mardi 17 avril 2012

Francis Lucille




Soyez présent sans intention

Pourquoi certaines expériences, telles les sensations corporelles, sont-elles conceptualisées en tant que « moi » et d’autres, telle la perception du monde, en tantque « non moi » ?
Simplement, parce que nous choisissons de nommer certaines expériences « moi » et d’autres « non moi ». Nous faisons une distinction artificielle, en raison d’une habitude apprise. Si nous étions né dans une civilisation dans laquelle on appelle le soleil levant « mon soleil », nous le considérerions comme « notre » soleil. Les deux perceptions, celle du soleil levant et celle que nous dénommons « mon corps », apparaissent au sein de nous-même. Aucune ne peut être considérée comme plus « nous » ou moins « nous » que l’autre.

[...] Faisons une comparaison avec notre voiture. Quand nous conduisons, nous percevons notre voiture de l’intérieur, alors que nous voyons tous les autres véhicules de l’extérieur. Bien qu’une relation spécifique semble nous relier avec celle-ci, cela

n’implique pas que nous sommes notre voiture. C’est la même chose avec notre corps.
Nous sommes la conscience dans laquelle notre propre corps-esprit et tous les autres corps-esprits apparaissent. .
La croyance selon laquelle nous sommes dans notre corps n’est qu’une interprétation de notre expérience véritable. C’est également une interprétation de penser que nous entretenons une relation plus intime avec certaines sensations qu’avec d’autres, ou de penser que certaines sensations se situent à l’intérieur et d’autres à l’extérieur. Il est simplement nécessaire que nous voyons cela pour ce que c’est : une interprétation.
Une telle interprétation peut s’avérer appropriée dans certaines situations. Si c’est le cas, nous l’adoptons. Cependant, soyons vigilant à ne pas nous attacher à cette interprétation, à ne pas nous laisser hypnotiser par elle au point de penser que c’est une représentation de la façon dont les choses se passent réellement.
Lorsque c’est nécessaire, j’utilise comme vous un système d’interprétation. Mais pourquoi ne pas utiliser également l’absence d’interprétation quand celles-ci ne sont pas exigées par les circonstances. Dans le doute, n’interprétez pas. Ce qu’une chose paraît être n’est pas nécessairement ce qu’elle est. Ce que nous dénommons « mon corps » est une interprétation. Quand nous nous identifions à cette interprétation, nous nous ressentons séparé. En l’absence de toute interprétation, nous découvrons que notre corps est conscience.
Notre corps réel contient l’esprit et l’univers entier. C’est le corps que nous avons toujours eu, et celui dans lequel tous les corps, grossiers et subtils, viennent à exister. Nous ne nous intéressons pas ici à la façon dont les choses semblent être, mais à ce qu’elles sont réellement. Il est important d’être attentif à distinguer les faits de leur interprétation. Ne confondez jamais une interprétation avec un fait.
Il est dangereux d’utiliser un système de pensée comme un outil pour appréhender un domaine dans lequel il n’est pas approprié. Par exemple, l’interprétation matérialiste de notre expérience s’avère indiquée dans notre relation au monde physique. Mais elle n’est pas efficace pour saisir notre relation à la joie, à l’amour ou à la beauté car elle n’est pas l’outil approprié 


Francis Lucille
 
 

Jean Bouchart d'Orval



À paraître en mai 2012
  ELLE EST BELLE
LA VIE


Dialogues avec Virgil, un homme simple et remarquable

Les dialogues avec Virgil sont uniques et tout à fait remarquables. Très peu ont eu la chance de côtoyer cet homme touché par une grâce inouïe en 1991. Il a dès lors parcouru un chemin de vie, de probité et de joie profonde. De tous les êtres humains que j'ai côtoyés dans ma vie, incluant tous les enseignants spirituels d'Orient et d'Occident, Virgil est le seul en qui je n'ai jamais décelé la moindre feinte : je ne l'ai jamais surpris à tricher ni avec lui-même ni avec les autres.
Pour Virgil, la vie spirituelle commence par l'honnêteté envers soi-même. S'il l'avait souhaité, il aurait pu devenir célèbre et riche, très riche et très célèbre, mais il affirmait qu'enseigner publiquement n'était pas son rôle. Il réprouvait avec énergie le cirque « spirituel » moderne, tant en Inde qu'en Occident, comme étant une disgrâce, une calamité, une exploitation de la misère humaine et de la recherche sincère.
Ses paroles sont bien peu de choses comparées à l'immense simplicité de sa présence physique, mais nous avons gardé leur parfum d'authenticité parfois cinglante. Ses propos sont percutants parce que chargés de la lucidité qui animait son quotidien. Virgil n'a jamais écrit un mot et n'a jamais enseigné. Il a partagé, simplement, gratuitement, dans la limpidité et la transparence.
Le soleil n'enseigne pas, le soleil brille!


 Elle est belle, la vie, Jean Bouchart d'Orval, Louise Courteau Éditrice,

mardi 10 avril 2012

La Présence en nous



La Présence en nous

Nous ne méditons pas sur une chose ou sur une autre, nous méditons sur la Présence en nous, qui est en fait l'attention elle-même, et, comme son nom l'indique, cette Présence demeure toujours présente, qu'il y ait "distraction" ou non. Sans cette Présence, nous ne saurions pas que quelque chose vient nous distraire ! La "distraction" n'est qu'une nouvelle forme assumée par la Présence. Quand nous faisons de la Présence la totalité de de la méditation, comment pouvons-nous être dérangés ?


Chez l'être éveillé, y a-t-il des niveaux ?



Il existe des niveaux dans l'ignorance, pas dans l'éveil. L'éveil signifie la fin des catégories, des mesures et des niveaux. Il n'y a qu'une Réalité.


Après avoir atteint l'éveil, y a-t-il d'autres niveaux supérieurs ?


Après l'Éveil, il y a l'Éveil et on ne pose plus de questions ; il ne reste plus rien à atteindre. Sinon, ce n'est pas l'Éveil. Il n'y a pas de niveaux dans l'Éveil. L'Éveil est l'extinction de la dualité et de la souffrance. Tout ce que nous pourrions dire d'autre sur l'Éveil le serait à partir de l'état de dualité.


Si tout le monde méditait, ce serait le paradis terrestre, parce que chacun se préocuperait de l'autre ?


Le Paradis, terrestre ou non, c'est quand il n'y a pas d' "autre". Pour l'être humain qui a réalisé sa nature véritable et qui ne l'oublie plus, il ne subsiste qu'une Réalité et cette Réalité va toujours prendre bien soin d'elle-même ; c'est cela la véritable compassion. Cette personne-là n'est plus touchée par l'illusion, par la souffrance. Il n'y a qu'une personne à transformer : vous-même. Les "autres", c'est une vue de l'esprit. Quand on s'est transformé, le monde entier s'est transformé. Ce qu'on appelle généralement les "autres" n'est alors qu'une manifestation du Même, de l'Unique, de l'Être que nous sommes.


Si nous sommes la Source, pourquoi en sommes-nous sortis ? Pourquoi sommes-nous dans un corps, ici sur terre ? Quand nous mourons, est-ce fini, ou retournons-nous à la Source ?


Nous ne sommes jamais sortis de la Source ; il n'y a qu'Elle. C'est justement ça l'illusion : croire que nous avons été coupés de la Source. Nous n'avons pas à retourner à la Source, car nous y sommes en ce moment même. Nous sommes la Source et rien d'autre. Alors, qu'est-ce qui meurt ? Le corps, l'enveloppe, la forme. Cela disparaît, un jour, mais nous ne disparaissons jamais, car nous ne sommes jamais apparus. Le mot "Source" peut porter à confusion, comme tous les mots, en nous laissant croire que quelque chose sort de la Source. Mais il n'y a que la Source. Il y a l'Être.


"Les entretiens de l'Éveil", Jean Bouchart d'Orval

samedi 7 avril 2012

Albert Einstein

Einstein & Tagore

« Un être humain est une partie du tout que nous appelons 
« Univers », une partie limitée par l’Espace et le Temps. 
Il expérimente lui-même ses pensées et ses sentiments comme quelque chose séparé du reste – une sorte d’illusion d’optique de la conscience. Cette illusion est pour nous une forme de prison, nous limitant à nos désirs personnels et à laffection pour les quelques personnes vraiment proches de nous. Notre tache doit être de nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion, pour embrasser dans leur beauté toutes les créatures vivantes et l’ensemble de la nature. »

» Pourquoi voudriez-vous qu’il y ait sur la Terre une multitude de vies ? Il n’y a qu’une vie qui, 
végétale, animale ou humaine, naît, rit, pleure, jouit, souffre et meurt. 
Une seule. 
Et c’est déjà bien assez merveilleux. »

Albert Einstein

dimanche 11 mars 2012

Betty



La mascarade


Chercher ou ne pas chercher?
Vouloir ou ne pas vouloir?
Suis-je un Je, un petit moi ou un grand soi?
Aimer ou ne pas aimer?
Je regarde par le cœur, la tête, les yeux, le pied!
Alouette!
Suis-je libéré du Je?
Suis-je le rêveur?
Qui rêve?
Qui voit le rêveur?
Suis-je l’ego?
Comment le dresser ou m’en débarrasser?

Le désir de conclure est permanent chez le chercheur :
« Maintenant j’ai compris!
Je proclame que je suis sans le Je.
Je vis dans la non dualité.
Je suis le vide.
Le vide a pris la place du moi.
J’ai eu une ouverture d’éveil, hier, à 10h15.
J’ai eu une confirmation dans mon rêve cette nuit.
Je comprends enfin, et mon corps a intérêt 
à me donner des signaux correspondants.
J’ai trouvé la vérité et maintenant je vais l’expliquer aux autres,
Ces ignorants perdus qui errent dans l’univers,
À la recherche de leur réalisation.
Je vais les aider. »

« Mais, écoutez-moi quelqu’un! » supplie le chercheur de vérité, dont l'activité mentale est en perpétuelle ébullition. Il a la sensation de progresser à grands pas! Il semble sincère dans sa démarche. Il veut trouver la libération, ce concept qu’il a inventé pour se tenir occupé, et ça le tient occupé au point de l’hypnotiser solidement. Que cherche-t-il véritablement dans ce déluge de questionnements? À valider ses idées? À les comparer? À trouver un trésor? À trouver un enseignant qui approuvera enfin ses nouveaux concepts spirituels pour qu’il puisse s’autoproclamer libéré? L’enseignant n’existe pas plus que le disciple! Il n’y a personne à libérer : Il n’y a personne!

Voir est l’abandon total de cette idée burlesque d’évolution personnelle, non pas une négociation de plus.

Le corps n’appartient pas au rêveur. Il est un organisme calme, paisible et éphémère. Il ne veut rien, ne cherche rien. Pourquoi voulez-vous qu’il ait un but? Pour devenir un héros de votre monde? Laissez tomber les armes n’est pas continuer à évaluer des concepts, mais voir l’origine de ce délire. 
Le rêveur est un évaluateur mental, 
et le mental est comme un animal affamé. 
Donnez-lui de la nourriture et il restera dans les parages, à mendier. 
Tous les qualificatifs pour définir la Vérité 
sont du carburant pour la machine à rêve!

Quand « on ne rêve que de soi » s’est installé, 
voir a pris toute la place. 
Je ne faisais que constater en quoi croyait la personne
 que je m’imaginais être.

Tout naît, tout meurt dans l’instant! Et moi, je cherchais, dans un charnier d’ombres, à garder la Vie vivante. Le constat est tombé à la vitesse de l’éclair: on ne rêve que de soi! J’étais seule dans ce monde inventé. En accueillant cette grande solitude, j’ai tremblé profondément, et l’humanité au complet a ressenti ce séisme, car l’humanité, c’est moi! J’ai pris la responsabilité totale de regarder ce monde auquel je croyais, et j’ai constaté que je n’arrêtais pas de m’imaginer être un personnage à qui je collais des attributs. 
C’était un rêve enfantin, 
un besoin compulsif d’être toujours quelqu’un d’autre.
La défaite était totale et irrévocable. Immobile, j’ai regardé la grande mascarade : les ruines de l’humanité, ces symboles qu’avait accumulé ma mémoire, et qui flottaient dans le temps.
Je ne marchandais plus avec la vie! Je voyais que mon rêve était raffiné à l’extrême : des vies religieuses, de grandes souffrances mystiques, des allers retours dans le corps, une incompréhension profonde. Mon rêve représentait la bêtise humaine déclinée de mille façons : réalisations artistiques, enseignements, confusion, violence inutile, extase inventée et misère aussi. Qu’était cette course folle pour entretenir des relations avec les autres apparitions, qui me semblaient des personnes distinctes dans mon monde?
La Source est un faisceau lumineux qui dessine l’instant en traversant un véhicule sensoriel : le corps impersonnel. Ce trait lumineux naît et meurt dans ce même instant. Aussitôt exprimé, il disparaît; il est irréel. Je cherchais à évaluer, à comprendre et à rejoindre l’ombre de ce trait éphémère, alors que je me croyais enfermée dans un petit véhicule d’argile.
Je croyais habiter le corps. J’avais inventé un moyen de communiquer avec lui et j’interprétais son fonctionnement simple comme étant le résultat d’un apprentissage personnel. Je l’avais pris en otage, j’en avais fait mon animal domestique, et il obéissait! Je l’encodais de mes désirs et de mes peurs. Lorsque j’ai vraiment regardé le corps pour la première fois, j’ai constaté qu’il était incapable de désobéir. Il réagissait à mes demandes conscientes ou inconscientes. Je le faisais  pleurer, rager, conclure, frôler la folie. Puis, en regardant ma main, une question a jailli : serais-tu un mirage, toi, le corps? Serais-tu l’otage de mon rêve? Les plaisirs, la joie, la paix que je ressentais dans la vie dépendaient tout le temps des sens du corps et étaient toujours momentanés. Ma quête existentielle était donc uniquement une quête sensorielle, corporelle ! De ce haut-le-cœur monumental a jailli l’Immobilité, la Solitude, l’art de voir, la méditation. Le grand Silence s’est déployé tel un papillon naissant dont le cocon s’est brisé, 
car l’ouverture était assez grande pour qu’il ouvre ses ailes.
Le Silence n’est pas un lieu à atteindre, une cure de stimulation sensorielle pour un chercheur en quête de réalisation. Le Silence n’est pas une salle d’exposition pour afficher ses dernières découvertes ni une nouvelle possibilité de prestation pour un comédien en manque de rôles.

Le Silence c’est l’absence de toi!


 Betty  - site -







samedi 28 janvier 2012

Karl Renz



"Le Tao Radical", éditions L'Originel
(traduction de l'allemand "Tao Te Karl")
Parution janvier 2012

Qu'est l'homme dans son essence ?
Quelle est la raison d'être de toute cette existence ?
Y a-t-il un sens profond au-delà des apparences ? 
Depuis des millénaires, ces questions demeurent les interrogations primordiales de l'humanité.
Dans la religion comme dans la philosophie, la science ou l'art, elles ont empreint notre culture. Au-delà du temps et de l'espace, voici une rencontre significative de la sagesse chinoise et de la mystique moderne sous forme de 81 formulations de l'Indicible. Dans ce livre, nous rencontrons Lao Tseu, sage chinois qui vécut il y a 2500 ans, et Karl Renz, artiste allemand et mystique de notre temps.
Ils se croisent là où temps et espace n'ont aucune signification. Karl parle précisément de cette dimension du Tao qui n'est ni tangible ni applicable. Le refus de l'homme à fonctionner dans un monde structuré et ambitieux se retrouve comme thème principal dans le Tao Te King et, ici, où sont repris les aphorismes de Lao- Tseu, l'auteur nous parle de sa propre expérience jusqu'à ce que l'éternel Maintenant, l'intemporalité, soit réalisé dans toutes les cellules de son corps de conscience.

Comme dit Karl Renz, même s'il n'y a rien à comprendre, 
"il y a toujours quelque chose qui comprend !" Dans cet ouvrage, à l'aide de jeux de mots étonnants, 
Karl pousse la pensée au bout de ses limites jusqu'à ce que l'esprit abdique. 
Le Tao Te King trouve ainsi une nouvelle expression dynamique et contemporaine. 


L'auteur en quelques mots... Karl Renz est né en Allemagne, en 1953.
Vers 1980, il connut une première expérience de mort, ou "expérience de vie", comme il la nomme, durant laquelle il prit conscience de l'immortalité de l'Etre. Il a publié, en France, un premier livre, Pour en finir avec l'éveil. Karl Renz donne des entretiens dans plusieurs pays européens, en Russie, en Thaïlande, en Amérique du Nord et du Sud, en Australie et en Inde.

 

lundi 23 janvier 2012

U.G


C'est tellement simple 

 

" C'est tellement simple. La structure complexe que vous utilisez (la pensée) est précisément incapable de cette simplicité. Voilà le vrai problème...
La structure est si compliquée qu'il lui est impossible de considérer pour un instant que ça pourrait être simple. Alors on va comprendre plus tard, pas maintenant. Mais demain, ce sera la même chose "

" En toute occasion, vos actes sont destructeurs des intérêts fondamentaux de l'homme puisqu'ils sont issus de la pensée qui est une chose morte. Forcer la vie à s'adapter à vos idées mortes et à vos hypothèses est votre difficulté fondamentale. Tout ce que vous défendez, croyances, expériences et aspirations, est le produit de la pensée et la pensée est destructrice car elle n'est rien de plus qu'un mécanisme protecteur programmé pour servir ses intérêts à tout prix "

" Tout acte volontaire quelle que soit sa direction est violence.Tout effort est violence. Tout ce que vous faites avec le concours de la pensée pour créer en vous un état de paix utilise la force et, par là même, est violence. Vous tentez d'imposer la paix par la violence. Yoga, méditations, prières, mantras sont des techniques violentes. L'organisme est très paisible. Vous n'avez rien à faire"
 
U.G 
 

Vos pensées ne sont pas votre propriété 

 Nous vivons tous dans une « sphère mentale ». Vos pensées ne sont pas votre propriété : elles appartiennent à tout le monde. Ce ne sont que des pensées mais vous créez une contrepartie : le « penseur » qui lit chaque pensée. Votre effort pour contrôler la vie a créé un mouvement secondaire de pensée en vous et vous l'appelez « JE ». Ce mouvement de pensée en vous est parallèle au mouvement de la vie mais il en est séparé, il ne peut jamais être en contact avec la vie. Vous êtes une créature vivante et cependant vous menez votre vie entière dans le domaine de ce mouvement de pensée isolé et parallèle. Vous vous retranchez de la vie - et c'est contre-nature. L'état naturel n'est Pas un état sans pensée : c'est là l'un des plus grands canulars perpétrés des siècles durant à l'égard de pauvres Indiens sans défense... Vous ne serez jamais sans pensée tant que le corps ne sera pas réduit à l'état de cadavre, un cadavre très mort ! Etre capable de pensée est nécessaire à la survie. Mais dans l'état naturel la pensée cesse de vous étrangler ; elle revient à son rythme naturel. Il n'existe plus de « vous » pour lire les pensées et les prendre pour les « siennes ». 

UG.

 

Pessoa




Je me sens né à chaque instant
à l'éternelle nouveauté du Monde...
[...]
Le Monde ne s'est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c'est avoir mal aux yeux)
mais pour que nous le regardions avec un sentiment d'accord...
……..
Aimer, c'est l'innocence éternelle,
et l'unique innocence est de ne pas penser.
……….
Le seul mystère, c'est qu'il y ait des gens pour penser au mystère.
……….
L'unique signification intime des choses,
c'est le fait qu'elles n'aient aucune intime signification.
……….
les choses n'ont pas de signification : elles ont une existence.
Les choses sont l'unique sens occulte des choses.
……….
Passe, oiseau, passe, et apprends-moi à passer !
(Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes, trad. Armand Guibert, ,nrf Poésie/Gallimard)

Fernando Pessoa
1888-1935

dimanche 22 janvier 2012

Ella Maillart



"J'étais au début d'un voyage tout nouveau qui devait me conduire plus avant vers la vie complète et harmonieuse que je cherchais instinctivement. Pour entreprendre ce voyage, il me fallait apprendre d'abord à connaître les terres inconnues de mon propre esprit.... Ce travail est aussi vaste que la vie, car il englobe l'analyse de notre être physique, mental, affectif et spirituel."

"Posez-vous la question "Qui suis-je?" Et, par ce rappel constant, vous saurez que vous êtes la lumière de la perception".


Ella Maillart

voyageuse, écrivain et photographe suisse


dimanche 15 janvier 2012

Alan Watts




Alan Watts
On ne présente plus Alan Watts : on l'écoute !... On le lit !...

" La partie de vous-même qui veut changer les choses est celle-là même qui aurait besoin d’être changée. "

La question de l'Ego
La question la plus fascinante au monde, me semble-t-il, est celle-ci : qui suis-je? Ou bien: que suis-je? Celui qui voit, celui qui sait, celui qui est : voilà bien la chose qui constitue l'expérience la plus inaccessible de toutes, une expérience mystérieuse, complètement occultée.
Nous parlons de notre ego. Nous utilisons le mot je. J'ai toujours été extraordinairement intéressé par le sens que les gens donnent au mot je, à cause des formes curieuses qu'il peut prendre au cours de la conversation. On ne dit pas, par exemple, " je suis un corps ", mais "j'ai un corps ". D'une certaine manière, nous ne paraissons pas nous identifier entièrement à tout ce qui est nous-même. Je dis " mes pieds ", " mes mains ", " mes dents ", comme s'il s'agissait de choses m'étant extérieures. Et, dans la mesure où je peux m'en faire une idée, la plupart des gens semblent ressentir qu'ils sont quelque chose à mi-chemin entre leurs deux oreilles, un peu en retrait des yeux, à l'intérieur de la tête, tout le reste se trouvant comme raccroché à ce quelque chose. Et ce principe actif qui est ici, c'est ce que nous appelons notre ego. C'est moi!
(...)
Mais alors, qu'est-ce que notre ego? Une illusion doublée d'une futilité. C'est l'image que nous avons de nous-même, une image incorrecte, fausse, une caricature combinée à un effort musculaire futile, pour rendre sensible notre volonté.
Ne serait-ce pas mieux, si le sentiment que nous éprouvions de nous même était en accord avec la réalité? Cette réalité de notre existence qui fait que nous sommes à la fois l'environnement naturel -c'est-à-dire en fin de compte l'univers entier- et l'organisme qui joue avec. Pourquoi ne le ressentons-nous pas ainsi? De toute évidence, parce que cette sensation est occultée par une autre. D'origine sociale, elle est le résultat d'une sorte d'hypnotisme s'exerçant à travers tous les procédés éducatifs, et qui crée cette impression hallucinatoire d'être celui que nous sommes ce pourquoi nous nous comportons comme des fous.
(...)
Nous sommes fous à lier

La solution au problème ?
" Mais ", me direz-vous, comment en venir à bout ? " Je réponds à cela qu'il s'agit d'une mauvaise question; de quoi faut-il venir à bout? Vous ne pouvez pas vous débarrasser des hallucinations qui donnent substance à votre ego à l'aide de votre ego. Désolé, mais c'est impossible, comme de se soulever en tirant sur ses propres bottes. On n'éteint pas le feu avec le feu: si vous essayez de vous débarrasser de votre ego à l'aide de votre ego, vous tombez dans un cercle vicieux. Et vous risquez fort de ressembler à quelqu'un qui redoute de se faire du souci du fait qu'il est soucieux... vous tournez en rond sans fin en devenant toujours plus fou.
La première chose à comprendre quand vous vous dites: " que puis-je faire pour me débarrasser de mon faux ego ? C'est que la réponse est " rien" , car vous posez la mauvaise question. En demandant: " Comment puis-je, alors que je m'éprouve comme un ego, me débarrasser du sentiment d'être un ego? " On ne peut que vous répondre " impossible " Vous dites alors: " Mais dans ce cas, c'est désespéré! " Ça ne l'est pas. Simplement, vous n'avez pas reçu le message.
Si vous avez découvert que votre volonté et que ces trucs ne peuvent pas se débarrasser de cette hallucination, vous avez découvert quelque chose de très important. En comprenant que vous ne pouviez rien y faire vous avez réalisé que vous n'existez pas. C'est-à-dire " vous " en tant qu'ego n'existez pas, et c'est si évident que vous ne pouvez rien y faire. Vous constatez ainsi que vous ne pouvez pas vraiment contrôler vos pensées, vos sensations, vos émotions, et que tous les processus qui se produisent en vous comme hors de vous vous échappent complètement.
Mais alors, qu'arrive-t-il? Eh bien voilà ce qui arrive: vous observez ce qui se passe. Vous voyez, vous ressentez tout ce qui se produit, et vous constatez soudain, à votre grand étonnement, que vous pouvez parfaitement vous lever, marcher jusqu'à la table, y prendre un verre de lait et le boire : il n'y a rien qui s'oppose à ce comportement. Vous pouvez toujours agir, vous pouvez toujours bouger, vous pouvez toujours fonctionner de façon rationnelle mais vous avez soudain découvert que vous n'étiez pas ce que vous croyiez être. En tout cas pas cet ego qui pousse et tire à l'intérieur de son sac de peau.
Voici que vous vous éprouvez vous-même et le monde entier d'une manière nouvelle - le monde entier comprenant votre corps et tout ce dont vous faites l'expérience pendant votre vie. C'est intelligent. Ayez confiance.

Le néant
Vous ne pouvez pas voir vos yeux directement avec vos yeux. Vous ne pouvez pas vous observer en train de vous observer. Vous ne pouvez pas toucher le bout de l'un de vos doigts avec le doigt en question, quelle que soit l'opiniâtreté que vous y mettiez. C'est simplement parce qu'il y a un envers à toute observation, une sorte de point aveugle, comme il s'en trouve précisément un au fond de l'oeil. Quelque effort que l'on fasse, on se trouve ici en présence d'un " trou irréductible ", c'est l'inconnu. C'est la portion de l'univers qui ne se voit pas elle-même parce qu'elle est son système de vision.
Mais l'inconscient est la part de l'expérience qui crée la conscience, tout comme le creux constitue la vague, l'espace le solide, et le fond la forme. Tout cet aspect de votre vie que vous appelez inconscient, inconnu, impénétrable, est inconscient, inconnu et impénétrable parce qu'il est véritablement vous-même. Autrement dit votre moi le plus profond est le côté " néant ", le côté dont on ne peut rien savoir.
Ne soyez donc pas effrayé par le néant --je pourrais dire : " Il n'y a rien d'effrayant dans rien. " Mais dans notre culture, les gens sont terrifiés par l'idée de néant, comme ils le sont par la mort; ils regrettent même de dormir, considérant cela comme du temps perdu. Ils éprouvent tout au fond d'eux-mêmes une terreur vague: celle que l'univers tout entier finisse par sombrer dans un néant définitif. Tout alors sera oublié, mort et enterré. Mais c'est une peur complètement irrationnelle, car c'est justement dans ce néant que se trouve la source de toutes choses.
Nous avons besoin d'espace pour vivre, et l'espace est une sorte de néant, comme la mort - le principe est le même. En disposant d'espace, de tranches de néant, de distances vides entre les choses, la vie est alors correctement " espacée ".

mercredi 11 janvier 2012

Gary Crowley



"... Ainsi, l'illumination ne nécessiterait que la compréhension ?
Ainsi, cette compréhension entraînerait la dissolution d'un moi illusoire, de quelque chose que vous n'aviez même jamais été ? 
Seriez-vous prêt à lâcher quelque chose que vous n'aviez jamais été si cela permettait de s'éveiller à l'illumination ?

Le chef-d'oeuvre qu'est l'illumination est déjà là; il suffit d'en prendre conscience. D'innombrables maîtres ont affirmé qu'il en était ainsi.

Au moment de l'éveil, un sage s'est paraît-il exclamé : 
"Est-ce donc tout ?" 
Puis il s'est mis à rire et est allé vaquer à ses occupations.

Et si la seule chose compliquée à propos de l'illumination était de remarquer ce qui avait toujours été là ?
Comment ne pas se sentir amusé après toute cette recherche ?

REGARDEZ l'image ci-dessus.
Pouvez-vous voir le cube noir niché dans son coin ?
À présent regardez ce même dessin, mais voyez-y  grande cube blanc dont le coin supérieur est coupé. Ce qui était tout à l'heure un petit cube noir niché dans un coin est devenu un grand cube blanc
auquel il manque un coin. Notez également qu'à chaque instant donné on voit l'une ou l'autre de ces images, et qu'il est impossible de voir les deux en même temps.

S'éveiller à l'illumination, c'est réaliser que vous n'êtes pas le petit cube noir niché dans un coin, mais le grand cube blanc. Tout est complètement différent, et cependant tout est exactement comme avant. La différence, c'est l'orientation.
La compréhension permet de voir "ce qui est" d'une autre façon.

La compréhension requise est très simple, mais se dépêtrer de votre identité erronée exige malgré tout de la précision. Les êtres humains sont étrangement doués pour se bercer d'illusions quand il s'agit de découvrir leur être essentiel. Le plus drôle, c'est que les chercheurs spirituels semblent naturellement conditionnés pour regarder dans la direction opposée à celle où se trouve l'éveil.


Extrait du livre de Gary Crowley "D'ici à ici"