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vendredi 25 janvier 2019

Revue 3éme Millénaire




N° 130   -   Hiver 2018
Thème :  A la découverte de nos émotions perturbatrices
Sommaire
 
TILICHO : Accueillir l’émotion
MALO AGUETTANT : L’émotion fondamentale : la peur de disparaître
NGAK’CHANG RINPOCHÉ & KHANDRO DÉCHEN :
Étreindre les émotions comme Voie spirituelle
Les cinq éléments dans la Psychologie tantrique
CAROLINE BLANCO : Mais que sont au juste les émotions ?
FRANÇOIS MALESPINE : L'émotion, miroir du moi
ISABELLE TRIZAC : La vie sans émotions : un bref aperçu
DARPAN : L'Art de dissoudre les émotions
MARC MARCISZEWER : Être un océan
SHAKTI CATERINA MAGGI : La danse de Shakti
La transformation alchimique de vous-Même
YANN THIBAUD : L'alchimie émotionnelle
Rubriques :
Psychologie Transpersonnelle dans l'art
WELLEDA MULLER : Rencontre avec le dragon
Paradoxes & non-dualité
DOMINIQUE CASTERMAN :  La Vie Universelle…
Approche de la méditation
PHILIPPE G. MULLER :  Apprendre à observer 
Sciences & Spiritualité
PHILIPPE G. MULLER : La dimension manquante des sciences affectives 
Document 
EDOUARD SALiM MICHAËL : Se libérer des émotions 
Témoin d'éveil
SÉVERINE MILLET : Un éveil à la vie 
Portfolio : Photographies de Lionel Molina
BD : ANNA GUÉGAN : "Lâcher d'émotions !" 
et NATHAN CELIOLISA : "Les émotions perturbatrices"


Editorial

Peut-on se libérer des émotions qui nous gouvernent ?

La transmutation des émotions est-elle possible ?

Ce numéro, consacré à nos relations aux émotions et à la possibilité d’en être libres ou de les transformer, sera suivi, sur le même thème, d’un second numéro à paraître fin mars, tant ce sujet est primordial.
En effet, il suffit de regarder autour de nous – et même en nous ! – pour constater la domination des « émotions perturbatrices » : la peur, la colère, la haine, l’envie, la jalousie, le désespoir… Tout un monde de souffrance qui asservit l’humanité et se déverse dans l’environnement humain.

Ainsi, c’est au nom de la sacro-sainte liberté d’expression – dont il faut reconnaître le bien-fondé ! –, que les réseaux sociaux donnent l’image d’un formidable défouloir émotionnel : on s’insulte, on se menace, on s’étrille… Et ce ne sont pas les plus grossiers qui s’affichent ; des leaders politiques eux-mêmes montrent une capacité à s’agacer, à s’énerver, à vitupérer contre x et y et à tout bout de champ… « Faut se lâcher ! », entend-on souvent ! Nos émotions, autrefois mises sous le boisseau d’une morale hypocrite, éclatent au grand jour et avec justifications à l’appui.

Les « émotions négatives », les « émotions perturbatrices », gouvernent l’humanité contemporaine qui ne sait plus – et ne cherche plus – à quel saint se vouer. 
Evidemment, il ne s’agit plus de réprimer, de refouler ou de s’amputer des énergies puissantes qui nous habitent… Alors que faire ?… Peut-on être libre des émotions perturbatrices ? La transmutation des émotions négatives est-elle possible ?

Dans ce numéro, nous abordons cette question si essentielle à nos vies sur les plans individuel et collectif. Nos auteurs témoignent de leur propre démarche et nous invitent, par l’écoute et l’attention, à la connaissance non-duelle de soi. Dans l’esprit de l’alchimie spirituelle et du tantrisme, ils nous initient aux voies de libération et de transmutation des émotions qui dominent l’humanité. A l’avant garde d’une psychologie transpersonnelle, ils tracent, en pionniers, une éthique vivante au service des individus en quête d’harmonie intérieure et d’équilibre social.


vendredi 30 décembre 2016

3ème Millénaire




La paix intérieure

Un fil d'Ariane vers la paix intérieure
La paix
La “Paix” dont on ne veut surtout pas...
Les informations médiatiques, qui affluent de toutes parts, ressassent que nous sommes toujours en guerre, que le monde n'est que conflits... La paix est une vague espérance peu crédible... Les avancées technologiques en matière de défense montrent d'ailleurs, avec une grande constance, leur côté offensif. « L'homme déshumanisé, nous dit Sœur Catherine, instrumentalise tout » – et la paix dans le monde en est un exemple significatif !... Il faut s'armer nous affirme-t-on, quand on veut la paix ! Il faut s'armer et surtout... vendre des armes, beaucoup d'armes – on ne sait jamais à quelle paix se vouer !

« Je me demande parfois, s'interroge Marianne Dubois, si c'est le but de beaucoup de vies de trouver la paix parce qu'il y a tellement de personnes qui aiment le conflit et éventuellement le provoquent par pur instinct ou plaisir... Cela me semble très étrange, mais il y a beaucoup de personnes comme ça. Pour certains, la paix est nuisible ». Dans un monde gouverné par une civilisation masculine, des femmes nous questionnent : 
« Qui nous apprend ce qu'est la paix ? demande Martine Régis... Qui nous enseigne le chemin de Paix ? Et qui nous montre l'exemple ? Rarement les enseignants, pas plus que les parents, ni les médias, certainement pas les modèles des aînés qui montrent ce qu'ils ont appris : loi du plus fort et autre esprit de compétition se font la part belle des transmissions de tous bords. »

Bien sûr, paradoxalement, personne ne veut être en paix, mais chacun l'espère, l'attend, la réclame, l'exige... Car comme le fait remarquer le Frère John Martin : « Les conflits et la violence extérieurs sont le reflet de nos conflits et violence intérieurs ».


N° 122   -   Hiver 2016
Thème :  La paix intérieure
Sommaire
 
3e millénaire : Le fil d’Ariane 
Somasekha : La Paix que nous sommes
Dominique Schmidt : La Paix, Mythe ou Réalité ?
Marianne Dubois : Confiance dans la Vie
Isabelle Padovani : Une voie vers la paix, la Communication Non Violente
Thich Nhat Hanh : Travailler pour la Paix
Soeur Catherine : La paix intérieure, refuge fermé ou foyer rayonnant ?
Edouard Salim Michael : Une Paix qui n’est pas de ce monde
Frère John Martin Sahajananda : La Paix est notre véritable nature
Suyin Lamour : Nous sommes la Paix que nous cherchons
Martine Régis : Confrontation en soi pour une paix durable…
Jean-Marc Mantel : Cela qui voit
Rubriques :
Approche de la Méditation :        
Perception. Qui perçoit ? de Kaveen
Témoin d’Éveil : 
Pascal Hastir : Au-delà de la souffrance, éveil à la douceur de la présence
Psychologie transpersonnelle dans l’Art, par Welleda Muller : A la recherche de la Paix intérieure
Documents :
Nicolas de Cues :  La Paix de la Foi - “De pace fidei”
Miguel Molinos : Le Quiétisme - voie de la paix intérieure
Shrî Aurobindo : La paix immuable selon la Bhagavad-Gîtâ
Ramana Maharshi    : Le Soi est la Paix
Portfolio :
Photographies de Huib Limberg
BD :        
Anna Guégan : Techniques électriques
N. Céliolisa : La guerre en Moi
3ème Millénaire : ClicClic...


samedi 10 octobre 2015

3ème Millénaire




N° 117   -   Automne 2015

Thème :  L'écologie intérieure

Sommaire

3e millénaire : Le fil d’Ariane
Marc Halévy : Qu’est-ce que l’écologie intérieure ?
Le moine Gojo : Le fondement de l’écologie intérieure
Bernard Boisson : « L’écopsychologie » : le défi à la vivre
Joanna Macy : Pour reverdir l’être
Michel Maxime Egger    : Réchauffement climatique : vaincre la tentation du déni
Jean-Pierre Le Danff : L’émerveillement : l’ultime voie
Yann Thibaud : L’écologie intérieure ou la fin du combat contre soi
Armelle Six    : Donner c’est recevoir
David Sire : Le mouvement de la vie
Jeff Foster    : L’Acceptation
Dominique Casterman    : Rien n’est séparé
Jean Bouchart d’Orval :    Céder devant la réalité

Documents :    
Henri Thoreau : L’âme de la Terre
Teilhard de Chardin : Aux origines de Gaïa

Portfolio :
Photographies de Elena Ray

Méditation avec Marianne Dubois

BD :
Anna Guégan : Soleil noir
N. Céliolisa : Écolo-je
  
Découvrir nos climats intérieurs

En décembre se tiendra à Paris une importante Conférence de l'ONU où la communauté internationale devrait adopter un nouveau traité pour la protection du climat... Il est incontestable que certains sont et seront convaincus qu'un changement de comportement collectif, national et international doit être apporté à nos vies intimement liées aux climats et aux sursauts planétaires. Les intérêts économiques et l'inertie générale aura cependant raison des apparentes bonnes volontés qui auront cossigné de nouveaux engagements. Car ces derniers, « très en dessous des nécessités écologiques », souligne Jean-Pierre Le Danff, demeurent « l'expression d'une bonne conscience environnementale ... bien plus qu'une réelle volonté d'agir à la hauteur des enjeux ». Cette constatation s'appuie sur la connaissance de l'humain que les écopsychologues ont maintenant largement mis en évidence : le déni de réalité que Michel-Maxime Egger évoque ici en termes de « syndrome de Cassandre », ou encore la relation pathogène que Bernard Boisson expose en termes de « coupure homme/nature »... 
Pour Jean Bouchart d'Orval, le drame, c'est que « nous élisons des personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas voir qu'il existe un problème fondamental dans notre manière de vivre », et parmi les individus d'une population « très peu ont la lucidité de se réveiller, c'est-à-dire de voir qu'ils dorment ». La difficulté de s'éveiller tient aux « différents obstacles intérieurs » qui « rendent d'autant plus difficile une transformation de nos comportements qu'il existe en chacun de nous une résistance au changement » ajoute Michel-Maxime Egger. Car, constate aussi David Sire, « des mécanismes pervers se mettent en place dans notre vie sans que l'on n'y prenne garde ». C'est cette connaissance des climats intérieurs et des empêchements à les voir dans la tourmente qu'il nous faut mettre en œuvre pour accomplir l'évolution divine entrevue par Teilhard de Chardin (voir notre document).
La nécessaire et indispensable approche intérieure de l'écologie est alors évidente ; voie que chacun d'entre nous peut apprendre à découvrir ! Car « c'est surtout en fonction des dangers qui menacent de nous accabler, nous dit Joanna Macy, pionnière de l'écopsychologie, que nous débouchons sur une conscience de soi plus vaste, écologique ». « Puissions-nous rentrer en nous-mêmes, indique-t-elle, afin de dé-couvrir nos véritables racines, dans l'entrelacement biologique de cette exquise planète ».

Un changement de conscience

L'écologie nouvelle – l'écosophie – qui émerge, à travers les mouvements présents dans ce numéro, ne repose pas sur la recherche des coupables car, comme le rappelle Bernard Boisson « tout bon psychologue ajoutera que nous ne nous libérerons pas de nos problèmes collectifs en culpabilisant, mais en responsabilisant. Ce pourrait être là d'ailleurs, ajoute-t-il, que nous pourrions voir le rôle des écothérapies ...». L'écosophie ou l'écologie de l'être repose sur une observation méditative de nous-même, sans jugement, sans distinction, sans séparation...
Par cette approche, Jeff Foster nous fait remarquer que « la souffrance commence là quand on oublie notre véritable nature qui est la présence elle-même, cet espace ouvert et aimant que nous sommes, au sein duquel la respiration est permise, dans lequel toutes les pensées, les émotions et les ressentis ont le droit d'aller et venir ». C'est aussi, nous dit David Sire : « Accepter même la peur qui surgit et plonger en elle. Finalement, c'est l'aimer ! Avoir de la tendresse pour tout ce qui se passe. La tendresse a quelque chose de l'ordre de la maturité, de la quiétude, de la douceur avec soi-même ».
Pour Armelle Six, « l'écologie commence par cette profonde reconnexion à soi. C'est d'abord et avant tout, être en relation avec soi dans une profonde harmonie ».
L'écologie spirituelle, l'écologie intérieure, est, nous dit Yann Thibaud, « cette nouvelle culture » qui « mettra définitivement fin à la guerre contre soi, cette attitude masochiste issue des religions patriarcales désormais obsolètes, consistant à torturer son corps, à nier ses désirs et sa sexualité, à faire taire ses émotions, à s'interdire de penser librement et à singer niaisement des modèles stéréotypés de piété et de vertu ». Cette nouvelle culture naîtra avec « la méditation », ajoute-t-il, qui « n'est donc rien d'autre que la vie même, consciemment vécue ; et c'est cette qualité d'attention envers soi et le monde, qui rendra possible la venue spontanée d'épisodes d'expansion de conscience, qui constituent l'objet et la raison d'être de toute spiritualité authentique ».
Marc Halévy préconise ici la discipline de l'humilité qui consiste à « juste reconnaître que l'homme doit diminuer pour que la Nature et le Réel puissent augmenter. Juste savoir que l'ego doit se vider de ses leurres et de ses mensonges afin de laisser la place nette pour la rencontre du “dedans” et du “dehors” ». Car dans l'esprit des traditions mystiques et spirituelles, que la nouvelle culture ressuscite de l'oubli, « la “bonne” vie, précise Marc Halévy, consiste à harmoniser, en permanence, l'évolution du monde du “dedans” – son intériorité – et celle du monde du “dehors” – son extériorité ».


Vers une impersonnelle globalité

Qu'est-ce que la globalité dont nous sommes partie prenante ?...
Dominique Casterman nous fait remarquer que « sans la Conscience vécue de l'unité humaine, planétaire et cosmique, le moi personnel occupe psychologiquement toute la place. Dès lors, rien de surprenant que l'action humaine, isolée du contexte global, devient rapidement conflictuelle et souvent foncièrement égoïste quand ce n'est pas, pire encore, le fanatisme qui l'emporte ». 
Bernard Boisson aborde la possibilité d'une « écopsychologie non-anthropocentrique » ouvrant « nos consciences à des sentiments de nature hors cadre de la psychologie courante », tel le « sentiment océanique qui a fait l'objet d'une vive correspondance entre Romain Rolland et Sigmund Freud ». C'est paradoxalement en tant qu'individu (indivisible) que nous pouvons découvrir la dimension impersonnelle de la conscience : le Soi. 
Pour le moine Gojo, cela « implique que nous partageons tous la même Conscience, qu'en essence, nous sommes tous un ».
Evidemment, aucun discours, aucune moralisation des faits, ne peut nous conduire à l'unité, au Soi ; ce que relève Joanna Macy, inspirée par l'écologie profonde (Deep Ecology) du philosophe Arne Naess : « Une chose que j'aime dans le Soi du monde est qu'il rend non pertinente l'exhortation morale. Le sermon est à la fois ennuyeux et inefficace ».
Le problème est très ancré dans la nature humaine, l'ego. La personne que nous croyons et affirmons être, socialement, politiquement, économiquement,... aussi vulnérable et mortelle soit-elle, maintient et entretient le cauchemar collectif... Jean Bouchart d'Orval souligne que tant qu'un individu « se prend pour un personnage, il ne remettra pas en question son monde, celui dans lequel il rêve ». L'illusion d'être une personne plutôt que d'Être ne permet aucun enracinement planétaire, aucune Conscience écologique véritable. Dans les termes d'Armelle Six : « lorsque nous croyons être une personne merveilleuse qui a réussi, grande, belle, socialement développée ou apte, peu importe, ou que nous soyons la pire chose qui soit sur cette terre, c'est la même chose ! »
Joanna Macy montre que « la science du XXe siècle remet en question la notion d'un soi séparé du monde qu'il observe et sur lequel il agit », car « comme le disent les théoriciens des systèmes : il n'y a pas de catégorie du “je” en opposition à une catégorie du “tu” ou du “ça” ».
« L'écologie, déclare Armelle Six, c'est le bonheur et l'amour, dans l'arrêt de toutes les comparaisons qui ne mènent nulle part, parce que nous sommes déjà parfaits comme tel que nous sommes, parce que nous sommes l'extension de la Source ».

La Conscience écologique est notre propre intériorité, notre vraie nature. Elle relie spirituellement, psychologiquement et physiquement l'humanité à ses racines planétaires – ce qu'a incontestablement vécu ce précurseur que fut Henry Thoreau (voir notre document). Par une approche méditative, la planète “extérieure” se découvre être la manifestation de la Vie et de l'Esprit. Dans l'approche méditative, la Terre, Gaïa, n'est plus un simple concept, c'est l'entité que nous habitons corps et âme.



lundi 6 octobre 2014

3ème Millénaire




 113   -   Automne 2014
Thème :   Libres comme le monde
Liberté ? Egalité ? Fraternité ?

Sommaire
3e millénaire : Le fil d'Ariane
Viator : Libres comme le monde
Paul Kossak : Quand l'Esprit s'adapte aux exigences de la modernité
Nicole Montineri : Le changement intérieur
Philippe Muller & Philippe Roblin : Liberté, égalité, fraternité au coeur de l'humain
Mathieu Yon : A égale distance de la vie
Dayana : Reconnaître notre nature indivise
Jean Bouchart d'Orval : Le vital désencombrement
Gérard : “Je suis” est justesse
Franck Terreaux : La toute possibilité
Karl Renz : La lumière est une porte qui ne laisse aucune idée pénétrer
Denis Marie : Le réenchantement de notre Nature
Jean-Marc Mantel : Liberté, égalité, fraternité
Documents :
Rudolf Steiner : La triplicité de l'organisme social
Sri Aurobindo : Trois divinités de l'âme
Étude : 
Phillip Charles Lucas : Les gourous de l'Advaita Moderne Non Traditionnelle et leurs critiques par l'Advaita Moderne Traditionnelle
Témoin d'Éveil :
Marion : Nous sommes la simplicité même.
Entretien filmé :
Lisa Cairns : La liberté est votre nature
Poésie :
Oria : Liberté, égalité, fraternité
Portfolio : : Caroline Halley des Fontaines
BD : : Série Désillusion
Anna Guégan : Flower Power
Méditation : : supplément vidéo avec Rupert Spira

La perte de sens
La trop célèbre devise républicaine « à force d'être répétée, nous dit Viator, a fini par ne plus rien dire »... au point où la remarque provocatrice de Franck Terreaux est devenue une évidence : « Ce concept de liberté, d'égalité, de fraternité, fait penser à un alignement de piquets de clôture. Il demeure comme l'unique réponse à l'univers imaginaire et petit bourgeois que notre civilisation s'est forgée ». Dans une optique différente, suivant une critique guénonienne [1], Paul Kossak constate que ces « idéaux de la révolution française » ne sont aujourd'hui qu'« une coquille vide ».  « A la soi-disant tyrannie d'une monarchie omnipotente s'est substituée une médiocratie qui devient de plus en plus visible. La liberté a été réduite à la possibilité de “jouir sans entraves” comme le disait un slogan de mai 68. L'égalité, dans ces conditions, a consisté à niveler les individus par le bas. Et finalement, la fraternité devient bien fragile alors que chacun proclame son droit à la différence et à l'individualisme le plus forcené. » Pour Jean Bouchart d'Orval la méprise repose sur le mensonge, et « La fraternité ne peut exister tant que l'on vit sur le mensonge. Quant à l'égalité », il s'agit alors d'« un des plus grands mensonges de nos sociétés modernes. Prétendre, comme il est écrit dans le préambule de la constitution américaine, que tous les hommes naissent égaux est tout de même une des choses les plus fausses qui aient jamais été écrites. La nature elle-même le démontre chaque instant. L'histoire même des Etats-Unis, par exemple, le démontre amplement. »
Vers l'essence
Avec Viator, nous porterons une triple question : « Liberté, égalité, fraternité... s'agit-il d'autre chose que de mots, et la réalité n'est-elle pas d'une tout autre nature ? » Il nous semble en effet vital, comme le suggère Philippe Roblin, d'envisager « une guérison de l'organisme social » en puisant à la source de notre humanité.
Car « cette vie humaine, questionne Denis Marie, n'est-elle pas le lieu où chaque jour nous nous employons à essayer de concrétiser nos rêves, nos attentes de liberté, d'égalité et de fraternité ? » Il s'agit toutefois de se désidentifier des opinions et des illusions constitutives de notre confusion. Mais « se désidentifier, fait-il remarquer, ne repose pas sur notre perspicacité et notre intelligence, mais découle d'une simple et authentique reconnaissance, du fait de se rendre concrètement à l'évidence. Il n'existe pas une confusion “générale”. Il existe une confusion que chacun permet pour lui, car il la considère comme “normale” ».
Cette désidentification est aussi simple que le témoignage de Mathieu Yon : « Pour ma part, la liberté m'est tombée dessus en regardant la pluie ». Car, comme le dit Lisa Cairns : « la liberté, elle est là. Ce qu'on cherche, c'est là ! »
Il y a 100 ans : deux visions complémentaires
Au cours de la première guerre mondiale, Sri Aurobindo, en Inde, et Rudolf Steiner, en Allemagne, voyaient la devise républicaine sous un nouvel éclairage. Aurobindo dénonçait l'approche superficielle et « mécanique » que nous en avons [2]. « La liberté, tant proclamée comme essentielle au progrès moderne, n'est qu'une liberté extérieure, mécanique et irréelle. L'égalité, tant recherchée et pour laquelle on s'est battu, est, elle aussi, extérieure et mécanique, et finalement elle se révélera irréelle. Quant à la fraternité, elle n'est même pas considérée comme un principe praticable d'organisation de la vie, et ce que l'on propose à sa place, est un principe extérieur et mécanique d'association égale ou, au mieux, une camaraderie du travail ». Il clamait alors l'importance de redécouvrir ces « trois divinités de l'âme » (voir notre document). Rudolf Steiner voyait cette triple réalité spirituelle fonder l'organisme social [3] (voir notre document). Il montrait pourquoi la liberté devait être réalisée sur le plan culturel et éducatif ; pourquoi le système législatif, porté par l'égalité, devait être totalement indépendant de l'économie politique et comment la fraternité pouvait alors se réaliser sur le plan économique, celui des échanges et de la consommation. Pour lui : « C'est en partant de l'être humain tel qu'il se présente dans ses états psycho-spirituels, dans cette triple articulation psycho-spirituelle, que nous en arrivons à la triple organisation sociale. »
Une compréhension de la Présence
La liberté et l'égalité ont systématiquement été opposées. L'une menant au libéralisme absolu, à « l'individualisme compétitif », l'autre à « une société artificielle et mécanique », au totalitarisme. Il est alors « parfaitement vain, souligne Nicole Montineri, d'essayer d'établir et d'harmoniser la liberté et l'égalité sociale sans une profonde compréhension de la nature véritable de l'être humain. C'est elle seule qui nous fera vivre dans une vraie fraternité, celle de la conscience d'une seule et unique Présence en chacun de nous. La fraternité est au cœur de la conciliation entre liberté et égalité. » Le déséquilibre, la confusion, les oppositions entre les trois membres du ternaire républicain se produisent inévitablement lorsqu'on l'entend « à partir d'un point de vue personnel, c'est-à-dire mental » remarque Dayana. Ce point de vue s'appuie sur les oppositions « libre/aliéné, égal/discriminé, frère/exclu » relève-t-elle, alors que « vu de l'impersonnel », liberté, égalité, fraternité « est un écho direct à notre nature » et ne s'entendent plus en opposition à des contraires.
De la forme à la transcendance
Les contradictions demeurent dès lors que nous essayons de comprendre la liberté, l'égalité et la fraternité « du point de la vue de la forme ». Si bien, nous dit Jean-Marc Mantel que, finalement, « on ne peut donc parler de liberté, d'égalité et de fraternité au niveau de la forme ». C'est pourquoi Gérard constate qu'« en l'absence d'objet, aucune idée de fraternité ou d'égalité ne peut apparaître. Contrairement à la liberté, ces deux qualités présupposent l'existence d'un “autre” ». Parce que, souligne Karl Renz : « La liberté est la nature de l'Absolu, et l'Absolu n'a jamais besoin d'être libre [...] Tu ne peux pas atteindre la liberté et personne ne sera jamais libre. La réalité est la liberté parce qu'il n'y a pas de second : il n'y a que la réalité ». L'esprit dualiste, conditionné et limité à un mode de vie personnel, qui fonctionne par opposition, ne peut réaliser une vision profonde transcendant la forme. Pourtant, nous dit Jean-Marc Mantel : « La liberté y réside, en tant que pouvoir créateur infini. La fraternité y réside, dans l'unité de ce qu'elle est. Et l'unité est la source de l'esprit fraternel. L'égalité y réside aussi, car ce qui précède et transcende la forme est à l'origine de tout sentiment d'égalité, tout comme l'or est ce qui relie tous les bijoux en or ». Dans la vision transcendante, nous réalisons avec Jean Bouchart d'Orval que : « L'égalité, celle qui ne se fonde pas sur une prétention mensongère, est une non-division, une absence de séparation d'avec l'autre. Cette égalité-là a un goût tout à fait différent que de simplement avoir l'idée commune de l'égalité, qui dégénère en égalitarisme ».
Une tout autre vision du ternaire républicain peut alors s'offrir à nous. Elle participe d'un changement de société dans un accomplissement spirituel de notre humanité.
[1] - Voir de René Guénon, La crise du monde moderne et Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Éd. Gallimard.
[2] - De septembre 1915 à juillet 1918, Sri Aurobindo publie dans la revue indienne Arya, les trente-cinq chapitres de L'idéal de l'unité humaine où figure ses réflexions sur la devise républicaine.
[3] - Lors de conférences d'octobre à novembre 1918, Rudolf Steiner partage ses idées sur la manière de comprendre la devise républicaine ; voir Symptôme dans l'histoire (Triades).

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dimanche 22 septembre 2013

3ème Millénaire

Revue 3ème Millénaire   Automne 2013 N°109

Au-delà de la connaissance


Voir et savoir : la connaissance en question
   


Nous savons de plus en plus de choses, et pourtant nous ne savons plus voir simplement, percevoir ce qui est, libre de l'aliénation des savoirs auxquels nous accordons inconsciemment créance. Voir au-delà du connu, voir au-delà de la connaissance, n'a presque plus aucun sens, hormis l'expérience des drogues – conditionnements puissants – qui excitent la perception et détache violemment la conscience sensorielle de la raison. Il est pourtant vital de reconsidérer sainement l'acte pur qu'est la co-naissance au monde et à soi-même, pour « apprendre à accéder aux connaissances autrement qu'avec le mental », remarque Andreas Freund. Il faut, souligne-t-il, qu'« une nouvelle vision dépasse la pensée normative, associative, cadrée par les concepts connus et leurs extrapolations. Il faut chercher la connexion à un mental, une intelligence supérieure pour créer un nouveau paradigme ». « Voir au-delà de la connaissance, c'est d'abord voir et identifier ce qu'est la connaissance puis aller “au-delà”», constate Patrick Lévy. Dépasser la connaissance pour la co-naissance, c'est aller à l'être, c'est voir qu'il manque à nos savoirs, à nos connaissances, l'être que nous sommes, la présence vivante que nous incarnons. Comme le demande Serge Pastor : « Les savoirs présents ne gagneraient-ils pas à s'appuyer enfin sur le savoir-être, sans lequel les savoirs et les savoir-faire sont forcément incomplets ? »

Comment “Voir” ?
Avec Dominique Casterman, nous pouvons nous interroger suivant la voie d'une “expérience” libératrice : « Comment voir au-delà de la connaissance, comment être lucide au point de vivre chaque instant sans que rien ne se superpose à nos fonctions de perceptions physiques, mentales et affectives ? » Puis nous pouvons comprendre l'importance de l'immédiateté : « L'au-delà de la connaissance est pour maintenant. Si nous pensons qu'elle est pour demain, c'est que nous sommes toujours dans nos anciennes habitudes sur le plan horizontal qui inexorablement va du connu au connu. » Le “pragmatisme” spirituel d'Edouard Salim Michaël peut devenir un chemin : « Vous allez remarquer, dit-il, que, chaque fois que votre attention est aspirée vers l'extérieur, votre esprit et votre être deviennent troublés et que, chaque fois que votre attention est redirigée vers l'intérieur, vous commencez à goûter le tout début d'une paix inhabituelle, mais faute d'être comprise et appréciée, cette paix ne dure pas longtemps. En peu de temps, on se trouve emporté et piégé à nouveau. » Mais le chemin continue… Michael Siciliano envisage une approche complémentaire lorsqu'il nous dit que : « De façon générale, dans tous les chemins de vie, l'inconnu fait très peur. Même ceux qui apprécient l'inconnu dans le monde réel, ceux qui aiment explorer les endroits inconnus d'eux, s'aventurer dans des lieux ou activités nouveaux, s'ils sont amenés à un endroit particulier à l'intérieur d'eux, connaîtront des peurs. Car face à l'inconnu, les peurs émergeront. Précisons que l'inconnu que nous évoquons ici n'a rien à voir avec la personnalité. Alors pour aller au-delà de la personnalité, pour pouvoir accepter et être avec l'inconnu, vous devez avoir la force d'affronter vos peurs. » Apprendre à “voir”, nous amène donc à découvrir les “mécanismes” de la personnalité fragmentée entre la partie qui “observe”, qui analyse, qui cherche à comprendre et les parties qui sont connues, ou restent à connaître. Mais dans cette optique, une observation globale, un regard panoramique, devient indispensable. Se connaître avec la vision globale de ce qui est vu et de celui qui voit, est exprimé ainsi par Ligia Dantès : « Une personne qui observe avec neutralité, qui cherche avec cette neutralité, peut ressentir avec clarté son interdépendance avec la totalité ». Pour Daniel Herbst, “l'observation” s'exprime parfaitement dans les termes de “l'écoute” : « Plus nous nous laisserons entraîner par l'écoute, plus souvent nous oublierons d'intervenir de façon précipitée. Nous devenons silencieux. Quelle intelligence est au travail ! Quelle beauté ! » L'intelligence et la beauté sont « dans chaque chose » lorsque le regard, ou l'écoute, trouve sa simplicité foncière. Éric Baret le précise ainsi : « Je dois regarder dans chaque chose et me demander si je cherche mon intérêt ou si j'agis librement, sans stratégie. Ce n'est pas un examen de conscience morale, mais une écoute d'une totale précision. Je dois le sentir dans chaque cellule. » L'approche globale n'est jamais fragmentaire, jamais dans la séparation de celui qui observe pour agir (ou plutôt réagir), de celui qui écoute pour saisir. L'attention libératrice est sans “tension” et sans intention. C'est une éternelle “dé-couverte” de ce qui voile le regard, de ce qui brouille l'écoute. « Sans cette perception globale de base de la vie humaine, ajoute Serge Pastor, sans cette conjugaison des trois savoirs, savoir, savoir-faire et savoir-être, le “connu” de la vie reste fragmenté, inachevé… »

Co-naître : la découverte du Soi
Cet au-delà des savoirs, que nous pouvons nommer la co-naissance à la globalité, à l'unité, est la “vraie connaissance”, car pour Nicole Montineri, « La connaissance est unitive. Elle se situe hors de la pensée. Elle est directe, immédiate, vision globale des faits. Elle se trouve en chacun de nous, en notre cœur subtil, à la fois intime et universelle. En cette absence de distance avec la réalité de ce que déploie la vie à l'instant se trouve l'amour. En elle-même, la connaissance est infinie. Elle est le rayonnement du Cœur divin qui se déploie, déborde, manifeste, se révèle, puis reflue, se résorbe, de toute éternité. La connaissance qui va s'élargissant en notre espace intérieur jusqu'à l'illumination – qui est connaissance totale – est la révélation en nous de notre identité en essence avec le divin. La connaissance se dévoile par la vie qui devient peu à peu consciente d'elle-même en nous. » Car « L'arbre de la connaissance, nous dit Patrick Lévy, rien n'indique où il est, à quoi il ressemble, et comment on le reconnaît […] La connaissance est potentiellement partout puisqu'elle n'est pas précisément quelque part […] L'arbre de la connaissance, c'est l'adam lui-même, l'humanité elle-même ». Unmani évoque le jeu paradoxal de la pensée « L'ensemble de la vie est ici sans limites, et pourtant la nature de la pensée est d'imaginer des limites et des lieux. Quel paradoxe. Et ce paradoxe se joue dans notre monde. Nous jouons comme si nous étions limités à des corps séparés. Telle est la nature de la pensée. Elle joue comme s'il y avait dualité. » Toutefois, nous nous leurrons gravement en croyant pouvoir poser le pied au-delà de la dualité, sur le continent inconnaissable de la conscience. Unmani nous rappelle qu'« On ne peut jamais expérimenter le Soi. Le Soi n'est pas un objet qui peut être connu dans ce monde de l'expérience. Toute expérience du Soi est une expérience qui apparaît dans le Soi. La nature de la pensée est de continuer à essayer de la fixer à une expérience spécifique, puis de s'accrocher à cette expérience. Mais la beauté du Soi, c'est qu'il est si mystérieux, si absolument sans limites et intemporel, qu'il ne peut jamais entrer dans une expérience particulière […] Connaître la nature du Soi, c'est explorer la totalité de la réalité. » C'est aussi ce que Gérard fait remarquer : « Il est avant tout avant, en “amont – au-delà” de tout ce qui peut être connu, donc inconnaissable, indicible et pourtant indubitable grâce à sa fragrance, cette aperception insaisissable que nous touchons lorsque nous regardons vers ce qui connaît l'Êtreté. »

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mardi 9 juillet 2013

3ème Millénaire




 108   -   Eté 2013

Thème :   Spiritualité de l'Art

Sommaire

3e millénaire : Un fil d'Ariane au coeur de l'Art
Monique Virelaude : Y a-t-il un sens profond à l'art ?
Betty : L'art dans la vie du chercheur
René Barbier : Il n'y a plus d'eau dans la mer
Serge Carfantan : Sur la contemplation esthétique
Gabriel Wolfer : Jean-Sébastien Bach , un voyage vers la musique “objective”
Edouard Salim Michael : La relation entre la grande musique et une quête spirtuelle
3e millénaire : L'Art peut-il être objectif ?
Père Lazaré : La fragmentation du Beau
Michael Radulescu : La passion dans la musique vécue
Frère Jean : L'ouverture au Sacré
Frère Jean : L'art de la photographie
Catherine Cairn : L'art de l'incarnation
Pascale et Udo Zembok : Epiphanie de la lumière
David Ciussi : L'oeuvre naît-elle de l'artiste ou l'artiste fait-il partie de l'oeuvre ?
Témoin d'éveil :
Olivier Seyden : Le Yoga, mon amour
Documents :
Hegel : L’Art : une quête de soi
Plotin : A la recherche du Beau
Schiller : Education esthétique et mutation
Pierre-Antoine Dujardin : Encore un effort ! Pour une révolution intérieure perpétuelle
Littérature et Spiritualité : 
Roger Godel : L’homme et son génie : Arthur Rimbaud
Poésie : 
Brigitte Maillard : La simple évidence de la beauté


L'art et l'enseignement
Une société dépend fondamentalement de ses enfants. La façon dont ceux-ci sont éduqués – ou pas ! – oriente radicalement cette société ou cette civilisation dans une direction irréversible. La crise sociale est donc aussi une crise de l'enseignement ; d'un enseignement qui s'est éloigné des arts, et surtout de leurs “pratiques”. Ce que constate René Barbier : « J'ai toujours été étonné de voir à quel point l'art est la portion congrue dans l'enseignement. Pour moi, c'est quelque chose d'essentiel ». L'art nous pose les plus grandes questions et en particulier celle de ce qu'est apprendre. Apprendre à voir, à entendre, et bien évidemment : à faire. Car l'art ne naît pas seulement du savoir faire de l'artisan, il naît aussi et essentiellement du savoir être du créateur. Apprendre est du domaine de l'art par excellence ! « L'art de voir, nous dit Betty, c'est maintenir son attention dans l'instant, en remettant constamment les compteurs à zéro. Cette attention libère toute l'énergie à rêver et la rend disponible pour voir. » Apprendre à constater la dissipation de notre énergie en rêveries ineptes, négativité, etc., est une vraie démarche éducative qui, pour les enfants, devrait être associée aux pratiques artistiques. L'éducation esthétique, telle que la souhaitait Schiller il y a plus de deux cents ans (voir notre document), demeure ainsi tout à fait d'actualité !

Pour une psychologie transpersonnelle de l'art
L'art conduit l'humanité autant à ses limites par l'exigence des pratiques artistiques qu'au-delà par l'inspiration créatrice et la contemplation esthétique qui en sont l'ultime finalité. Une psychologie transpersonnelle est indispensable dans ce domaine où l'humain atteint des états modifiés de conscience. C'est ainsi que Edouard Salim Michael voit dans « tous les grands compositeurs... des êtres extrêmes ». Roger Godel, amateur éclairé, nous montre à travers des œuvres d'artistes, tel Arthur Rimbaud (dans ce numéro), la lutte intérieure qui peut se dérouler entre une personne et « son génie ». Il manque à l'esthétique et à l'histoire de l'art en général une psychologie transpersonnelle. L'art atteint le transpersonnel dès qu'il révèle le beau ou le sublime. Pour la sculptrice Catherine Cairn, avec la beauté, nous sortons même « de l'esthétique pour aller vers la transcendance ». Cette perspective implique autant une connaissance de nous-même qu'un développement intérieur afin de réaliser ce qu'indique Monique Virelaude : « Créer ou contempler une œuvre d'art ne se manifeste que si nos organes des sens sont traversés par cette énergie demeurée vierge... » C'est aussi ce que vivent les compositeurs qui, comme Michael Radulescu, nous disent que « la musique vient du silence ».


L'art et l'homme, cet inconnaissable
L'art, c'est l'homme. Nous ignorons totalement l'origine de l'art tant que nous ne nous sommes pas orientés vers notre propre essence. Cette orientation primordiale ne nous ramène pas à un savoir sur nous-mêmes, mais à un mystère entier. Méconnaître ce seuil du transpersonnel, c'est limiter l'homme au niveau psychologique du « vieil homme » comme le souligne le Père Lazaré. Les maîtres de leur art, tel Jean-Sébastien Bach, ont conduit celui-ci au-delà des frontières de leur époque, vers, ce que relève Gabriel Wolfer, un « universel qui dépasse strictement la musique pour exprimer tout autre chose ». La « conscience a évolué », nous fait remarquer Pascale Zembok, « à la Renaissance, les tableaux de Raphaël parlaient par de puissants symboles qui mettaient la conscience en mouvement. Aujourd'hui, il y a d'autres façons de mettre l'âme humaine en mouvement. » Ces « autres façons » artistiques conduisent l'homme en devenir vers des potentialités encore inconnaissables.

En pratique... Contempler
L'art contemporain doit être adapté à l'homme contemporain. En cela, il faut que le « travail ne s'ancre pas dans la représentation et le symbolique, mais dans l'expérience...» précise Udo Zembok. Ce n'est ni par de grands principes ni par l'effet du hasard qu'un chef-d'œuvre prend naissance, mais par l'expérience ; dans l'ici et maintenant, nous dit le compositeur Michael Radulescu pour qui « la musique est un temps vécu » qu'aucune technique d'enregistrement ne peut pleinement restituer. Cette approche contemporaine demande un savoir contempler qui « n'est pas percevoir au sens ordinaire du terme » explique Serge Carfantan, parce que « la perception est toute orientée par la traction intentionnelle de la pensée ... qui a invariablement pour effet d'anesthésier l'expérience sensible ». L'exigence et l'évidence de cette voie conduisent « l'artiste par sa curiosité, sa sensibilité, à percevoir le mystère de l'ordre caché qui sous-tend l'apparence de la création », nous dit David Ciussi. Cette perception suprasensible est d'un autre ordre, parce que ce n'est plus la perception qui étiquette subjectivement les êtres et les choses par des mots et des concepts réducteurs.

Le beau et le sublime
Associer le beau à l'harmonie – soit aux justes proportions – remonte à l'Antiquité grecque. Dès le IIIe siècle, Plotin distingue le beau des proportions harmonieuses (voir notre document), mais bien plus tard, Emmanuel Kant, dans sa Critique de la faculté de juger, distingue nettement, sans suprématie de l'un sur l'autre, le beau du sublime. Pour résumer : alors que le beau relève traditionnellement d'une esthétique de la mesure, le sublime relève d'une esthétique de la démesure. Sans établir cette distinction, souvent artificieuse, Catherine Cairn nous dit que « La beauté authentique est une force ». La distinction du beau et du sublime n'est pas forcément judicieuse, car comme le souligne Betty : « Comparer la beauté, c'est emprisonner le frémissement de la vie et le réduire à une image morte ». Ici, la beauté peut être sublime ! Ce que Frère Jean nous fait remarquer lorsqu'il nous dit : « Ce qu'est l'œuvre, l'artiste ne le sait pas avant d'être surpris par elle ». Nous ne savons pas ce qu'est le beau, parce que le beau n'est pas “quelque chose”, n'est pas un objet ou un état particulier et n'a pas de règles ou de lois définissables. En revanche, nous percevons étrangement ce qui n'est pas beau ou ce qui est médiocre... Il y a des chefs-d'œuvre qui sont des manifestations du beau ou du sublime. Ces œuvres renvoient celui qui les contemple à lui-même ; elles nous ramènent, lorsque nous savons les contempler, à l'Être ; car l'œuvre d'art, nous dit Hegel, est une incarnation libre de l'Esprit (voir notre document).