dimanche 24 avril 2016

Rupert SPIRA


En réalité, toutes les dépendances sont une extension ou une modulation de notre dépendance première à la pensée. Lorsque la pensée en perpétuelle activité, avec ses excursions dans le passé et le futur, n’a plus le pouvoir d’apaiser ces sentiments inconfortables – sentiment de manque, de mal-être, de dévalorisation, d’échec, d’inadéquation, de perte, de désespoir etc. – alors, nous nous tournons vers des moyens plus extrêmes tels que la dépendance à des substances ou des activités, afin d’éviter d’avoir à faire pleinement face à ces sentiments.

Dès que le sentiment d’inconfort surgit, nous recourons à notre substance ou notre activité préférée, ce qui atténue temporairement le sentiment de malaise et nous éprouvons alors un bref répit durant lequel la paix de notre nature véritable irradie brièvement, soulageant ainsi le mental et le corps de leurs angoisses et tensions. Alors, le mental attribue ces étincelles de paix et de satisfaction à l’activité ou à la substance, ce qui a pour seul effet, par la suite, d’en renforcer l’habitude.

À un moment donné, il se peut que nous voyions toute cette stratégie d’évitement et de recherche et que nous ayons la clarté et le courage d’affronter ces sentiments si longtemps évités.

Cela peut susciter en nous une rébellion qui incitera le corps à faire tout son possible pour mobiliser de nouveau notre attention sur une activité de refoulement, d’évitement, de déni ou de recherche. Toutefois, si nous faisons preuve de courage et d’amour, nous pouvons laisser ce déploiement d’énergies nous traverser, sans en devenir complice.

De cette manière, et sans en prendre conscience tout d’abord, nous prenons position en tant que Présence consciente et, ce faisant, nous dépossédons ces sentiments de la seule chose dont ils ont besoin : notre attention. Que l’on cède à ces sentiments ou qu’on les refoule importe peu; ils se développent tout aussi bien dans les deux cas.

Si nous avons le courage et la clarté de ne pas esquiver ces sentiments à travers des d’activités ou des substances, ni à travers des formes plus subtiles d’évitement telles que l’ennui, l’anticipation, la peur, l’attente, le doute, etc., ces sentiments seront exposés, par couches successives, à la lumière de la Présence. Tous ces sentiments sont les différentes formes prises par le soi intérieur séparé et s’il y a une chose que le soi imaginaire ne supporte pas, c’est d’être clairement appréhendé. Il prospère à la faveur de l’inattention. Telle une ombre, il ne supporte pas le soleil.

Nul besoin de faire quoi que ce soit avec ces sentiments. Notre Soi, Présence consciente, ne nourrit aucune intention à leur sujet. Rien n’est un problème pour notre Soi. Seul un soi imaginaire chercherait à s’en débarrasser. En fait, vouloir se débarrasser du soi séparé est une des manières les plus subtiles qu’il a de se perpétuer.

Extrait de "Présence" de Rupert Spira



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