lever, marcher jusqu'à la table, y prendre un verre de lait et le boire : il n'y a rien qui s'oppose à ce comportement. Vous pouvez toujours agir, vous pouvez toujours bouger, vous pouvez toujours fonctionner de façon rationnelle mais vous avez soudain découvert que vous n'étiez pas ce que vous croyiez être. En tout cas pas cet ego qui pousse et tire à l'intérieur de son sac de peau.

Voici que vous vous éprouvez vous-même et le monde entier d'une manière nouvelle - le monde entier comprenant votre corps et tout ce dont vous faites l'expérience pendant votre vie. C'est intelligent. Ayez confiance.

source : Non-dualité

lundi 18 octobre 2010

Alan Watts



TEXTES 
l'action
* Vous ne pouvez pas agir correctement en imitant les actions de quelqu’un d’autre. (Mémoires)

les croyances 
* La vision de Dieu ne s’obtient qu’en abandonnant toute croyance en une quelconque idée de Dieu. (Mémoires)

le combat stérile 
* L’illumination, c’est d’abord la liberté d’être le raté que l’on est… Il nous faut commencer là où l’on est, de façon entière, sans réserve et sans regret… En dehors de cette acceptation, toute tentative de discipline morale ou spirituelle demeure le combat stérile d’un esprit divisé et de mauvaise foi. (Amour et Connaissance) 

l'Occidental et le zen 
* L’Occidental que le zen séduit doit faire preuve d’une qualité indispensable : il lui faut avoir une connaissance exacte de sa propre culture afin de n’être plus inconsciemment soumis à ses postulats. (Beat zen, Square zen et Zen)

le Soi et le détachement
* Le profond détachement du Soi par rapport à l’ego et le monde n’est pas un détachement de rejet mais d’acceptation et d’amour. Le vrai détachement quant aux choses consiste à les laisser libres d’être elles-mêmes, c’est-à-dire, à ne pas les confondre avec le Soi. Et quand sont-elles confondues au Soi? Lorsqu’elles sont identifiées à Lui inconsciemment et séparées de lui comme s’il était un objet tout comme elles-mêmes. Chercher Dieu ou le Soi comme objet de connaissance, c’est nier la Transcendance de l’infini en la plaçant dans la classe des objets. Mais la Transcendance n’est pas la séparation, de même que, du point de vue métaphysique, la sainteté n’est pas " une mise à part " (comme le veut le sens de kodesh, " la sainteté " en hébreux). C’est plutôt la totalité de ce qui est tout-incluant. Ainsi, la réalisation vient-elle par une plongée consciente et délibérée au cœur de la vie et non d’un retrait par rapport à celle-ci. Elle naît d’une généreuse acceptation de l’expérience finie, non de ce que l’on efface celle-ci de l’esprit. Elle vient du consentement entier à être ce que l’on est, et non du fait que l’on tente de se hausser vers le ciel au moyen de ses lacets de chaussures. Le Soi réalise la liberté à l’égard du monde limité en s’abandonnant délibérément aux limites de celui-ci… Consentir à être insécure constitue la sécurité ultime. Consentir à souffrir est l’essence de la joie divine. Consentir à être limité c’est connaître son infinité. Consentir à être un esclave c’est être vraiment libre. Consentir à être un fou et un pécheur, c’est à la fois être un sage et un saint. (La Suprême Identité)

l'essence de la conscience
* L’usage même du terme " inconscient " pour désigner les profondeurs abyssales montre bien combien peu l’Occidental connaît ce qui est en réalité l’essence même de sa conscience. (La Suprême Identité)

l'accord naturel avec le Tao
* Comment se mettre en accord avec le Tao? Un sage a dit que si on essaie de s’y accorder, on va s’en éloigner. Mais il n’a pas tout à fait raison. Car curieusement, on ne pourrait sortir de l’accord avec le Tao même si l’on voulait. Même si les pensées plongent dans le passé ou l’avenir, elles ne peuvent échapper au moment présent, car elles sont dans le moment, tout comme les choses auxquelles elles participent. Vous pouvez vous croire en désaccord par rapport à la vie et son maintenant éternel, mais vous ne pouvez l’être vraiment, car vous êtes la vie et vous existez maintenant – autrement vous ne seriez pas là. Aussi, le Tao infini est-il quelque chose que vous ne pouvez ni fuir ni saisir en le poursuivant. Il n’y a pas de mouvement d’approche ou d’éloignement à son sujet : cela EST et vous êtes cela. 
(Devenez ce que vous êtes)

l'acceptation
* L’acceptation : un art pour lequel il n’est pas de technique.

le renoncement
* Il est facile de " renoncer au monde " quand on ne sait même pas gérer ses affaires.


* Tout effort pour se renoncer soi-même mène à une impasse.


* En traversant le ciel, 
ni l’oiseau ni la flèche ne laissent de trace.

la prétention au contrôle
* Vouloir à tout prix se transformer contient l’obstacle qui empêche la transformation : la prétention au contrôle.

l'obstacle
* La partie de vous-même qui veut changer les choses est celle-là même qui aurait besoin d’être changée.

l'éveil
* On n’atteint pas l’éveil, pas plus qu’une aiguille n’est accessible à sa propre piqûre.


* Tout éveil doit nécessairement se produire spontanément, n’en déplaise à ceux qui obligent des gens à devenir leurs disciples pour y atteindre.


* Chercher l’éveil c’est comme utiliser ses lunettes pour les chercher.

le pouvoir
* Toute question de discipline, de volonté, d’acharnement dans ce domaine cache un pouvoir clérical.

l'abandon 
* C’est en reconnaissant que je ne peux m’abandonner que l’abandon survient.


* Aucune technique, aucune croyance n’est nécessaire pour atteindre ce qui est déjà là. 
(Le Tabou qui défend de se connaître)





jeudi 25 février 2010

Alan Watts





Bienheureuse Insécurité

Alan Watts


« J’ai toujours été fasciné par la loi de l’effort inversé. Je l’appelle parfois la loi des « effets contraires ». Si l’on essaie de flotter à la surface de l’eau, on coule, mais si l’on essaie de couler, on flotte. Si l’on essaie de retenir son souffle, on le perd - et ceci me rappelle un vieux dicton oublié : « Quiconque voudra sauver son âme, la perdra. » » (p. 7)

« Ce livre, cependant, est écrit dans l’esprit du sage chinois Lao-tseu, ce maître de la loi de l’effort inversé, qui affirmait que tous ceux qui se justifient ne convainquent pas, que pour connaître la vérité il faut se libérer de la connaissance, et que rien n’est plus puissant et créateur que le vide, devant lequel les hommes reculent généralement avec horreur. » (p. 9)

« Notre époque est donc une époque de frustration, d’angoisse, d’agitation, et d’accoutumance à la « drogue ». Nous devons tant bien que mal saisir ce que nous pouvons pendant que nous le pouvons, et chasser l’impression que tout cela est vain et sans signification. Cette « drogue » est notre haut niveau de vie, c’est-à-dire une stimulation forte et complexe de nos sens, qui finit peu à peu par les désensibiliser ; aussi ceux-ci réclament-ils des stimulations de plus en plus violentes. Nous sommes assoiffés de distractions, de visions, de sonorités, d’émotions, de titillations dont nous voulons jouir au maximum et le plus vite possible. » (p. 21)

« Si paradoxal que cela puisse paraître, nous ne découvrirons de même un sens à notre vie que lorsque nous réaliserons qu’elle est tout à fait dépourvue de but, et nous ne connaîtrons les « mystères de l’univers » que lorsque nous serons intimement convaincus que nous n’en connaissons encore rien. » (p. 29)

« La sensibilité exige une très grande douceur et beaucoup de fragilité - pupilles, tympans, papilles gustatives et terminaisons nerveuses, aboutissant tous à ce très délicat organisme qu’est le cerveau. » (p. 32)

« Si nous pouvons éprouver des plaisirs intenses, c’est que nous sommes sujets à d’intenses douleurs. Nous aimons le plaisir et nous détestons la douleur, mais il semble impossible d’avoir l’un sans l’autre. Et il apparaît de plus que tous deux doivent en quelque façon alterner, car le plaisir continu est un stimulus qui ne peut que s’émousser ou s’accroître. Or, tout plaisir accru, soit durcit et insensibilise les terminaisons nerveuses sous sa poussée, soit se transforme en douleur. Un régime alimentaire à base de nourriture riche coupe l’appétit ou rend malade. » (p. 32-33)

« Une personne dure et amère est toujours quelqu’un d’à demi suicidé ; une partie d’elle-même est déjà morte. » (p. 34)

« Le pouvoir des souvenirs et des espérances est tellement grand que pour la plupart des êtres humains le passé et le futur ne sont pas tant aussi réels, que plus réels encore que le présent. On ne peut vivre le bonheur dans le présent tant que l’on n’a pas « nettoyé » son passé et que le futur ne brille pas de promesses. » (p. 37)

« Après tout, le futur ne revêt presque aucune signification et n’est pratiquement d’aucune importance, puisque, tôt ou tard, il doit se transformer en présent. Aussi faire des projets pour un avenir qui ne doit jamais devenir présent est à peine plus absurde que de faire des projets pour un futur, lequel, devenant présent, me trouvera « absent », et en train de regarder obstinément par-dessus ses épaules au lieu de le regarder bien en face. » (p. 39)

« (...) l’essentiel de la sagesse dont nous faisons preuve dans notre vie quotidienne ne nous est jamais transmise verbalement. » (p. 64)

« De plus en plus nous essayons de mieux nous adapter à la vie grâce à des gadgets externes, et nous tentons de résoudre nos problèmes par la pensée consciente plutôt qu’en nous remettant au « savoir-faire » inconscient. Cela est beaucoup moins à notre avantage que nous aimerions le croire. » (p. 66)

« Nous stimulons nos sens jusqu’à ce qu’ils deviennent insensibles, aussi, pour que le plaisir puisse durer, devons-nous recourir à des stimulants de plus en plus forts. » (p. 69)

« Les animaux passent le plus clair de leur temps à sommeiller et à paresser agréablement, mais, sous prétexte que la vie est courte, les êtres humains se sentent contraints d’amasser pêle-mêle le plus de conscience, de vivacité, et d’insomnie chronique possible afin d’être bien sûrs de ne pas rater la moindre sensation de plaisir. (...) Aussi deviennent-ils de plus en plus incapables de jouir d’un plaisir réel, et finissent-ils par devenir insensibles aux joies les plus subtiles et les plus vives de la vie qui sont en fait extrêmement simples et communes. » (p. 72-73)

« (...) c’est le cerveau qui est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le cerveau. » (p. 85)

« La vraie raison pour laquelle la vie peut paraître parfois tellement exaspérante et frustrante, ce n’est pas parce qu’il existe ce que l’on appelle la mort, la douleur, la peur ou la faim. Mais là où rien ne va plus, c’est que face à ces événements, nous nous mettons à bourdonner et tourner en rond comme des mouches affolées, pour essayer de maintenir notre « ego » hors de l’expérience. Nous nous prenons pour des amibes, et nous essayons de nous protéger de la vie en nous séparant en deux. Mais le bon sens et l’intégrité voudraient que nous comprenions que nous ne sommes pas séparés, que l’homme et son expérience présente ne forment qu’un seul tout, et qu’il n’existe pas d’« ego » ou d’esprit séparé. » (p. 104)

« Plus nous nous habituons à comprendre le présent d’après le passé, le connu d’après l’inconnu, le vivant d’après ce qui est mort, plus notre vie se dessèche et plus nous sommes envahis d’un sentiment de tristesse et de frustration. Ainsi protégé de la vie, l’homme devient une sorte de mollusque incrusté dans la coquille dure de la « tradition », et quand la réalité finit par surgir, un raz de marée de terreur l’emporte. » (p. 113)

« Mais nous sommes, pour la plupart, intérieurement déchirés par ce conflit parce que notre vie n’est qu’un long effort pour résister à l’inconnu, au présent réel dans lequel nous vivons, qui est l’inconnu sur le point de naître. C’est pourquoi nous n’apprenons jamais à vivre en harmonie. À chaque instant nous hésitons, nous restons sur la défensive. Et tout cela sans que nous en retirions aucun avantage, car la vie nous plonge malgré nous dans l’inconnu et vouloir résister est aussi vain et exaspérant qu’essayer de nager à contre-courant dans un torrent déchiré. » (p. 114)« Il faut au contraire être complètement sensible à chaque instant, considérer chacun de ceux-ci comme tout à fait nouveau et unique, garder l’esprit ouvert et réceptif. » (p. 115)

« La philosophie chinoise dont le judo lui-même est une expression - c’est-à-dire le taoïsme - nous a révélé comment l’eau réussit à surmonter tous les obstacles grâce à sa fluidité et à sa flexibilité. » (p. 115)

« (...) la paresse. De façon tout à fait significative, les gens nerveux et frustrés sont toujours affairés, même quand ils sont oisifs, car cette oisiveté est une « paresse » qui vient de la peur et non du repos. Mais l’esprit-corps est un système qui accumule et conserve de l’énergie. Ce faisant il est tout à fait paresseux. Quand l’énergie est accumulée, elle ne demande alors qu’à être dépensée, le plus facilement et avec le moins d’effort possible. C’est pourquoi ce n’est pas seulement la nécessité mais aussi la paresse qui est mère de l’invention. Il suffit d’observer les mouvements lents et « lourds » d’un travailleur habile occupé à quelque rude tâche, et comment, alors même qu’il lutte contre la pesanteur, un bon montagnard utilise en fait cette même pesanteur et marche à grandes enjambées lentes et pesantes. On dirait qu’il tire des bords contre la pente, comme un voilier contre le vent. » (p. 117)

« Demeurer stable c’est s’interdire d’essayer de se séparer de la douleur parce que l’on sait que c’est impossible. Fuir la peur c’est avoir peur, résister à la douleur c’est souffrir, se montrer courageux c’est être craintif. Si l’esprit souffre, l’esprit est douleur. » (p. 118)

« Vouloir échapper à la douleur est la douleur même ; ce n’est pas la réaction d’un « ego » séparé de la douleur. Quand on comprend cela, le désir d’échapper « se fond » dans la douleur elle-même et disparaît. » (p. 119)

« (...) il faut toujours rester conscient, alerte et sensible à toutes les actions et inter-relations possibles, à partir de cet instant présent. Mais il faut tout d’abord être pleinement convaincu qu’il n’existe pas réellement d’autre solution à part celle de rester conscient - parce que l’on ne peut se séparer du présent et définir son propre être à part. » (p. 119)

« Car, lorsque l’on comprend réellement que l’on est ce que l’on voit et ce que l’on connaît, on ne se promène pas dans la campagne en se disant : « Je suis tout ceci. » Il n’y a simplement que « tout ceci ». » (p. 140)

« Pour « connaître » la réalité il ne faut pas lui être extérieur et la définir ; il faut y entrer, l’être et la ressentir. » (p. 141)

« Plus une mouche se débat pour se dégager du miel, plus elle s’y englue. Sous la pression de tant d’efforts futiles, il n’est pas étonnant que l’homme se défoule dans la violence et le sensationnel, l’exploitation aveugle de son corps, de ses appétits, du monde matériel et de ses amis. Et c’est un nombre incalculable de douleurs qu’une telle exploitation ajoute encore aux souffrances nécessaires et inévitables de l’existence. » (p. 142)

« Il est clair que tout existe pour cet instant. C’est une danse, et quand on danse ce n’est pas pour arriver quelque part. On tourne en rond, mais sans être victime de l’illusion que l’on est à la recherche de quelque chose, ou que l’on échappe aux tourments de l’enfer. » (p. 143)

« La mort est l’inconnu où chacun d’entre nous a vécu avant de naître. » (p. 144)

« (...) il est connu que rien ne gâche plus un « plaisir » que de s’interroger pour savoir s’il nous est vraiment agréable. Nous ne pouvons vivre qu’un seul moment à la fois, et nous ne pouvons pas à la fois écouter la rumeur des vagues et réfléchir pour savoir si nous aimons vraiment écouter les vagues. Les actions contradictoires de ce genre sont les seules où il ne nous est laissé absolument aucune liberté. » (p. 154)

« Comme il ne peut s’intéresser à lui-même, de même qu’un miroir ne peut se refléter lui-même, l’esprit doit s’intéresser ou s’absorber dans d’autres choses ou d’autres gens. » (p. 163)

« Tout le monde est doué d’amour, mais celui-ci ne peut se manifester que lorsqu’on est convaincu qu’il est impossible et frustrant de vouloir s’aimer soi-même. Mais nous n’en serons pas convaincu à coups de condamnations, en sa haïssant soi-même, ou en accablant l’amour de soi des pires noms qui existent. Nous n’en serons pleinement persuadés qu’en réalisant clairement et en toute conscience qu’il n’existe pas de « soi » que l’on puisse aimer. » (p. 165)

« Il est évident que les seules personnes intéressantes sont les personnes intéressées, or, pour être complètement intéressé, il faut avoir oublié son « moi ». » (p. 183)

« Nous avons donc bien de la chance de vivre en une époque où le savoir humain a atteint un tel point qu’il ne sait plus trouver les mots, non pas simplement pour les choses étranges et merveilleuses, mais pour les plus ordinaires également. La poussière sur les étagères est devenue autant un mystère que les étoiles les plus éloignées ; nous connaissons suffisamment de choses sur les deux, pour savoir que nous ne connaissons rien. » (p. 187

Watts, Alan. Bienheureuse insécurité : une réponse à l’angoisse de notre temps ; traduit par Frédéric Magne.Paris : Stock, 1981, source