jeudi 27 mai 2010

Daniel Morin


124 pages - Editeur : Accarias (17 mai 2010)


"Être simple, simplement être.

Rien n'existe en dehors de la Totalité.

Rien ne manque à EST"

Loin des modes, le propos de ce livre spirituel est au-delà

de tout concept de dualité ou de non-dualité.

Tout en ne rejetant ni l'un ni l'autre, il vise à réunir plutôt qu'exclure,

il invite à l'unicité plutôt qu'à la division.

Le grand axe de ce livre éclairant est la non-discussion absolue de ce qui est déjà là.

Il ne s'agit pas d'une vision étroite de l'acceptation,

mais d'un "laisser être" qui n'interdisant pas l'action nous ouvre au réel.

Or, tout système humain ne fait que perpétuer l'espérance d'un idéal toujours placé dans le futur, nous excluant de la totalité présente de la vie.

"Quand on se laisse absorber par ce qui est là,

complètement absorber et qu'il n'y a rien d'autre,

qu'il n'y a plus la sensation d'être séparé, c'est magnifique.

La beauté du vivant existe partout."

Avec ces mots, Daniel Morin nous invite à découvrir que l'ordinaire est extraordinaire,

et l'extraordinaire est ordinaire.

"Chacun essaie tant bien que mal de glaner dans son coin quelque confort, un bien-être à lui.

Dés lors, les plus nobles aspirations peuvent servir de paravents

qui masquent mal un égoïsme forcené...

Lire et suivre Daniel Morin nous écarte de ces périls et remet la spiritualité au centre de la vie....

Un fraiseur métaphysicien apprend au philosophe à vivre l'Être,

qui est toujours plus riche que nos représentations

et qui témoigne sans cesse de la beauté, de la bonté, du grand "je ne sais pas"


Alexandre Jollien (Extrait de la préface)


Editeur : Accarias L'Originel





Henri Le Saux




henri le saux
harry oldmeadow

Henri Le Saux (1910-1973) est un moine bénédictin français qui a passé les vingt-quatre dernières années de sa vie en Inde où il devint connu sous le nom de Swami Abhishiktananda.
Après une rencontre avec Ramana Maharshi et un autre maître remarquable Gnananda, Henri Le Saux s'imprégna de la spiritualité indienne traditionnelle et de l'advaita-vedanta en particulier. Il passa de longues périodes de retraites dans les grottes d'Arunachala, dans le Sud de l'Inde, et essaya de concilier le christianisme et l'advaita non-duel.
Ce livre présente la vie d'Abhishiktananda ainsi que les principaux thèmes mystiques et métaphysique de ses ouvrages et montre comment l'expérience exceptionnelle d'Henri Le Saux témoigne de la sagesse éternelle présente au cœur de toutes les traditions.
En ce 100e anniversaire de sa naissance, Abhishiktananda apparaît ainsi comme l'une des plus grandes figures spirituelles du XXe siècle.

Extrait :

« Notre but : fonder le premier noyau d’un monastère (ou plutôt d’une laura, un groupement d’anachorètes voisins, comme l’ancienne laura de Saint-Sabas en Palestine) qui observe la Règle de Saint Benoit – une Règle première, tempérée et séparée. Notre seul objet : chercher Dieu. Et le monastère sera de style indien. Nous aimerions cristalliser et transsubstantier la recherche du sannyâsî hindou. L'advaita et la vénération de la trinité sont notre seul objectif. Cela signifie que nous devons nous saisir de l’authentique recherche hindoue de Dieu, afin de la christianiser, en commençant en nous d'abord, de l'intérieur. » En bref : philosophie védantique, théologie chrétienne, mode de vie indien. L'espoir était que « ce qui est le plus profond dans le christianisme puisse être greffé sur ce qui est le plus profond en Inde ». Il ne s'agissait pas d'une pratique syncrétique débouchant sur une sorte de religion hybride, mais d'une tentative pour pénétrer les profondeurs du christianisme en recourant à la sagesse indienne traditionnelle, laquelle, selon la vue des moines, était à découvrir dans le vedanta et dans la discipline spirituelle du renonçant. Cependant, tout en ayant son propre message à délivrer, ce ne serait qu'« après avoir trouvé son propre accomplissement dans le Christ, la Vérité, le Chemin et la Vie (Jean 14.6) que l'Inde serait capable de faire rayonner à travers le monde, son message, imprimé, dans la lettre comme dans l'esprit, dans la profondeur même de sa propre culture ». Le pont entre la spiritualité indienne et l'Eglise allait être le monachisme, « plan où ils peuvent se sentir en consonance l'un avec l'autre ». Ils attendirent avec impatience le jour où Dieu enverrait à l'ermitage de nombreux « vrais fils de l'Inde, fils de son sang et fils de son âme », « des prêtres comme des laïcs, doués d’un profond esprit de prière, d’une patience héroïque, d’une soumission totale, dotés d’une volonté de fer et d’un jugement droit, aspirant aux sommets de la contemplation et pourvus également d’une connaissance profonde et intime de la doctrine chrétienne et de la pensée indienne.»

Editeur : Almora


mercredi 26 mai 2010

Tony Parsons



Le rêve de la séparation

Tout ce qu’il y a est le rien étant tout. Et en part de ce tout, apparaît la croyance et l’expérience au quotidien d’être un soi séparé – un individu apparent disposant d’une volonté, d’un pouvoir de choix et d’une capacité à agir qui lui seraient propres. Ceci est spécifique à l’homme et est appelé conscience de soi. La plupart des gens prennent cela pour la réalité.

Ce sentiment apparent d’être séparé est à la racine de la souffrance, du mal-être et du sentiment de perte qui conduisent à chercher à y échapper ou à résoudre la situation. C’est l’Etre rêvant qu’il est séparé de lui-même, cherchant urbi et orbi un tout qui n’a jamais cessé d’être. C’est le rêve hypnotique de séparation qui, pour le rêveur, est très réel.

Le dilemme pour le rêveur en recherche est que le sentiment de séparation gouverne la quête de solution ce qui alimente plus avant le sentiment de séparation.

Le développement d’un « esprit » intelligent et capable de compréhension s’accompagne apparemment du pouvoir d’opérer des choix et des actions en une tentative de négocier avec le monde. Ces tractations ne sont pas toujours couronnées de succès et l’individu semble faire l’expérience de souffrances et de plaisirs qui lui seraient propres.

Tout ceci engendre également chez le rêveur une grande considération pour les conseils, les orientations et le contrôle qui émanent en apparence de l’esprit-qui-comprend. Toutefois, tant qu’il y a un sens de la séparation, il subsiste un sentiment d’insatisfaction ou de perte et une recherche visant à le dissiper.

L’entité séparée ne peut que tenter d’imaginer ou de projeter ce à quoi ressemble de ne pas être séparé. Ce qui est recherché est la possibilité d’un but ou d’un état futur pouvant être réalisé et qui, par conséquent, et en toute logique, doit être approchable. A partir de là, la fonction de la recherche et l’enseignement tourné vers le devenir, enferment le chercheur dans un état de constante aspiration à se rapprocher de quelque chose qu’il ne peut saisir. Tout cela est expression de l’Etre, se manifestant en tant que ce bon vieil esprit-qui-comprend, fiable et digne de confiance, fonctionnant de la seule manière qu’il connaisse… en perpétuelle agitation et constante anticipation. C’est cette activité tournée vers le devenir qui très efficacement maintient le chercheur dans le rêve hypnotique d’un élan vers quelque chose qu’il ne peut saisir.

Bien sûr, la Libération peut, apparemment, survenir, totalement à son gré en dépit de tous ces efforts.

Le seul autre espoir pour le rêveur, pour l’apparent chercheur spirituel, est de croire en une énergie bienveillante (disons Dieu, la Conscience ou un soi-disant maître illuminé) qui puisse être motivée pour le guider et choisir de l’influencer tout au long d’un cheminement finissant par conduire à la plénitude. Mais Il n’est aucun choix à quelque niveau que ce soit. Toutes ces idées de devenir, de but, de dessein, de choix et de destinée naissent au sein du rêve.

Le paradoxe tient à ce que l’Etre bien qu’apparaissant en tant que rêveur en recherche, n’est pas un état qui puisse être imaginé, conçu, atteint ou même réalisé à travers une quête dont il ferait l’objet. Etre ne requiert absolument rien… il est le Rien et le Tout - déjà complétude et plénitude immaculées. Rien n’a besoin d’être transformé ou atteint, abandonné ou trouvé, pour qu’Etre simplement Soit. L’apparence de séparation est simplement l’expression de l’Etre. L’idée même de quelque chose qui aurait besoin d’approcher ce qui est déjà, est merveilleusement futile. L’Etre est un comédien au public qui ne rit jamais.

Le chercheur rêvé éprouve un sentiment de perte et d’indignité et de ce fait se trouve très attiré par les enseignements dans le rêve qui impliquent la purification, l’effort soutenu, l’abandon, la dévotion et la culture de la renonciation et le détachement.

Il y a une sorte d’inéluctabilité logique et d’indéniable honorabilité attachée à ces notions qui résonnent avec le sentiment de manque. La voie quasi sans fin de l’effort assure joyeusement la prorogation de l’expérience individuelle. Ces idées semblent émaner directement de l’histoire d’une sagesse traditionnelle parfaitement cohérente et digne de foi et qui assurément doit être respectée, quand bien même elle ne nous parviendrait plus qu’en tant que mots couchés sur des bouts de papier.

Deux voies traditionnelles s’attachent à résoudre ou à échapper au sentiment de séparation : la méditation et le questionnement de soi.

Dans la méditation, il semble possible, par l’intermédiaire d’une guidance et de choix apparents, d’atteindre certains états de tranquillité ou de béatitude qui semblent meilleurs que le sentiment de séparation. La croyance prévalente est que l’effort assidu à la méditation va cristalliser l’état et finira par le rendre permanent. Mais ces états ne sont que des expériences personnelles subtiles survenants à l’intérieur de l’histoire rêvée. Ainsi à l’instar de toute autre activité inscrite dans le temps, ces expériences apparaissent et disparaissent.

Le questionnement de soi est un processus similaire dans le sens où l’individu à pour but de choisir d’agir ou de faire un effort pour atteindre un endroit nommé conscience qui, son maître le lui promet, apportera paix de l’esprit, joie et fin de toute souffrance.

Une grande importance est attribuée à la nécessité de mener une investigation rigoureuse des processus de pensées, etc. et de maintenir une vigilance prévenant « la distraction par des pensées centrées sur soi. »

Toute cette activité se fonde sur le principe de l’acquisition et du maintien d’une possession personnelle de l’unicité.

L’effet de l’état conscient est un mouvement apparent vers un plan de détachement qui à première vue semble très libérateur, puissant et sécure… Un peu comme être dans une cage de verre d’où la vie peut être observée sans que l’observateur soit jamais affecté. Cela demeure une expérience personnelle subtile empreinte de dualité, se déroulant au sein de l’histoire rêvée de la séparation. De ce fait elle est transitoire.

La conscience du déroulement de la vie n’est pas Etre la vie.

De façon prévisible, la conscience de soi (la présence à soi des bouddhistes) est facilement oubliée, perdue, ou encore submergée par les pensées du rêve ou par certaines situations fortement émotionnelles. La cage de verre est ébranlée et l’endroit où vous sembliez établi paraît à nouveau perdu. Le chercheur rêvé va se remettre au questionnement de soi, en quête d’un nouveau coup de pouce, à moins que ne soit réalisé que la culture de l’état conscient n’est simplement qu’un autre refuge au sein du rêve de la séparation.

Tout cela est simplement l’expression de l’Etre.

Une autre façon pour le rêveur d’éviter d’être, simplement, est de tenter de comprendre ou d’éclaircir sa propre nature. Il est très facile de se retrouver prisonnier de concepts non duels. La singulière et inexorable réitération de notions telles que « tout ce qui est, est Etre. », « Tout est expression de l’Etre. » ou « il n’est personne » est une forme de communication aride et simpliste. Elle n’aborde ni n’éclaire l’apparent dilemme du chercheur du rêve, et de toute évidence ignore l’essence énergétique primordiale de la vie se vivant elle-même, implicite dans le simple fait d’Etre.

Dire constamment qu’être éveillé ou assoupi n’a aucun sens puisque « Etre est tout ce qui est » est comme dire à un aveugle que son état n’est pas un problème puisque « voir est tout ce qui est. » C’est de l’idéalisme pur. Bien sûr, il n’existe rien de tel qu’être assoupi ou éveillé, mais cela ne peut être vu avant la disparition de celui qui cherche à voir.

Le message du Secret Ouvert n’est pas tributaire de concepts clairs, si efficaces soient-ils pour démasquer la confusion. La parole entendue est une survenue spontanée et les mots ne peuvent que pointer en direction d’un autre possible, situé au-delà de l’expression verbale. C’est le message éternellement neuf et présent dans les Ecritures, ignoré, rejeté ou dissimulé aux seuls yeux de l’esprit.

La notion d’enseignement prescriptif, l’idée de guider ou d’offrir une assistance en est simplement absente. C’est un message dépouillé de tout espoir ou de tout réconfort pour l’individu, mais invariablement le chercheur rêvé n’en continuera pas moins à croire qu’il y a ici quelque chose d’offert… Telle est la fonction de la recherche. Il peut également se trouver que tout ce qui demeure soit rien et que puisse surgir alors un autre possible. Toutefois, il n’y a aucun dessein, aucune intention, car ici il n’y a rien à vendre.

Il est possible que puisse surgir la clarté, mais l’ultime compréhension n’est pas la libération. Cela dit, tout cette communication conceptuelle est secondaire en regard d’un élément primordial très illuminant. C’est élément est du domaine énergétique, il s’agit du déploiement impersonnel de la vie… la vibrante merveille implicite dans le simple fait d’Etre. C’est un déplacement énergétique, conduisant apparemment hors de la contraction vers l’illimité. Ce « sans limite » ne peut être possédé et par conséquent ne peut être concédé. Sa simplicité confond profondément l’esprit, mais il en émerge une reconnaissance impersonnelle qu’il n’est personne et rien à libérer. Toute idée de séparation, de souffrance individuelle, de libre-arbitre, de choix autonome, de sens, de dessein ou de but, de destiné, de hiérarchie et de tradition est simplement vue, par personne, comme le drame rêvé de l’Etre.

Il semble que l’esprit en recherche éprouve une fascination pour la lutte, la difficulté et la complexité. Tout le tissu de la « recherche spirituelle » est truffé d’histoires de constructions impressionnantes, apparemment reposant sur des débuts modestes. Le bouddhisme, la chrétienté et combien d’autres dogmes se disputent le fait d’avoir les meilleurs dieux. Les catéchismes du péché et de l’indignité, tout comme les notions de degrés de conscience et de niveaux d’éveil, sont inventoriés, questionnés, explorés, disséqués et font l’objet de farouches affrontements.

L’esprit adore l‘idée d’une illumination qui serait une sorte de lieu distant, virtuellement inatteignable, un espace parfait de félicité permanente, libre de toute souffrance et empli d’omniscience, d’omniprésence, d’omnipotence et de toute une ribambelle d’autres « omnis » très importants, affairés au calcul des tenants et aboutissants et déterminés à sauver le monde. Et bien sûr, comme toute cette gloire et cette distinction doit être conquise de haute lutte, il semble naturel qu’elle soit assortie d’une interminable errance dans les affres de « l’obscure nuit de l’âme », d’innombrables karmas passés, du péché originel, de la pensée juste, de l’action juste et de la préparation aux bardos. « Un conte narré par un sot, plein de bruit et de fureur, mais n’ayant aucun sens. »

Pourtant, Etre, simplement et naturellement Etre, est une constante tellement ordinaire et empreinte de tant de douceur. Quand cela est vu, c’est. Quand cela passe inaperçu, c’est.

Etre ne nécessite aucun effort et ne requiert aucun critère. Intemporel, il n’est pas de voie à épuiser, pas de dettes à payer. C’est déjà totalement su. Quand ceci est entendu et que la confusion se dissipe, quand la tension pour s’emparer de l’ultime se relâche et que la vibrante énergie d’être « la vie même se déployant » devient apparente, quelque chose d’autre émerge, de façon très naturelle, bien sûr, car il s’agit de tout ce qui déjà est.

Tony Parsons 1 Juillet 2006

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vendredi 21 mai 2010

Georges Bataille

Le rire divin

Georges Bataille (1897-1962)

Connu pour son itinéraire désordonné, l’écrivain Georges Bataille s’est voué à la littérature, à l’économie, à la politique, à la sociologie, à l’histoire de l’art… et à l’expérience de la vie par-delà les limites conventionnelles. Dans « l’expérience intérieure », il tourne le doute puis l’angoisse « en délice » : c’est l’illumination qu’il découvre.

Il est dans les choses divines une transparence si grande qu’on glisse au fond illuminé du rire à partir même d’intentions opaques.
Je vis d’expérience sensible et non d’explication logique. J’ai du divin une expérience si folle qu’on rira de moi si j’en parle.
J’entre dans un cul-de-sac. Là toute possibilité s’épuise, le possible se dérobe et l’impossible sévit. Être face à l’impossible — exorbitant, indubitable — quand rien n’est plus possible est à mes yeux faire l’expérience du divin ; c’est l’analogue d’un supplice.
[…]
Il y a quinze ans de cela (peut-être un peu plus), je revenais je ne sais d’où, tard dans la nuit. La rue de Rennes était déserte. Venant de Saint-Germain, je traversai la rue du Four (côté poste). Je tenais à la main un parapluie ouvert et je crois qu’il ne pleuvait pas. (Mais je n’avais pas bu : je le dis, j’en suis sûr.) J’avais ce parapluie ouvert sans besoin chaotique et plein d’ivresses vides : une ronde d’idées malséantes, vertigineuses, mais pleines déjà de soucis, de rigueur, et crucifiantes, se donnaient cours… Dans ce naufrage de la raison, l’angoisse, la déchéance solitaire, la lâcheté, le mauvais aloi trouvaient leur compte : la fête un peu plus loin recommençait. Le certain est que cette aisance, en même temps l’« impossible » heurté éclatèrent dans ma tête. Un espace constellé de rires ouvrit son abîme obscur devant moi. A la traversée de la rue du Four, je devins dans ce « néant » inconnu, tout à coup… je niais ces murs gris qui m’enfermaient, je me ruais dans une sorte de ravissement. Je riais divinement : le parapluie descendu sur ma tête me couvrait (je me couvris exprès de ce suaire noir). Je riais comme jamais peut-être on n’avait ri, le fin fond de chaque chose s’ouvrait, mis à nu, comme si j’étais mort.
Je ne sais si je m’arrêtai, au milieu de la rue, masquant mon délire sous un parapluie. J’ai peut-être sauté (c’est sans doute illusoire) : j’étais convulsivement illuminé, je riais, j’imagine, en courant.

Georges Bataille, L’expérience intérieure, Gallimard, 1954.


jeudi 20 mai 2010

Franck Terreaux


L'éveil pour les paresseux


"Lorsqu'il est question de recherche spirituelle, les premiers mots qui nous viennent à l'esprit sont : méditation, ascèse, libération de l'emprise de l'ego ou encore conscience de soi. Ces mots résonnent ici comme des subterfuges nous éloignant inexorablement de ce que nous sommes.
Le "reste tranquille" de Ramana Maharshi retrouve enfin tout son sens.
Plus rien à chercher, plus rien à trouver, vous êtes ce que vous êtes avant même que vous ne le sachiez, avant même que vous ne commenciez à l'imaginer.
C'est le "avant" le "juste avant" de toute chose.

Franck Terreaux, accordeur de pianos, rencontra pendant son parcours intérieur deux personnes qui furent déterminantes : Jean Klein et Marigal."


Editeur l'Originel


Jan Kersschot



Résumé

A travers cet ouvrage, J. Kersschot partage sa compréhension de la nature de l'éveil. En initiant à une nouvelle façon de voir le monde il propose d'accepter sa vraie nature.


Dans ce livre, l'auteur nous fait partager sa profonde compréhension de la nature de l'Éveil. Il nous invite à reconnaître notre vraie nature et montre combien il est vain de rechercher une illumination projetée dans l'avenir. « La Libération que j'évoque dans ce livre n'est pas réservée aux saints ou aux chanceux ; elle est pour tout le monde... Il y a une vision que je désire partager avec vous dans ce livre, quelque chose d'une absolue simplicité et en même temps susceptible de mettre fin à votre quête spirituelle. » Essayer de comprendre comment on obtient l'illumination est aussi vain qu'essayer de faire tenir l'océan dans un pot à confiture ! C'est l'effort de recherche lui-même qui fait obstacle à la vision de cela qui est déjà. Il se manifeste à présent un intérêt croissant pour le non-dualisme, et il y a des gens qui ont le courage et la capacité de communiquer ce simple et radical message sans compromis. Jan Kerrschot fait partie de ces gens.


Éditeur : Le lotus d'or


Krishnamurti



L'observateur et « ce qui est » La non-dualité selon Krishnamurti


P . -- On ne peut comprendre le problème de la dualité et comment elle prend fin que si l'on examine la nature du penseur et de sa pensée. Pouvons-nous discuter de ce point ?

Krishnamurti. -- Comment les penseurs hindous, les philosophes de l'advaita, traitent-ils ce problème?

P. --Les yogas-sutras de Patanjali déclarent qu'il y a un état de libération qui comporte des ancrages, et un état de libération dépourvu d'ancrages. Dans le premier, le penseur constitue un support ; c'est un état où le penseur n'as pas cessé d'exister. Dans l'autre, tout, et le penseur compris, a cessé.

Les bouddhistes parlent de kshana vada –le temps instantané, total et complet en lui-même, où le penseur n'a aucune continuité. Les philosophes de l'advaïta parlent de la cessation de la dualité et des moyens de parvenir à la non-dualité ; l'homme passe par un processus de dualité afin d'atteindre cet état. Sankara aborde l'état de non-dualité par la négation (neti, neti ; ni ceci , ni cela). Chez Nagarjuna, le philosophe bouddhiste, la négation est absolue. Si vous dites qu'il existe un Dieu, il le nie ; si vous dites qu'il n'y a pas de Dieu, il le nie aussi. Toute affirmation est niée.

B. -- Le Bouddha dit que ce qui existe est la « solitude de la réalité ». Vous êtes le résultat de vos pensées.

P. -- Ils ont tous parlé de la non-dualité : le Bouddha, Sankara, Nagarjuna ; mais la non-dualité est devenue un concept. Elle n'a pas agi sur la structure de l'esprit lui-même. En Inde, et pendant des siècles, l'approche négative du problème a fait l'objet de discussions ; mais jamais cela n'a eu aucun effet sur l'esprit humain. Le comportement du cerveau est toujours dualiste, opérant dans le temps et sous l'emprise du temps. Bien que l'on ait postulé l'existence des états de négation et de non-dualité, il n'y a pas d'indications sur la façon de les aborder. Pourquoi la non-dualité n'a-t-elle jamais eu d'action sur l'esprit humain? Pouvons-nous examiner cette question pour voir si l'on découvre ce qui suscite le déclenchement de cet état de non-dualité?

S. -- Si chaque expérience par laquelle on passe laisse une trace dans les cellules cérébrales, quelle est l'influence de cet état de non-dualité, d'unicité? Pourquoi n'y a-t-il pas de mutation dans les rapports existant entre le penseur et la pensée ?

P. -- Et le mécanisme qui enregistre la part technique, est-il le même mécanisme qui « voit », « perçoit »?

Kr. -- La cellule technique, la cellule qui enregistre, et la cellule qui perçoit.

P. -- C'est ce qui semble constituer l'ego.

Kr. -- Le fragment technologique et le fragment qui enregistre, ce sont ces deux qui constituent l'ego. Non pas le fragment perceptif.

P. --Mais j'inclus aussi le fragment « perceptif » ; l'enregistrement agit sur les deux – le technique et la perception.

Kr. -- Ce n'est peut-être qu'une explication verbale.

P. -- Le noyau de l'homme ne semble jamais être affecté. La dualité fondamentale et essentielle entre le penseur et sa pensée persiste.

Kr . -- Croyez-vous que, fondamentalement, la dualité existe, ou bien qu'il n'existe que « ce qui est », le fait ?

P. -- Monsieur, quand vous posez une question comme celle-là, l'esprit s'arrête, et l'on se dit : « oui, c'est bien ça. » Puis surgit l'interrogation intérieure : « Ne suis-je pas séparé de S. ou de B. ? » Et bien que l'esprit dise « oui », une seconde après il se met aussi à douter. Au moment où vous avez posé la question, mon esprit, un instant, a été immobile.

Kr. -- Pourquoi ne l'est-il pas resté?

P. -- L'interrogation surgit.

Kr.-- Mais pourquoi? Est-ce affaire d'habitude, de tradition? La nature même des agissements du soi, le conditionnement ? Tout cela peut être dû à ce que la culture nous impose pour survivre, fonctionner, etc... Pourquoi le faire intervenir, alors que nous considérons le fait de savoir s'il existe une dualité fondamentale?

P. -- Vous dites que c'est peut-être une action de réflexe cérébral?

Kr. -- Nous sommes le résultat de notre environnement, de notre société, nous sommes le résultat de toutes nos interactions. C'est aussi un fait. Je me demande s'il existe une dualité fondamentale au noyau même de notre être, ou bien la dualité surgit-elle dès l'instant où l'on s'éloigne de « ce qui est »? Quand je ne m'éloigne pas de la qualité non-dualiste de l'esprit, de sa foncière unité, ce penseur a-t-il, lui, une dualité? Il pense. Crée-t-il une dualité quand il est complètement avec « ce qui est »?

Quand je regarde un arbre, je ne pense pas, jamais. Quand je vous regarde, il n'y a pas de division telle que le « moi » et le « vous ». Les mots ne sont utilisés que dans le but de communiquer. Mais ce « moi » et ce « vous » ne sont pas en quelque sorte enracinés en moi. Alors, d'où jaillit le penseur séparé de la pensée? L'esprit demeure dans « ce qui est ». Il demeure avec la souffrance ; sans aucune pensée orientée vers la non-souffrance. Il y a le sentiment de souffrir. C'est là « ce qui est ». Il ne se mêle aucun désir de vouloir en sortir. D'où surgit la dualité? Elle surgit quand l'esprit dit : « il faut m'affranchir de la souffrance. J'ai connu l'état de non-souffrance, et je veux le retrouver. »

(pause)

Vous êtes un homme, et moi je suis une femme. C'est là un fait biologique. Mais y a-t-il un dualisme psychologique. Y a-t-il au départ un état dualiste, ou apparaît-il seulement si l'esprit s'éloigne de « ce qui est »?

Voici une grande douleur. Mon fils est mort. Je reste avec cette douleur, sans la fuir ; où est la dualité? C'est seulement quand je me dis que j'ai perdu mon fils, mon compagnon, qu'elle apparaît. Est-ce que je me trompe?

Si je subis la souffrance –physique ou morale, les deux sont comprises dans ce mot – toute tentative de m'en éloigner est dualité. Le penseur est le mouvement pour s'éloigner. A ce moment-là, il dit : « Cela ne devrait pas exister », et il dit aussi : « Il ne devrait pas y avoir de dualité. »

La première chose à voir, c'est que le mouvement pour s'éloigner de « ce qui est » est celui du penseur qui engendre la dualité. Pour observer le fait de souffrir, pourquoi faudrait-il un penseur? Celui-ci apparaît quand il y a un mouvement –soit de recul, soit de projection. Dans l'idée qu'hier je n'éprouvais pas de souffrance, c'est là que naît la dualité. L'esprit peut-il demeurer avec la souffrance, sans aucun mouvement, sans cet écart qui donne lieu au penseur?

Sa question à lui-même, c'est bien comment prend place cette attitude dualiste devant la vie. Il n'est pas en quête d'explication sur la façon de la transcender. « J'ai connu du plaisir hier. C'est terminé. »

N'est-ce pas aussi simple que cela?

P. -- Pas vraiment.

Kr. -- Je crois que oui. Voyez-vous, cela nécessite une observation non comparative. Toute comparaison est dualiste. Mesurer est une attitude dualiste.

Aujourd'hui, la douleur est là, et il s'y ajoute l'idée de la non-douleur pour demain. Mais le seul fait est la souffrance actuelle, celle que l'esprit connaît maintenant. Rien d'autre n'existe. Pourquoi avoir tellement compliqué, avoir construit d'immenses philosophies autour de tout cela? Y aurait-il quelque chose qui nous échappe? Serait-ce que l'esprit, ne sachant pas comment agir, s'éloigne du seul fait, et introduit un état de dualité? S'il s'en rendait compte, est-ce qu'il permettrait à cette dualité de s'installer? Le sentiment du : « quoi faire? » n'est-il pas lui-même un processus dualiste? Est-ce que vous comprenez?

Recommençons. Il y a souffrance physique ou morale. Quand l'esprit ne sait que faire dans le sens non-dualiste, il s'évade. Est-ce que l'esprit pris au piège –du trajet de va et vient – peut faire face à « ce qui est » d'une façon non-dualiste? comprenez-vous? Est-ce que la fait de souffrir le « ce qui est » peut être transformé sans qu'une réaction dualiste intervienne? Peut-il y avoir un état de non-penser » où le penseur ne prenne pas naissance du tout, celui qui dit : « Hier je ne souffrais pas, demain je ne souffrirai plus » ?

P. --Voyez ce qui nous arrive. Ce que vous dites est juste. Mais il y a en nous quelque chose qui manque –C'est peut-être la force, l'énergie. Quand il y a crise, son poids est suffisant pour nous plonger dans une situation sans échappatoire. Mais dans la vie de tous les jours nous répondons sans cesse à des défis mineurs.

Kr. -- Si vous compreniez véritablement cela, nous pourriez répondre à ces défis mineurs.

P. -- Dans la vie quotidienne nous avons le bavardage, le mouvement incessant et désordonné du penseur à l'oeuvre avec ses exigences. Qu'est-ce qu'on en fait?

Kr. -- Je ne crois pas, je nie que vous puissiez faire quoi que ce soit. C'est sans intérêt.

P. -- Mais c'est très, très important. C'est là ce sont nos esprits, avec leur part d'errance, de désordre... Et nous n'avons pas la faculté de le nier.

Kr. -- Ecoutez. Il y a du bruit dehors, et je n'y peux absolument rien.

P. -- Quand il y a crise, il y a contact. Mais dans la vie quotidienne il n'y a pas de contact. Je sors. Je peux regarder un arbre sans qu'il y ait dualité ; je peux voir des couleurs sans qu'il y ait dualité ; mais il y a l'autre part qui bavarde sans fin, et sur laquelle le penseur se met à agir quand il la voit fonctionner. L'ultime négation est de laisser la chose se poursuivre.

Kr. -- Etablissons d'abord l'élément primordial : observer la souffrance, ne s'en éloigner en rien – c'est là le seul état non dualiste.

P. -- Parlons plutôt de l'esprit qui bavarde, au lieu de parler de la souffrance, parce que c'est le fait de l'instant présent. Le bruit que fait cet avertisseur, l'esprit qui bavarde, voilà « ce qui est » présentement.

Kr. -- Vous donnez la préférence à ceci plutôt qu'à cela : ainsi commence le cercle vicieux.

P. -- Le point principal, c'est d'observer « ce qui est » sans s'éloigner. C'est le fait de s'éloigner qui crée le penseur.

Kr. -- Parce que le bruit, le bavardage de l'esprit qui, il y a un instant, étaient « ce qui est » ont disparu, se sont évanouis. Mais la souffrance demeure. La souffrance, elle, n'a pas disparu. Aller au-delà de la souffrance d'une façon non-dualiste, telle est la question. Comment la résoudre? Tout mouvement pour m'éloigner de « ce qui est » est dualiste, parce qu'il y a alors le penseur agissant sur « ce qui est », et c'est l'essence même du dualisme.

Et maintenant, peut-on observer le « ce qui est », observer ici en réalité l'état dualiste lui-même? Si une telle observation se fait sans que prenne place aucun mouvement dualiste, pourra-t-il naître de là une transformation de « ce qui est »? Comprenez-vous ma question?

P. --N'est-ce pas en réalité une dissolution de « ce qui est »? De ce qui a été créé ?

Kr. -- Je ne connais que « ce qui est », absolument rien d'autre. Et non pas la cause.

P. -- Vous avez raison. On peut voir que lorsqu'il n'y a aucun mouvement pour s'éloigner de la douleur, il y a dissolution de la douleur.

Kr. --Et comment cela se peut-il? Pourquoi l'homme n'est-il pas venu à ce fait ? Pourquoi a-t-il toujours combattu la souffrance par un mouvement dualiste ? Pourquoi n'a-t-il jamais compris ni creusé la douleur sans avoir recours à une attitude dualiste ? Que se passe-t-il quand il n'y a aucun mouvement pour s'éloigner de la souffrance? Non pour ce qui est de la dissolution elle-même, mais que se passe-t-il avec le mécanisme agissant? C'est bien simple : la souffrance est le mouvement pour s'éloigner. Si l'on est à l'écoute et rien d'autre, il n'y a pas de souffrance. Il n'y a de souffrance que quand je m'éloigne du fait en disant : « ceci donne du plaisir, cela n'en donne pas. » Mon fils meurt. C'est un fait absolument irrévocable. Pourquoi y a-t-il souffrance?

P. -- Parce que je l'aimais.

Kr. -- Regardez ce qui s'est déjà passé inconsciemment. Je l'aimais. Il est parti. La souffrance est le souvenir que j'ai de l'amour que je lui portais. Et il n'est plus. Mais le fait absolu, c'est qu'il est parti. Demeurez avec ce fait. Il n'y a de souffrance que quand le penseur prend naissance pour dire : « mon fils n'est plus là ; c'était mon compagnon », et tout ce qui s'ensuit.

S. -- Ce n'est pas seulement le souvenir de mon fils mort qui me fait souffrir, il y a maintenant la solitude.

Kr. -- Mon fils est mort ; c'est un fait. Puis surgit la pensée de la solitude. Puis mon identification avec lui. Tout cela appartient au processus du penseur et de la pensée. Mais moi, je ne connais qu'un seul fait : mon fils est parti. La solitude, le manque d'un compagnon, le désespoir sont le résultat de la pensée qui engendre la dualité ; un mouvement pour s'écarter de « ce qui est ». Il ne faut ni force ni détermination pour ne pas bouger. C'est la volonté qui est dualiste.

Il n'existe qu'une seule chose, c'est le fait, et le mouvement pour s'éloigner du fait, du « ce qui est ». Voilà ce qui engendre l'amertume, l'insensibilité, le manque d'amour, l'indifférence, toutes les choses qui sont le produit de la pensée. Mais le fait lui-même, c'est que mon fils est parti. La non-perception de « ce qui est » fait naître le penseur ; c'est une action dualiste. Et dès l'instant où l'esprit retombe dans le piège de cette action, là même se trouve alors « ce qui est ». Demeurez avec cela, parce que le moindre éloignement n'est qu'une nouvelle action dualiste.

L'esprit agit toujours à l'égard de « ce qui est » en fonction de bruit et de non-bruit. Et « ce qui est », le fait, n'a besoin d'aucune transformation, parce qu'il est déjà « ce qui est au-delà ». La colère, c'est « ce qui est ». Le mouvement dualiste de non-colère s'écarte de « ce qui est ». Mais le non-éloignement de « ce qui est » n'est plus la colère. Par conséquent, l'esprit – si une fois qu'il a perçu, si une fois il a eu cette perception non-dualiste – quand la colère surgit encore, n'agit pas à partir de la mémoire. La prochaine fois qu'elle surgit, c'est « ce qui est », et c'est pourquoi le concept dualiste est complètement faux et fallacieux.

P. -- Cette action-là est d'une extrême intensité. L'action non-dualiste n'est pas de l'action.

Kr. -- Il faut être simple. C'est l'esprit qui n'est pas habile, qui n'est pas rusé, qui ne cherche pas à trouver des substituts à la dualité, c'est lui qui est capable de comprendre. Nos esprits ne sont pas assez simples, et bien que nous parlions tous de la simplicité, cette simplicité-là consiste à porter un pagne.

La non-dualité signifie véritablement l'art d'écouter. Vous entendez aboyer ce chien : écoutez, sans l'ébauche d'un éloignement. Demeurez avec « ce qui est ».

(pause)

L'homme qui demeure avec « ce qui est » et ne s'en éloigne jamais ne peut être marqué.

P. -- Et si une marque apparaît, alors la regarder naître. Un acte de perception l'efface.

Kr. -- Tout à fait juste. C'est la vraie façon de vivre.

(25 décembre 1970)

mercredi 19 mai 2010

Yolande


Lieux des entretiens publics: 37, rue Richard Lenoir , Paris 11ème (metro Voltaire).

vendredi 28 à19h30 - samedi 29 à 14h00- dimanche 30 à 14h00 .

Possibilité d’entretiens individuels les 28-29-30-31 mai .

pour plus d’information sur les rencontres avec Yolande rendez vous sur http://dsyolavie.org

ou demande de renseignements à Jean-Philippe jphdck@wanadoo.fr et au 06 76 72 56 46.

Les réservations sont souhaitées. places limitées,amenez votre zafu, ou autre siège.

participation à une rencontre 30 euros.




dimanche 16 mai 2010

Marigal

« Je » a disparu

Marigal

Après des études scientifiques et quelques années dans un laboratoire de recherche, Marigal découvre l’éveil à la vie dans toute la plénitude de son sens. Pour l’auteur, le paradis peut être ici, maintenant, au cœur de nous-mêmes.

Un dimanche d’automne à la campagne.

Quelques amis sont venus passer le week-end et, le repas terminé, certains se préparent à faire une promenade dans les bois, d’autres à passer l’après-midi à bavarder devant le feu de cheminée. Je suis dans la cuisine pour effectuer quelques rangements avant de les rejoindre lorsque, soudain, je prends conscience que quelque chose est changé, différent. Tout est net, clair, limpide, immédiat, comme si un voile avait été enlevé, comme si une vitre avait disparu. Je n’ai plus l’impression de regarder autour de moi, le centre du regard a disparu, « je » ne suis plus dans le regard.

Les autres, le monde qui m’entoure, le personnage que je suis participent d’une même vie, d’une même substance, sans séparation, sans rupture, dans un même mouvement fluide et harmonieux. Les gestes coutumiers se déroulent d’eux-mêmes, simples, faciles, portés par un silence intérieur intensément présent. Silence et amour infini qui émane de sa propre nature, irradie de lui-même et de toute chose.

L’apparence du monde n’a pas changé, mais le monde vit autrement, habité par ce silence et cet amour qui sont le cœur de toute chose et de toute vie. Le personnage (que je suis) n’a pas changé, mais « je » n’est plus dans le personnage, remplacé par ce silence et cet amour qui rayonne et chante à l’infini.

Je ne me posai pas vraiment de question sur ce que cela signifiait, pourquoi c’était venu, puis reparti ; mais j’avais nettement conscience que cette expérience de quelques heures contenait la réponse aux questions que je me posais et que tout un chacun se pose un jour ou l’autre concernant la relation entre l’être individuel et l’univers, moi et les autres, Dieu et le monde, etc. Tout était clair, lumineux, résolu, réconcilié, dans une totale liberté.

Marigal, Voyage vers l’insaisissable. Une voix de femme, L’épinoy, marigal@free.fr



St Jean de la Croix

Où je ne savais !

St Jean de la Croix (1542-1591)

Poète espagnol de la Renaissance, St Jean de la Croix est connu pour sa liberté d’esprit et de cœur, autant que pour sa rigueur à décrire la voie de l’union mystique qui requiert le dépassement des sens et de l’entendement. Ce poème autobiographique aurait été composé, selon la tradition, à Grenade en 1585, au cours d’un état d’oraison contemplative.

Je suis entré où ne savais,
Et je suis resté sans savoir,
Toute science transcendant.

Moi je ne savais où j’entrais,
Cependant quand je me vis là,
Sans savoir où je me trouvais,
De grandes choses je compris.
Point ne dirai ce qu’ai senti,
Car je suis resté sans savoir,
Toute science transcendant.

De paix et de piété
C’était la science parfaite,
En profonde solitude,
Directement entendue ;
C’était chose si secrète,
Que je suis resté balbutiant,
Toute science transcendant.

J’étais tellement ravi,
Si absorbé et transporté,
Que mon sens demeura
De tout sentir privé ;
Et l’esprit, doté
D’un entendement sans entendre,
Toute science transcendant.

Celui qui parvient là vraiment,
De soi-même il défaille ;
Tout ce qu’il savait avant,
Très bas lui semble maintenant ;
Et sa science augmente tant
Qu’il en demeure sans savoir,
Toute science transcendant.

Plus il monte haut,
Moins il comprenait
Ce qu’est la nuée ténébreuse
Qui éclairait la nuit ;
Aussi celui qui savait
Demeure toujours sans savoir,
Toute science transcendant.

Ce savoir en ne sachant pas
Est de si haut pouvoir,
Que les savants argumentant
Jamais ne le peuvent vaincre ;
Car leur savoir ne parvient pas,
A ne pas entendre entendant,
Toute science transcendant.

Et de si haute excellence
Est ce suprême savoir,
Qu’il n’est faculté ni science
Qui le puissent entreprendre ;
Celui qui saura se vaincre
Par un non savoir qui sait,
Ira toujours transcendant.

Et si vous voulez l’écouter,
Cette suprême science
Consiste en un très vif sentir
De la divine essence ;
C’est l’œuvre de sa clémence,
Faire demeurer sans entendre,
Toute science transcendant.


St Jean de la Croix, Poésies complètes, Traduction Bernard Sesé, Les Cahiers Obsidiane,1983.

source



samedi 15 mai 2010

Terre du Ciel


FORUM de PENTECÔTE





Spiritualité et Société


Pour en finir avec le consumérisme
les chantiers du futur


les 22-23-24 mai 2010
au Centre des congrès d'Aix-les-Bains (Savoie)


Programme complet disponible en téléchargement
ici
( plaquette de 16 pages avec bulletin d'inscription )

avec plus de 40 intervenants


Les RETRAITES 2010 ( voir les places disponibles )


Swami Muktananda
en mai et en juillet :

"Je suis"
la voie de la non dualité

information
et inscription


Père Martin
en avril et juillet :

Prière de Jésus,
Prière du coeur

information
et inscription



Satya Narayan Das
en août :

"L'art d'aimer "
l'amour inconditionnel ?

information
et inscription


Frère John Martin
en juillet :

"Dieu est en vous.
Trouvez-Le !

information
et inscription


Jean-Yves Leloup
en août :
La via amorosa,
l'évangile de Myriam
de Magdala
information
et inscription

L'ASSOCIATION Terre du Ciel


Prochains rendez-vous

A Paris, le 31 mars,
Conférence “le sel de la vie”
avec Pierre Yves Albrecht

fiche d'information

A Paris, le 10 avril,
Symposium Pachamama
avec toute une équipe
de l’association

fiche d'information

A Chardenoux, les 8 et 9 mai,
Orient-Occident, le souffle de l'Esprit
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A Chardenoux, du 20 au 25 juin,
Le nouveau paradigme

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du journal de l'association Terre du Ciel

"Les semeurs du Vivant"

en cliquant sur la couverture ci-dessous

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ÉCOFESTIVAL


4ème Écofestival de Chardenoux

“ L’écologie, un art de vivre entre Terre et Ciel ”

samedi 19 juin et dimanche 20 juin 2010

Un week-end champêtre,
culturel et festif
sur les 20ha du Domaine de Chardenoux (71) …


Pour tout contact avec l'association : infos@association-terre-du-ciel.fr

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