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mardi 23 octobre 2012

Yolande





AMOUREUSE DU SILENCE

RÉMUS CHANTAL, DURAN-SERRANO YOLANDE




Qui es-tu, Yolande ? Oui, quelle est donc cette femme qui, en dehors de toute démarche spirituelle, connut une éclatante révélation la conduisant vers un chemin de lumière ? 
A qui souhaite connaître l’histoire de Yolande, celle-ci se laisse découvrir, au fil des échanges en public et de ses propos en privé. Une vie simple à l’écoute du silence, un regard ouvert sur le monde, une paix intérieure qui la construit. 
Ce second livre n’est pas un guide vers l’éveil, mais un témoignage d’amour universel, une invitation à partager le bonheur d’une vie radieuse en accueillant ce qui est. 
Mettre en mots une expérience si particulière n’était pas chose aisée. Il aura fallu le talent et la sensibilité de Chantal Rémus, engagée à la fois sur la voie poétique et sur la voie spirituelle, pour rendre perceptible ce qui, profondément, anime Yolande. Ces deux « amoureuses du silence » devaient se rencontrer pour que nous soit esquissée, sous la plume légère du poète, la densité d’un regard comblé par l’essentiel. 
 
Editions Almora  Octobre 2012
 
 

Extrait d’Amoureuse du Silence  

 

Le silence entre nous s’installe, un silence qui n’est pas seulement une absence de mots mais un lieu où les dernières paroles prononcées s’infusent et où tout finit par se dissoudre dans la sensation pure. Il me semble toucher cette essence qui absorbe tout le reste.

p.26
Les yeux sont dessillés, et voient non ce qui devrait être, ne serait-ce que pour nous rassurer, mais CE QUI EST.

p.26
L’individu enfermé dans son mental ne peut se connaître. Cette connaissance est en même temps totale inconnaissance et n’est possible que si le mental est dissous. Il ne demeure alors plus aucune séparation entre le visible et l’invisible, le passé et le futur, la vie et la mort, l’être et le non-être.
On voit en un instant le cœur, l’origine de toutes choses. On voit que la liberté et la perfection ne peuvent exister, qu’il n’y a rien à changer dans le monde, car, depuis l’origine, chacun de nous est CELA. Ce qu’on appelle la grâce, c’est la libération de l’idée d’être une personne.

p.28
Le prisme le plus fidèle de ce qu’elle a vécu reste cette phrase de Nisargadatta déjà citée dans son premier livre:
Je ne m’occupe d’aucun miracle en dehors des trois qui sont en moi: le premier est que j’ai la faculté de voir le monde; le second est que le monde est contenu dans cette minuscule tache de conscience que je suis. Le troisième est l’apparition de l’être à partir du non-être. Réfléchissez à ces miracles. Tout ce qui est en vous.

p.32
C’est toujours quelque chose d’inexplicable à laquelle on ne peut pas s’attendre, un vécu d’explosions, de fulgurances, avec ce doigt sur le cœur venu plus tardivement.
….
La nature de ce je suis est claire. Je suis simplement le témoin de la succession d’activités qui se déroulent en moi.
La vraie déconnexion, l’éveil, c’est une fois pour toutes. Tant qu’on se reconnecte, ne serait-ce qu’un instant, à la conscience individuelle, c’est qu’on n’a pas pris la voie directe et qu’on ne demeure pas dans l’absolu, dans le silence absolu.

p.33
Se connaître en tant que cela, c’est le seul miracle, que l’on peut qualifier de quatrième état, même si ce dernier n’a plus les caractéristiques de ce que l’on nomme habituellement ainsi: apparition de l’être à partir du non-être, notre véritable nature n’étant pas de penser mais de voir. Cette vision nous met au cœur de toutes les manifestations, rendant impossible l’identification à la moindre action, politique, sociale, humanitaire.
L’aide n’est plus extérieure, elle est au centre de soi. Être ce silence, cette vacuité est l’émanation de cette aide elle-même.
Il suffit de comprendre ce grand «je ne sais pas» pour comprendre toute chose. Il suffit d’être uniquement et totalement cette chose pour être le Tout.

p.36
L’amour profond consiste à amener l’autre vers l’Un, amener la relation vers l’infini de l’amour plutôt que de descendre dans l’appropriation. Il est important de se détacher de l’idée d’être une personne amoureuse et de tomber d’abord amoureux du mystère de la vie.
…
Notre seule liberté est de nous connaître en tant qu’énergie pure. Vouloir se transformer est notre piège.
Le miracle, c’est de ne rien choisir, de sorte que la vie poursuive son cycle ininterrompu à travers notre corps.

p.40
Le Silence est discours ininterrompu, toujours en perpétuelle métamorphose, prêt à épouser toutes les formes, extatiques mais aussi ordinaires. Elle constate que cette flambée énergétique finit toujours par se résorber, ce qu’elle expérimente surtout lorsque, fermant les yeux, elle entre dans une relaxation très profonde.

p.49
Vivre, c’est faire face à tout ce qui arrive dans cette Paix et cette Tranquillité.

p.50
— Comment définiriez-vous l’amour dans cette dimension-là?
— C’est cette possibilité d’accepter tout ce qui se présente, d’aimer tout ce qui est, et d’avoir conscience de cet espace infini. C’est être totalement disponible, partager cette Paix, cette Tranquillité. Mais le définir est encore bien le réduire par rapport à ce qui se vit en direct dans cette expérience.

p.56
Lorsque je suis avec un ami qui n’est pas dans le spirituel, il peut avoir l’impression que je décide, mais l’important n’est pas ce que croit l’autre mais ce que vous voyez, vous. C’est cette conviction profonde, indétrônable même pour la personne à laquelle vous vous identifiez, c’est cette conviction qui est là avant tout et qui va prendre le pouvoir sur tout.

p.74
— Notre véritable nature n’est pas de penser mais de voir. Voir la réalité de cette illusion. De ce point de vue, il n’est plus possible d’embarquer dans les projections. Tout est expression du Silence. L’aide est là, constamment. Quand on ne gaspille plus son énergie pour sa petite personne, alors l’aide est là pour le monde entier.
On voit toujours le déroulement du film, on est témoin de son existence, de celles des autres, mais l’essentiel est ailleurs. Tout est illusoire.

p.75
— La vie se charge de tout. Le corps est très intelligent, surtout si l’on est immergé dans cette consciente constante de l’éternité. On n’a plus besoin de craindre la mort. Même si le corps décidait de s’arrêter maintenant, on serait d’accord. On ne se défend plus de la mort, ni pour soi ni pour quelqu’un d’autre. Bien sûr, il est préférable de mourir avant la mort, d’une mort psychologique qui rend la personne libre de la mort.

p.82
— Je sens que quelque chose existe avant le corps et l’esprit. Ce corps et ces sens sont focalisés sur un espace de lumière qui est là avant tout le reste et qui est témoin de toute la manifestation. Cet espace immobile, cette puissance, cette verticalité avant les sens, avant l’apparition de tous les phénomènes, avant la moindre pensée, avant l’instant pré- sent, c’est cela, le Silence. Cette paix, cette tranquillité qui en se reliant à l’horizontalité, crée l’équilibre.
Ce silence, vous pouvez l’appeler «présence», c’est la même chose.

p.139
 Épilogue ou nouveau commencement?
Comment conclure? La lecture d’un livre ne remplacera jamais la rencontre de cet effluve d’Énergie Pure, que représente la rencontre d’une personne en état permanent d’Éveil. En sa présence, on ne peut que se rencontrer soi-même, non en tant que personnage mais en tant qu’incarnation sensible de tout ce qui vit.
En effet, Yolande ne propose aucun dogme, aucun chemin de sagesse, elle montre ce que pourrait être notre vie si nous nous délivrions de ces croyances qui tissent autour de nous un cocon rigide dont nous ne percevons plus l’existence. Derrière ce cocon palpite un papillon prêt à ouvrir ses ailes. Il suffit, comme le dit Yolande, de s’abandonner avec une confiance absolue.

Yolande  site : clicclic


 
 

vendredi 6 mai 2011

dimanche 5 septembre 2010

Yolande






Extrait de l'interview radio de Yolande et Laurence Vidal
Le 3 septembre à la radio suisse RSR 


Discussion autour de leur livre "Le Silence guérit".

Possibilité de télécharger l'émission "Devine qui vient dîner" - 50mns - (pendant 1 mois)






mercredi 19 mai 2010

Yolande


Lieux des entretiens publics: 37, rue Richard Lenoir , Paris 11ème (metro Voltaire).

vendredi 28 à19h30 - samedi 29 à 14h00- dimanche 30 à 14h00 .

Possibilité d’entretiens individuels les 28-29-30-31 mai .

pour plus d’information sur les rencontres avec Yolande rendez vous sur http://dsyolavie.org

ou demande de renseignements à Jean-Philippe jphdck@wanadoo.fr et au 06 76 72 56 46.

Les réservations sont souhaitées. places limitées,amenez votre zafu, ou autre siège.

participation à une rencontre 30 euros.




mercredi 21 avril 2010

Yolande



le silence guérit

laurence vidal et yolande duran-serrano



Printemps 2008 : deux femmes se rencontrent.
L’une, Yolande, vit depuis cinq années une expérience indicible, basculement soudain, éternellement répété, de tout son être au tréfonds de l’Être. Cet état – ce non état – se manifeste par un silence intense, un vide, une plénitude à la fois si extraordinaires et si simples qu’elle n’a longtemps pas eu de mots pour le dire. Étonnée d’abord, puis de plus en plus amoureuse de « cette chose » en elle qui a pris le pouvoir sur tout, Yolande se laisse guider, enseigner par elle. Et ressent de plus en plus le goût de partager ce Silence, cette manière d’être au monde empreinte de légèreté et de simplicité.
L’autre, Laurence, autrefois journaliste, se consacre à l’écriture, à la pratique du yoga et à la fréquentation des textes inspirés, qu’ils soient de métaphysique non duelle ou de mystique chrétienne et soufie.
Entre Yolande et Laurence, l’idée d’un livre germe. Elles ont du temps toutes deux, s’abandonnent au hasard providentiel de leurs conversations et de leur amitié naissante. Les mois passent… bientôt une année… Le Silence guérit en est le fruit.
À la fois tentative de dire cet indicible qu’on appelle l’Éveil et regard du témoin, Laurence, qui donne à voir Yolande dans sa vie de tous les jours et se trouve elle-même gagnée par des espaces de présence silencieuse, ce livre à quatre mains fait se tenir côte à côte une vie touchée par la grâce, une autre par l’espérance. Hors de tout courant spirituel ou religieux, puisque né d’une Libération intérieure spontanée, il témoigne du saisissement par l’ultime Réalité de soi-même et de tout. Saisissement, Silence qui est
« l’ultime guérison, puisqu’il guérit de l’idée d’être une personne… »

Extrait :

C’était au mois d’août, en 2003. La journée avait débuté comme n’importe quelle journée d’été. Mon fils était sorti, j’étais seule à la maison, à m’occuper de choses et d’autres. Et puis voilà que je l’ai remarqué…
Remarqué quoi ?
C’était comme un silence dans ma tête. Oui : un silence frappant… Où étaient passées mes pensées ?... Il y avait cet espace, cet intervalle entre les pensées qui les faisait passer au second plan. Comme si elles ne m’appartenaient plus ou, en tout cas, n’avaient plus de pouvoir sur moi. Je sentais une légèreté, un bien-être, l’impression d’être en phase, connectée avec moi-même comme je ne l’avais jamais été. Connectée à quelque chose d’inexplicable, d’inexprimable : ce silence…
Je me suis demandé ce qui m’arrivait. Et j’ai commencé d’observer.
Et ?...
Ce que je ressentais, c’était une modification de mon fonctionnement intérieur. À la vitesse de l’éclair, quelque chose m’était tombé dessus. Quelque chose que je n’avais pas vu arriver. Pas même s’installer. Et cette « chose » qu’aucun mot ne peut décrire avait pris le pouvoir sur tout.
Tu n’as rien vu arriver ?
Rien. Je n’ai pu que constater que tout était différent… Sur le moment, c’est ce silence qui m’a frappée. Dans les jours qui ont suivi, je me suis rendu compte que je ne vivais plus les choses comme avant. Les mille détails qui, dans une journée, m’agaçaient, une porte qui claque, les clefs qui disparaissent juste comme on s’apprête à sortir, une préoccupation ou une autre, tous ces micro-événements qui m’agaçaient en permanence sans même que je le remarque : tout ça ne me dérangeait plus. Je constatais : tiens, la porte est mal fermée, les clés ne sont pas dans ma poche… J’allais fermer la porte, je me mettais à chercher les clés… et je ne trouvais rien à y redire. Les choses étaient ce qu’elles étaient. Ma façon de les percevoir, d’y réagir, avait changé.
Tu ne réagissais plus, en fait ?
Voilà, je ne réagissais plus. Parce qu’il y avait ce silence, cette tranquillité qui était là, qui m’envahissait toute, et me laissait telle qu’était la situation.
Les premiers temps, j’ai regardé ça toute seule, au fond de moi, en me demandant ce que ça pouvait bien être… Comme je venais de fêter mes 40 ans, je me suis dit : « c’est formidable d’arriver à 40 ans! je me sens enfin en phase avec moi-même! je me sens si légère, si bien… »
Tu as mis ça sur le compte de la quarantaine, vraiment ?!
Oui, je me suis dit ça au début. Mais quand j’ai commencé à évoquer ce que je vivais autour de moi, je me suis aperçue que, même passé 40 ans, les gens ne ressentaient pas ce que je ressentais, ils n’avaient pas ce point de vue que j’avais.
Je n’avais que des amis très cartésiens. Tous étaient pris, comme moi, par la vie active. Pas plus que moi ils ne s’étaient posé de questions métaphysiques ni n’avaient ouvert un livre
« spirituel » ou de développement personnel… Ils m’avaient toujours connue très speed : à peine arrivée quelque part je voulais déjà être ailleurs. Et là ils me voyaient posée, tranquille tout d’un coup, sereine. Alors ils se réjouissaient pour moi.
« Tant mieux, tu as l’air bien », disaient-ils. Mais ils n’en savaient pas davantage sur ce que je vivais. Et moi non plus.
C’est là que je me suis interrogée sur ce qui pouvait bien se passer dans l’invisible, sur ce qui se passait à l’intérieur de soi. J’ai commencé à me renseigner, à entrer dans des librairies, à chercher des livres qui, peut-être, m’expliqueraient un peu ce que je vivais…



jeudi 8 avril 2010

Yolande





Pendant quarante ans, comme tout le monde, je me suis prise pour mes pensées, pour mon corps : je me prenais pour une personne. Et puis il y a eu ce basculement. En un instant, spontanément, ce silence dans ma tête. Plus de pensées : le silence, une stupeur, un étonnement profond qui ne laissait place à rien d’autre.
Alors je me suis mise à observer. Mon fonctionnement avait changé. Il y avait « cette chose », ce silence… et tout le reste. Le reste, ce que j’appelle le je suis, c’est-à-dire le contenu de l’instant : j’ai vu que tout apparaissait dans cette chose, d’instant en instant. Que tout y disparaissait.

Ton fonctionnement avait changé, dis-tu ?

Il y avait une légèreté, un bien-être. Je me sentais en phase avec moi-même, en phase comme je ne l’avais jamais été. Les choses se présentaient, les situations, les événements, même ceux qui auparavant m’auraient dérangée… je ne trouvais rien à y redire. Je ne réagissais plus, en fait. Et lorsque, deux mois plus tard, mon fils est mort dans un accident… même chose. Ce silence, cette tranquillité m’empêchait de réagir, m’empêchait d’être une mère détruite par la mort de son fils. J’ai vu que la souffrance n’existait pas.

La souffrance n’existe pas !?

Ce n’est pas la situation qui fait souffrir. Pour moi, il y a le silence. La situation ne fait pas souffrir quand le silence, quand cette chose est là.

Cette chose, qui la voit ? Yolande ?

C’est cette chose qui voit. En elle apparaît la vision, la clarté qui voit tout ce qui apparaît. En fait, c’est simultané : à l’avant-plan il y a cette chose et… le reste, tout ce qui apparaît, toute l’existence, au second plan.
Cette chose est l’espace qui est avant toute chose, toute pensée, tout événement. On ne peut pas la comprendre : c’est elle qui comprend tout, qui englobe tout. Cette chose - appelons-la Silence, Présence, Puissance, Amour ou Ultime Réalité, de toute façon aucun mot ne peut en rendre compte - cette chose, on peut seulement la vivre. Au début, je croyais qu’elle était au fond de moi. Maintenant je vois qu’elle est partout. Elle est tout. Il n’y a rien d’autre, rien qui ne soit elle. Il n’y a plus à s’inquiéter, à s’accrocher à rien.

Cette chose est au fond de toi et partout… Et Yolande, où est-elle ?

Yolande apparaît toujours, mais dans le second plan, comme le reste. Elle existe sans exister. Elle n’existe plus mais elle est là. Elle n’a plus de pouvoir. C’est ce silence, cette puissance qui a pris le pouvoir sur tout.

Elle a tout de même des pensées, des émotions…

Bien sûr des pensées, des émotions peuvent surgir. Mais cette puissance les balaye instantanément, elle les laisse au second plan. Donc tu n’as aucune possibilité de t’identifier à elles. Et cette chose est si puissante que tu ne peux revenir en arrière, tu ne peux revenir à ton ancien mode de fonctionnement, t’identifier à… tout ce que tu n’es pas.
Ça m’est arrivé parfois, au début, d’essayer de penser comme avant, de faire des projets comme avant. Impossible. Tout comme, autrefois, si j’avais voulu arrêter de penser je n’aurais pas pu, aujourd’hui, si je veux penser, eh bien je ne peux pas. C’est aussi simple que ça.

Et les émotions, toutes ces réactions automatiques qui nous viennent ?

C’est pareil. La peur, la tristesse, c’est comme le reste : un mouvement qui passe en toi et qui repart. S’il n’y a personne pour se l’approprier, il n’y a pas de peur, pas de tristesse. Il n’y a pas de réaction.

D’où viennent, selon toi, les réactions ? Y a-t-il moyen de s’en libérer ?

Elles viennent de la pensée. De la croyance en l’idée d’être une personne. Quand cette croyance tombe – et cela se fait en un instant, pas besoin de vingt ans de pratique pour ça – il n’y a plus que ce silence, cette intensité, alors tu te laisses faire. Il y a ce point de vue neuf qui est toujours là, ce vide plein, ce silence tantôt très intense et tantôt doux mais toujours présent. C’est une sensation, comme un toucher, une présence qui ne te lâche pas, même au milieu de l’action, de la concentration. Ce toucher omniprésent qui t’englobe, qui englobe tout le contenu de l’instant, t’empêche de t’identifier à la pensée, à l’émotion qui surgit. C’est lui qui te donne le sentiment profond que la personne n’est pas. Et c’est lui, c’est cette sensation qui devient vision, action… parce que cette spontanéité, cette sensation constante ne te permet pas d’être dans ta tête. C’est la sensation qui voit, directement. Et la vision, c’est l’action.

La vision c’est l’action ?

Quand tu es dans la fluidité, il y a action, sans filtre, sans pensée. Tu vois, tu sens; l’action, le geste, la parole se présentent spontanément, sans que tu aies eu à les penser.

Comme si la réalité de l’instant te dictait le geste juste ?

Tu vois que les choses se font toutes seules, sans besoin de les penser… La vie n’a pas besoin d’être pensée. Juste besoin d’être vue. Le reste se fait tout seul.

Le simple fait de voir…

… fait. Tu vois cette fluidité qui agit.

Et l’amour, dans tout ça ? Tu dis que cette chose c’est l’amour… Qu’en est-il de
l’amour entre deux personnes ?

C’est la non-relation qui permet la relation.
La non-relation ?

La non-relation avec la personne que tu croyais être. La non-séparation. Et c’est cette chose au dedans qui permet ça. C’est elle qui permet l’amour, qui est amour.
Dans la fusion amoureuse, on entre en relation avec la non-relation à l’intérieur de soi. C’est dans cette non-relation, cette chose, que réside l’amour. Et c’est parce qu’on entre en contact avec elle que l’on dit, que l’on sent « je suis amoureux ». L’autre n’y est pour rien. Ni soi-même. Ni la relation entre les deux… C’est l’écoute de cette chose, en nous, qui permet l’amour. C’est elle qui te fait découvrir que l’amour n’est pas à l’extérieur, qu’il ne dépend de rien, d’aucun objet, d’aucun état : c’est quelque chose qui est là, à l’intérieur. Plus besoin de chercher le bonheur à l’extérieur : cette chose qui te rend vivante, aimante, aimée… elle est avant tout, elle est là. Et c’est de cette chose, de cette non-relation, que l’on tombe amoureux. Un amour qui ne peut être détrôné par quoi que ce soit.
C’est vrai aussi que dans la relation amoureuse il y a des instants d’oubli de soi-même, des instants d’intimité qui sont cette fusion, cette non-séparation. Le problème, c’est que quand il y a « tomber amoureux de » l’objet ou la personne, tu rentres dans une relation avec toi-même et tu ne vas plus penser qu’à ça, qu’à cette personne. Donc tu te coupes de l’essentiel. Cette même passion devrait être pour cette chose invisible qui te permet d’être dans la non-relation avec toi-même, donc aussi avec l’autre, et te permet de sentir l’intensité de l’instant présent plutôt que l’intensité de la seule relation avec cette personne.

Cela signifie-t-il que tu ne peux plus tomber amoureuse de quelqu’un ?

Tu es tombée amoureuse de cette chose invisible, ça, c’est sûr. Mais tu peux quand même tomber amoureuse de quelqu’un, puisque c’est ce que je vis. C’est beau de voir que, dans l’instant, tu es aussi amoureuse de cette personne. Mais si elle n’est plus là, ou si elle s’absente, rien ne manque. Cette chose est toujours là et elle te permet de vivre, même sans cette personne, dans un bien-être total.

Donc, Yolande peut tomber amoureuse… Ce n’est pas une émotion, ça ?

C’est l’intensité qui guide. Auprès de telle personne elle est plus forte qu’auprès de telle autre. L’intensité est là : tu la suis. C’est elle qui te fait être ici, ou là, avec celui-ci ou avec celle-là. Tu ne décides pas : tu y vas, tu y es. La tête n’intervient pas. L’émotion non plus.

Dans cette intensité, comment perçois-tu l’autre, tous les autres ?

Je les perçois comme moi, comme les arbres, la montagne, mes pensées : au second plan. J’en reviens toujours là. Ils sont là sans être là. Ils sont passés au second plan au même titre que moi, que mon corps, que tout ce que je croyais être.

Oui, mais comment perçois-tu chacun ? Il y a des différences de l’un à l’autre, tout de même… même au second plan!

Ce que je sens, surtout, c’est ce qu’il y a de plus proche en moi, c’est-à-dire mon corps, les sensations de mon corps qui se sont amplifiées à l’infini. Dans ce second plan, le plan du je suis, c’est le plus proche. C’est sensation, intensité, mouvement. Cette intensité varie avec ce qui se présente dans le contenu de l’instant, proximité de telle ou telle personne incluse. Mais il n’y a pas la pensée pour dire « parce que je sens tel mouvement dans mon corps, cette personne est comme ci », ou « je dois faire comme ça ». Ce qui va se faire dans l’instant se fera… mais ce ne sera pas le résultat d’un savoir, d’une compréhension : c’est le silence qui agit.

Tu ne peux rien t’approprier ?

Non.

Mais perçois-tu mon psychisme, mes états d’âme ?

Tu es là, tu sens, tu te laisses traverser par ce qui se passe, par un mouvement que tu sens dans ton corps, fusionné avec tout le reste. Mais tu n’interviens pas, tu n’as pas de réaction, d’opinion, de commentaire. Quand quelqu’un entre dans la pièce, tu peux sentir un mouvement plus inconfortable, ou sentir au contraire l’intensité qui se déploie, mais tu n’en déduis rien. Tu ne cherches pas à comprendre pourquoi, comment, ni s’il y a quelque chose à résoudre et comment. Tu sens, point.

Et quand quelqu’un se confie à toi, te demande conseil ?

Tu ne fais qu’être écoute. Il n’y a pas de mouvement de Yolande qui pense ceci ou cela. Mon je suis est partagé avec tout ce contenu de l’instant, et je laisse toute la place à cette chose à l’avant-plan, cette chose avant le je suis, pour agir si elle doit agir. Donc si un geste vient, il vient du silence. C’est lui qui sait. C’est lui qui fait.

Que faire pour vivre ce silence ?

Je fais une totale confiance à cette présence dans l’invisible. Donc la seule chose qui peut être dite, il me semble, c’est d’être ce que l’on est dans l’instant, de le vivre pleinement, simplement… et de laisser la spontanéité faire ce qu’elle a à faire.
C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, pas apprendre, ni vouloir, ni savoir. Alors : se laisser faire – quoi d’autre ?

Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple!

Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.
Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…
Rester là, avec cette sensation de l’instant, cette intimité… Rien que d’être là, tu n’es déjà plus là. Parce que tu sens tout le contenu de l’instant présent, sans interférer. Donc tu n’as plus l’idée d’être une personne : tu n’es que sensation. Tu sens cette conscience, peut-être encore un petit peu individuelle, que « ton » corps est inconfortable avec cette tristesse, ce malaise où tu es : déjà c’est un cadeau, parce que tu te rends compte que l’instant, l’intensité, la vérité n’est pas dans ta tête… C’est merveilleux de pouvoir sentir ça, déjà! Déjà accepter cette simplicité de sentir que la vie c’est ça, ce n’est pas voir des lumières ou entrer en extase : c’est ça, aussi. C’est la simplicité de ne pas être cette personne qui ressent. C’est sensation, point.

Qu’est-ce qui fait que, pour la plupart, ces instants ne durent pas ? Que l’agitation revient ?

C’est un problème d’identification. Le mental revient, redevient le plus fort et te piège. Piégé, tu y crois fermement, tu oublies le silence et cette chose puissante qui est là.
Vivre ces moments quand il se présentent.

Les vivre avant la pensée…

La pensée aussi, il faut l’accepter. Elle reste au second plan. Laisser cette attention, cette sensation, cette chose au premier plan, dans cette simplicité totale, avant d’être cette personne qui dit « c’est à moi que ça arrive » ou « ça va passer ». Peut-être tout simplement accepter cette simplicité du silence, cette simplicité de sentir, cette simplicité d’être avant qui que ce soit. Rester dans cette simplicité de sentir, tout simplement, sans pour autant avoir été chercher cette tristesse, sans chercher à sentir ton corps ni quoi que ce soit d’autre.
Se laisser saisir par ce qui est là, parce que c’est là… Quel est le sens de la recherche spirituelle, alors, puisqu’elle vise toujours un savoir, un état, un progrès, quelque chose « devant » ?

Elle a encore un sens puisqu’elle est là, puisqu’elle se présente. Vouloir faire le contraire ce serait la même chose : ce serait refuser ce qui se présente… Je crois qu’il faut accepter tout ce qui se présente, que ce soit de méditer, de faire du yoga, d’avoir l’air d’être dans une recherche spirituelle – alors que ce qui entraîne dans tout ça, comme dans tout le reste de la vie d’ailleurs, c’est quand même et toujours cet état premier.
Donc continuer à se laisser faire, même s’il y a encore la personne qui est là, et qui veut, et qui espère. Sentir, plutôt que d’essayer toutes sortes de techniques… Mais il faut aussi accepter ces techniques : elles font partie du chemin qui se présente à soi…

Propos recueillis par Laurence Vidal

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