samedi 31 décembre 2011

Lori Ann


Quelqu'un m'a demandé récemment: "Comment puis-je m’abandonner afin de pouvoir m’éveiller?" Cela m'a fait rire parce qu'il y a dans cette question un paradoxe: le «vous» qui voudrait s’abandonner (ou résister à l’abandon) n'est pas pertinent pour l’éveil à votre vraie nature en tant que Conscience.


Vous voyez, l’abandon n'est pas quelque chose que vous faites. Il ne s'agit pas d'une action ou d'un choix mental. L’abandon arrive tout simplement lorsque vous vous rendez compte qu'il n'y a rien à quoi s'accrocher, rien à quoi renoncer - ce que vous imaginez devoir laisser aller n'est pas réel.


Ainsi, l’abandon est votre état naturel de non-résistance et d'ouverture à ce qui est. Une fois que vous le savez il n'y a rien à quoi s'accrocher et l’abandon est votre état d'être. L’abandon arrive naturellement quand la résistance se dissout.


Alors la vraie question est: Comment puis-je laisser aller la résistance à mon vaste Soi déjà dans l’abandon?

Au risque de créer une recette pour l'illumination, je vais suggérer qu'une «méthode» pourrait être de noter quand vous n'êtes pas encore éveillés et donc dans la résistance. Cette prise de conscience du soi rêveur peut-être un début pour passer de profondément endormi, à éveillé groggy. Et puis un jour, de toute façon, boum-vous vous éveillez.


Ainsi, tout comme lorsque vous rêvez la nuit et pouvez devenir lucide en recherchant les signes d'un rêve en cours (l'éléphant violet à pois dans votre salon de rêve), je vous invite à le faire dans votre rêve éveillé. Voici quatre éléphants violets qui peuvent vous indiquer un rêve en cours. En prêtant attention à ces quatre signaux simples, vous pouvez commencer à vous poser la question: "Suis-je la Conscience éveillée ou suis-je le rêve mental?".


1) Vous pensez à ce qui se passe: Ou, la réalité vous dérange. Au lieu de simplement se dérouler dans l'étreinte acceptante de la conscience, certaines ou toutes les causes de ce qui arrive vous font sentir anxieux, triste, en colère, coupable, avoir des regrets et la liste continue. Vous êtes dans un conflit intermittent ou continu avec ce-qui-est.


2) Vous croyez en vos pensées: Ou, votre façon de penser a une influence. Depuis la conscience, les pensées sont rares et surviennent dans le contexte du moment. Elles sont contextuelles à l'instant, et ne convergent pas autour des problèmes du passé ou des inquiétudes pour l'avenir. Il y a le présent, se révélant à la Conscience toujours curieuse, ou il y a le passé, l'avenir et le presque maintenant gérés par le mental.


3) Vos ressentis vous troublent: Ou vos émotions semblent faire sens. Que faire si on vous  disait que vos émotions sont les symptômes d'une maladie? Que votre joie, tristesse, colère, peur, honte, culpabilité, désespoir et ainsi de suite, sont les résultats d'une maladie, un peu comme un délire provoqué par la fièvre? Et ainsi lorsque la fièvre tombe le bien-être est restauré sous la forme de votre soi éveillé, ce nouveau territoire est infailliblement calme. Les émotions ne sont pas réelles, parce que comme les conditions météorologiques, elles vont et viennent. Ce qui reste toujours, et est présent même si le rêveur mental continue de rêver, est la compréhension que l'immobilité, la joie et la paix sont tout ce qui est réel. Ce n'est pas une tentative d'être ces états, mais plutôt c'est la vérité de qui vous êtes, qui imprègne tout et s'étend dans le monde une fois que vous êtes éveillé à votre vraie nature en tant que Conscience.


4) Votre corps est vous: Ou vous imaginez que sans votre corps, vous n'êtes pas ici. C'est peut-être l'illusion la plus convaincante du rêve. Que cette forme physique appelée-(entrez votre nom)-est vous. La partie amusante est que le corps, c'est vous et ce n'est pas vous. Il est plus vrai de dire que votre forme est une extension du vous réel. Une preuve que vous croyez être le corps est la crainte des blessures ou de la mort. La peur n'est simplement pas possible dans la présence de la Conscience. Cela ne veut pas dire que l'adrénaline ne se déclenche pas si vous êtes confronté à un danger mortel. Mais cela signifie que bien que vous puissiez avoir une réaction physiologique de l'organisme, vous ne serez pas cette peur. Cette profonde sérénité face à l'annihilation est le résultat naturel de l'anéantissement expérimenté par le mental au moment de l’éveil. Seul le mental craint la mort. La Conscience Éveillée se connaît comme éternelle.


Alors vous voyez, vous êtes endormi profondément ou légèrement. Mais si ces indices surgissent dans votre expérience de vie, alors célébrez l'occasion de reconnaître que "Hé, peut-être je ne suis pas vraiment réveillé. Ce doit être un rêve! "


Être lucide dans votre propre vie, dans ce rêve éveillé, est une bénédiction. Parce que le don de cette réalisation est l'inévitable: Aucun dormeur ne dort à jamais. Vous êtes obligé de vous réveiller. Ce pourrait être maintenant.


La Conscience est ici!


Lori Ann

Page originale traduite par Christine – Vous êtes invités à partager ce texte à condition de respecter son intégralité et d'en citer la source: http://du-tout-et-du-rien.blogspot.com/.

Lori Ann poste régulièrement sur son blog "The Awakened Dreamer" (Le dormeur réveillé). Elle partage ses débuts, ses découvertes dans son nouvel état d'éveil, ses billets sont plein de fraîcheur et d'humour.


Betty : La fin de la discussion...



La fin de la discussion


Le même rêve de vivre revenait de vie en vie,
maintenant ainsi l’illusion du temps.
Et là, je vois pour la première fois!
Mon champ de vision est un miroir
au grand complet!

Je suis immobile. J’ouvre les yeux, je vois.
Je regarde le reflet dans le miroir. Mon monde se déroule sous mes yeux.
Les murs blancs, les jolis tableaux, la maison, les fleurs coupées et savamment regroupées dans un vase de cristal. Je vois les petites ouvertures dans le mur, qui me laissent entrevoir une lumière qui me semble moins artificielle : l’extérieur avec le sol humide en dessous, le ciel sans fin au-dessus.
Je vois des oiseaux noirs qui volent en groupe sur un écran pourpre rempli de nuages aux mille formes mouvantes.

Je vois des personnages qui me parlent et à qui je parle.
J’entends un bruit répétitif : le téléphone sonne. « Veux-tu venir souper avec moi? Je ne me sens pas bien. » Un ami veut parler de sa solitude après une rupture amoureuse.

C’est moi partout : ma recherche de stabilité, mon désir de voir la beauté, mon inconfort dans mes relations.

Je vois sur le mur un miroir, ma tête est recouverte d’un diadème d’argent et de perles colorées qui irradient sur mon visage. Je crois que c’est le plus beau des bijoux, mais il pèse lourd.
Serait-ce un masque? encore un masque?
Mes cheveux sont longs et soyeux. J’essaie de me reconnaître. Est-ce bien qui je pense être? Je crois à cette forme-Betty plus qu’à une autre? Qui suis-je?

Le corps ressent un choc, un déséquilibre...
Le visage change tour à tour, en même temps que les sensations :
Je vois un conquérant sauvage : je ressens ma propre brutalité.
Je vois une prêtresse égyptienne : je ressens ma beauté.
Je vois un philosophe perse : je ressens mon intelligence.
Je vois un chaman : je ressens la puissance de mon pouvoir.
Je vois des couples parfaits : je ressens l'apaisement de l’amour.
Je vois des suicides inutiles : je ressens le désespoir humain.
Je vois des défaites cuisantes : je ressens la rage de perdre.
Je vois un missionnaire bienfaisant : je ressens la satisfaction d’aider.
Je vois Dieu : je ressens la complétude.

Je vois le recommencement, le perpétuel recommencement.
Je vois l’intelligence, la peur, le pouvoir, l’ambition, la spiritualité, la beauté, la violence sous une autre forme, juste modifiée, mais avec toujours ce désir d’exister.

Je suis pétrifiée! Qui joue à exister? Le rêveur se voit rêver.

Dans une répétition sans fin d’efforts désespérés, d’arrogance, d’ambitions, je naviguais à contre courant! Je voulais retenir la Vie, je voulais qu’elle me serve moi.

C’EST QUOI CETTE PARADE?
C’EST QUI?
C’EST TOUJOURS MOI PARTOUT!

Ce moi qui veut plus de pouvoir, plus de sexe, plus d’argent, plus de dieux, plus de connaissances, plus de notoriété, plus de joie, plus de satisfactions sensorielles! Le moi veut être reconnu. Il veut briller dans son monde. Il se déguise constamment, et ne se reconnaît pas! Il flirte avec lui-même et avec son monde!

J’ai inventé dans ce monde une grande illusion pour m’y maintenir : l'analyse. Je crois fermement que l’accumulation de vies, de connaissances, de réflexions seront le fondement de ma recherche. Je ne reconnais pas que c’est toujours moi devant moi! Je suis en bataille avec le moment présent, car JE veux exister. Je veux voir ma réalité, mon rêve! J’ai besoin du temps! J’accumule les expériences, je les garde à l’intérieur de moi et je les vois comme un trésor qui nourrira ce mouvement que j’ai accepté : l’analyse.

L’analyse semble régler vos problèmes, adoucir votre vie, vous rendre plus intelligent, vous conduire à la libération, vous rendre calme et spirituel.
C’est un tatouage du corps humain! un réflexe du corps!
C’est votre soldat de plomb.

Voir que je me trompais tout le temps en analysant et en interprétant ce que je vivais et ressentais a foudroyé l’analyseur! Tout ce que j’avais stocké depuis le début de l’humanité ne servait donc plus à rien! L’inutile quête!

J’ai arrêté de nier les faits : je me trompais en pensant que c’était impossible de laisser tomber ce vieux conditionnement. J’étais attachée à ce conditionnement. Je voyais qu’analyser était inutile. Donc, ce que je gardais à analyser à l’intérieur de moi a glissé hors du corps, tout simplement.

La Vérité est de seconde en seconde, et non pas cachée dans une boîte de souvenirs. Et si je mourais à cette précieuse idée d’exister? Ici et maintenant, pas de délai!

J’ai vu la fin des ambitions : spirituelles, matérielles, intellectuelles, relationnelles. Je ne croyais plus au pouvoir de l’analyse : je n’ai donc pas discuté! Basta!
Advienne que pourra!

J’ai accueilli le néant, le vide! Il ne me restait rien pour me sauver. Je n’avais plus d’attachement à mon histoire personnelle. Le corps s’est libéré de moi. La Vie a pris le relais, et une Intelligence vive s’est installée à sa manière.
Que fera-t-elle?

Cette absence de Betty ne sait jamais. La Vie est la beauté même qui s’exprime, intelligemment équilibrée, dans toutes les formes : dans le chat qui attaque un jouet-souris, dans le cycle des saisons, dans la tempête de neige comme dans le soleil ardent, dans les grandes forêts luxuriantes comme dans les déserts arides. La nature vous dévoile votre vraie nature. Laissez la Vie s’exprimer : vous êtes la Vie au grand complet.

Les nuages vous racontent que la Vie est en mouvement, le chat vous parle de l'instinct, les saisons vous dévoilent le mouvement du balancier, les tempêtes et la chaleur du soleil sont les reflets de vos émotions.
La Vie sait ce qu’elle fait! Il y a juste à regarder.

Sur mon écran de rêveur, je ne voyais que ce que je voulais être : ma guerre, ma paix, ma beauté, ma laideur, mes jouets-souris, mes saisons du corps, mon animal domestique, mes tempêtes, mes amours et mes soleils ardents. Je ne percevais que moi; je prétendais aimer et savoir.

Regardez maintenant. Ce que vous voyez est une bénédiction, la perfection même! Votre monde est là, devant vos yeux. Il est là, car il est la seule possibilité. Ne cherchez pas ailleurs. Votre rêve n’est qu’un panneau indicateur pour que cette chose illusoire, le je, constate :

« Cette chose se trompe! Je ne suis pas la mémoire activée par la pensée qui veut prendre la forme d’un individu. La Vie est ce que Je suis : indivisible, intemporelle. »

Profonde gratitude pour la foudre qui a accompagné ce regard véritable

Betty 

site Betty : clicclic



jeudi 29 décembre 2011

Marigal


Voie d’éveil, voix de femme

Rencontre avec Marigal, propos recueillis par Bruno Solt

Chercheur en physique nucléaire, c’est un esprit rationnel. Elle n’était pas prédisposée à vivre une expérience spirituelle. Pourtant, telle une grâce, « cela » lui est arrivé.



Il est des voix claires, voix de femmes qui sont autant d’invitations au voyage intérieur. Voyage sans itinéraire au cours duquel se révèle la véritable nature humaine. Parmi ces témoignages on pense au journal d’Etty Hillsum (Une vie bouleversée, éd. du Seuil), à celui d’Irina Tweedi (L’Abîmes de feu, éd. L’Originel). Pour Marigal, quelques heures dans un « état de grâce » inattendu furent le point de départ d’une quête personnelle qui, restée jusque-là à l’arrière plan, a pris soudain une forme concrète. Elle raconte son itinéraire intérieur dans un livre, Voyage vers l’insaisissable, témoignage d’une incroyable beauté dans sa simplicité.

Nouvelles Clés : Au cours de votre vie, rien ne semblait vous destiner à vivre tout ce que vous racontez dans votre livre.
Marigal : Enfant, j’avais vécu à plusieurs reprises des expériences de modification d’état de conscience. Je ressentais ce processus comme normal. C’était dans l’ordre des choses.
Le jour où cela s’est à nouveau imposé en moi, je disposais de temps pour m’y consacrer pleinement.
Un dimanche d’automne à la campagne, quelques amis sont à la maison et, le repas terminé, certains se préparent à faire une promenade dans les bois, d’autres à passer l’après-midi à bavarder devant le feu de cheminée. Je suis dans la cuisine pour effectuer quelques rangements avant de les rejoindre lorsque, soudain, je prends conscience que quelque chose est changé, différent. Tout est net, clair, limpide, immédiat, comme si un voile avait été enlevé, comme si une vitre avait disparu. Je n’ai plus l’impression de regarder autour de moi, le centre du regard a disparu, « je » ne suis plus dans le regard. Les autres, le monde qui m’entoure, le personnage que je suis participent d’une même vie, d’une même substance, sans séparation, sans rupture, dans un même mouvement fluide et harmonieux. Les gestes coutumiers se déroulent d’eux-mêmes, simples, faciles, portés par le silence intérieur intensément présent. Silence et amour infini qui émane de sa propre nature, irradie de lui-même et de toute chose. L’apparence du monde n’a pas changé, mais le monde vit autrement, habité par ce silence et cet amour qui sont le cœur de toute chose et de toute vie. Le personnage (que je suis) n’a pas changé, mais « je » n’est plus dans le personnage, remplacé par ce silence et cet amour qui rayonne et chante à l’infini. J’en suis totalement abasourdie. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer : comment l’esprit, sans se diviser, peut-il aller dans deux directions différentes, se rejoindre lui-même et se retrouver UN, Infini à l’infini, béatitude dans la lumière ?
Et pourtant, c’est tout à fait clair, aussi simple et évident que d’ouvrir et fermer les yeux. Cela dure quelques minutes ou quelques heures, et j’essaie de comprendre ce qui se passe, de sentir la manière dont je fonctionne dans ces moments-là.
Au début, dès que je regarde le processus, il disparaît ; mais en essayant de l’observer d’une façon plus légère - du coin de l’œil - j’arrive à l’apprivoiser. Et, avec un peu d’habitude et de persévérance, cette ouverture est là pour de longs moments : moments de perfection, d’harmonie totale, de félicité qui m’aideront à reprendre pied quand tout, y compris moi-même, semblera se disloquer, voler en éclats ; garde-fou précieux et efficace face aux paradis les plus merveilleux et les enfers les plus abominables. Car si l’on est gratifié des plus grandes béatitudes, on rencontre aussi d’innombrables forces obscures, agressives et terrifiantes, sans formes définies, sans images mais pourtant très concrètes, qui pourraient rivaliser avec tous les démons, dragons et monstres racontés ici ou là, qui cherchent à vous écraser, vous rompre, vous anéantir. Ce serait la terreur absolue si, alors que le corps, le cerveau et la sensibilité passent par toutes sortes d’horreurs, l’esprit en éveil ne restait immobile, intouché.
Lorsque cet état de conscience s’est imposé en moi, j’ai simplement ressenti un besoin extrême de l’approfondir en me disant qu’un être humain normal doit vivre ainsi. Vivre cet état béatifique où rien ne manque. Tout est à sa place ! Il n’y a rien à ajouter, ni à enlever. Tout prend du relief. C’est une façon différente de se situer dans la vie. À l’époque, j’étais entourée de personnes qui s’intéressaient au bouddhisme, à l’hindouisme, mais aussi à la mystique chrétienne.
Bien souvent elles parlaient de réalisation, de transcendance, d’effacement de l’ego... autant de concepts qui me paraissaient étranges et ne m’interpellaient guère. Enfant, il me fallait peu de choses pour être émerveillée et je pense que l’on naît avec cette faculté plus ou moins développée. À ceci s’ajoutait une hypersensibilité qui aurait pu être jugée presque maladive. Ce sont ces capacités d’émerveillement et de sensibilité à la vie qui expliqueraient le mieux la préparation à ce bouleversement intérieur.
Heureusement, ma formation scientifique m’a permis de garder les pieds sur terre. J’ai pu ainsi observer ce processus de transformation intérieure comme si j’étais dans un laboratoire en train de contempler la vie sous un microscope. Pour cela, il me fallait être rigoureuse, logique, observer sans rien ajouter, ni supprimer quoi que ce soit. En même temps, observer attentivement tout ce qu’il est possible d’observer tout en restant complètement détachée et immobile.
D’autre part, le seul moyen qui m’apparut pouvoir être efficace dans ce sens est la méditation. Je n’avais pas d’expérience dans ce domaine, ni d’idée particulière sur le pourquoi et le comment de cette pratique, mais en lui donnant le sens de « se diriger vers le dedans », « aller vers l’intérieur », cela semblait être le moyen qui pourrait m’être utile pour ce que je cherchais - d’autant que je n’en voyais pas d’autre. Je ne savais pas trop comment m’y prendre, je savais seulement qu’il fallait dépasser le plan habituel de mon champ de vision, aller au-delà de mon propre regard, ne plus être dans le regard. Il fallait donc trouver un moyen de « quitter » le regard. Associant regard, vision et cerveau, c’était donc dans le cerveau que devait se trouver le cœur de l’affaire. Associant de même cerveau et mental, c’est peut-être par là que je pourrais trouver le fil qui me mènerait là où je voulais en venir.
Aussi je commençais à observer comment fonctionne le mental. Une véritable pelote de nœuds faits d’émotions, de sensations, de sentiments, de pensées qui se mêlent, interfèrent, s’interpénètrent, s’embrouillent et prolongent leurs antennes dans toute la personne. Essayer de voir clair dans tout cela, démêler cet écheveau sans fin, observer, sentir, voir le déroulement d’une émotion, d’un sentiment, d’une pensée ou de tout autre mouvement mental, affectif, physiologique devient possible avec une attention, une vigilance agile et sans cesse en éveil ; également un détachement, une impassibilité, une immobilité d’une part de soi-même qui pourtant cherche à interférer, récupérer, retrouver ce terrain connu que l’on essaie justement de traverser.

N. C. : À l’origine vous n’aviez pas un grand intérêt pour les questions d’ordre spirituel..
Marigal : Non ! À cette époque, j’étais même plutôt critique. L’éducation reçue lors de mes études chez les religieuses avait plus contribué à me remplir le crâne d’idées fausses et préconçues qui masquaient cette capacité à voir les choses telles qu’elles sont. Par la suite, j’étais pourtant entourée de personnes sincères dans leur démarche spirituelle, mais la manière dont elles vivaient me paraissait complètement saugrenue et aux antipodes de mes préoccupations intérieures. Leur comportement concernait davantage le domaine psychologique que spirituel. Plus elles s’interrogeaient sur le sens du désir, de l’ego... moins je voyais la relation entre ce qu’elles disaient et ce que je vivais. Pour moi, l’ego, il y en a ou il n’y en a pas. S’il n’y en a pas à quoi bon chercher à le diminuer ? Et puis, s’il n’y a plus de désirs, on n’accomplit jamais rien. C’est comme être réduit à une bûche, à un amas de protéines. Leurs questions avaient une valeur, mais leur façon de se les poser était maladroite, voire fausse.

N. C. : Comment expliquez-vous le désir ?
Marigal : Le désir n’est qu’une déformation du désir premier de retrouver l’Absolu, mais comme nous sommes tordus, nous utilisons des moyens tordus. À quoi bon vouloir ne plus avoir de désirs, alors que l’on ne peut travailler qu’avec ce que l’on a sous la main ? Pourquoi vouloir être libéré des désirs quand ils ne cherchent qu’a s’exprimer ? Chaque petit désir : le sexe, l’argent... ne sont que des à-côtés du grand désir de l’Un. Mais nous sommes si égocentrés, étriqués dans notre façon de voir la Vie et de la vivre que nous ne voyons que les petits à-côtés. Le plus grand bonheur, c’est d’être là, dans le sens de la vie, et de répondre à sa demande. Hélas, comme nous ne sommes pas assez sensibles et que nous nous refusons à sentir l’essentiel, nous courons perpétuellement après des chimères. Même l’amour n’est que le désir de l’Un.

N. C. : Quand cet état se révèle, subsiste-t-il des désirs ?
Marigal : Sur l’instant il ne subsiste rien, car il n’y a plus d’individualité. Cependant, on ne reste pas en permanence dans cet état, même si une part de soi s’y trouve.
Il faut différencier notre côté perceptif, qui se réfère au côté intuitif et impersonnel, et le côté discursif avec tout son bagage mental et intellectuel. Le désir apparaît à l’instant ou le mental embraye sur une intuition. En réalité on ne peut pas dire que les désirs disparaissent, car si on apprécie les belles choses on les désirera - cela fait partie de notre être. Nous ne sommes que l’expression du désir de l’univers.

N. C. : Quelle différenciation faites-vous entre le mental perceptif et le mental discursif ? Marigal : J’espère pouvoir m’étendre un jour sur ce thème, il explique bien des choses. Cette différenciation permet de comprendre où commence et où finit l’ego. Où commence et finit le désir. On observe que le mental perceptif peut se cultiver comme a pu se cultiver le mental discursif. Seules les méthodes diffèrent. Ce n’est pas parce qu’une personne est un génie intellectuel qu’elle vivra un grand éveil. Elle l’exprimera seulement d’une façon plus extraordinaire. M. Lambda pourra être aussi éveillé que Krishnamurti, même s’il est moins doué pour le faire partager. Ce ne sont pas forcément les hauts responsables d’un ashram ou d’un monastère zen ou chrétien qui sont les plus éveillés. Il y a des disciples qui sont spirituellement aussi évolués que leur maître. Seul leur manque ce don pédagogique pour enseigner, ou peut-être ont-ils moins étudié.

N. C. : Sur le plan spirituel, tous les hommes sont-ils aptes tôt ou tard à connaître cet état d’éveil, ou existe-t-il une prédestination ?
Marigal : Un grand nombre de personnes vivent des expériences d’ordre spirituel qu’elles ne reconnaissent pas comme telles. Et soudain quelqu’un va en vivre une avec plus d’envergure, car il est plus sensible et prédisposé à l’intégrer. En réalité, il ne s’agit pas d’une prédestination, mais bien d’une prédisposition permettant l’avènement de cette prise de conscience. Dans ce processus, il n’y a aucune logique, cela peut se produire de différentes façons.

N. C. : Quelles sont les facultés requises pour vivre cette expérience spirituelle ? Une maturité profonde est-elle nécessaire ?
Marigal : La seule faculté, c’est d’être en accord avec quelque chose de plus grand, de plus vaste que soi. Pour apprendre à lire il faut connaître l’alphabet. En spiritualité, c’est pareil. On commence par vivre une ouverture de conscience et si on reste sensible à ce processus, peu à peu le regard sur le monde devient plus vaste, plus profond. La nature des choses et des événements prend un relief différent. Plus on lâche le côté matériel, physique et intellectuel, plus l’ouverture est grande. Cette prise de conscience ne peut se produire que grâce à une grande prédisposition à ressentir les choses, à « laisser faire », à abandonner.
Alors la conscience se déploie, s’épanouit. Quant à la maturité, elle n’est ni mentale ni intellectuelle. Il n’y a aucune participation du mental discursif. On peut être limité intellectuellement et vivre une grande ouverture spirituelle. Dans ce cas, la personne aura du mal à en parler, mais son vécu n’en sera pas moins authentique.






mardi 27 décembre 2011

3ème Millénaire



102 - Hiver 2011

Thème : Qu'est-ce que mourir ? De la vie à l'après-vie

Sommaire

3e millénaire : Fil d'Ariane vers la mort : une porte sur l'après-vie
Michael Siciliano : Qu'est-ce qui meurt ?
Jean Bouchart d'Orval : Envisager la mort de façon saine
Robert Powell : On a peur de la mort parce qu'on ne la comprend pas
Michel Fromaget : Les deux morts de l'Ecriture et celle du ver à soie
Marianne Dubois : La fin de quoi ?
Christophe Yann : Un enseignement peu probable
Nicole Montineri : Un Océan cosmique
Marc-Alain Descamps : Qui dit que la mort est une fin ?
Joaquim : Face à l'inconnu
Betty : J'avais peur de la mort
Darpan : Aller à la racine de la vie et de la mort
Pierre Dupuis-Boissel : Les raisons du Soi immortel
Edouard Salim Michael : Se préparer à mourir
Shanti Mayi : Une constante transformation qui jamais ne meurt
Werner Ablass : La mort sale
Témoin d'éveil :
Pierre-Antoine Dujardin : Un nouveau monde
Documents :
Ramana Maharshi : Questions sur la réincarnation
Sultân Valad : Mort et croissance du grain de blé
Angelus Silesius : Les deux morts
Jacques de Marquette : L'avenir de l'individualité

Site 3ème Millénaire : Cliclic


Rencontre avec David Ciussi


vendredi 16 décembre 2011

Humour.... de fin d'année...


Curieuse société où l'on rassure les marchés ...
et on gère les enfants....

Joyeux Noël....


Partager