lundi 26 avril 2010

Jean Bouchart d'Orval

au coeur de l'instant
jean bouchart d'orval


« Même si nous y travaillons très fort chaque jour, nous n’échapperons pas à la joie qui luit au cœur de l’instant, car elle est notre vraie nature.
Ce que nous cherchons n’est pas un état. Ce n’est pas quelque chose à conserver. C’est ce qui est perçu clairement quand on n’a plus rien à conserver, à porter, à assurer. Il n’y a que maintenant et tout ce qui vous semble être autre, ailleurs ou plus tard est une histoire racontée par la pensée tributaire des images.
Il n’y a rien à préparer, aucune stratégie à élaborer. Ce qui est donné au regard n’est pas quelque chose à éliminer pour se sentir mieux. Se préparer, c’est la peur. C’est le désir de sauvegarder quelque chose qu’on pourrait peut-être perdre demain. Si on peut perdre quelque chose demain, alors ce quelque chose n’est pas réel et ne mérite pas les soucis qu’on se fait pour lui. On ne peut pas perdre ce qui est réel.
Pour vivre libre, quelle technique faut-il pratiquer? Les techniques, c’est la peur. On con?e sa vie à une technique, à une pratique, mais c’est généralement une stratégie égotique que de s’engager dans la pratique d’une technique. La seule pratique ici, c’est la vie claire, c’est vivre dans le ressenti, qui nous ramène immédiatement dans le cœur. »

CD audio : La vie n’est que constatation. 7 entretiens avec Jean Bouchart d’Orval d’une durée totale de 74 min.
Des propos pris sur le vif, le jeu des questions et des réponses, mais surtout un silence assourdissant qui se profile à l'arrière-plan.

Extrait :

Le temps pour soi : on ne le prend pas nécessairement, mais si on le veut il est disponible. C’est une chance que nous avons d’examiner ce que nous voulons vraiment à travers tout ce que nous voulons. Dans une seule journée, combien de désirs nous viennent ? Sommes-nous vraiment clairs à savoir ce que nous désirons vraiment ? Non. C’est pour cela que nous passons et repassons toujours par les mêmes cycles de désir, d’action, de satisfaction (ou non), d’accalmie, de retour du désir, etc. C’est notre histoire émotionnelle à nous, les êtres humains. Ce n’est pas la paix. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » chantait le poète…
Il y a des moments de joie et de tranquillité, bien sûr. Quand ? Justement quand nous sommes sans désir. Nous ne nous rendons plus compte que ce que nous cherchons vraiment, à travers tous nos désirs, c’est un état sans désir. C’est vraiment ce que nous cherchons. Ce n’est pas là de l’ennui ; c’est très différent. Dans un état sans désir, dans la joie naturelle, il n’y a pas cette idée qu’il devrait y avoir ceci ou cela pour combler un vide, alors que dans l’ennui il ne semble pas y avoir de désir, à première vue, mais il nous vient encore l’idée qu’il devrait y avoir quelque chose. Dans l’ennui, le vide de substance de l’univers commence à nous apparaître, mais il est perçu comme une menace : alors la joie n’y est pas transparente. Dès lors, on veut créer quelque chose :
« Comme c’est ennuyant : je n’ai plus de désir. Que pourrais-je faire pour ramener mes désirs ? J’irai voir un thérapeute, un psychologue, un sexologue. » Le thérapeute va alors tout faire pour nous ramener dans la non-tranquillité, a?n que nous ayons à nouveau des désirs. Tout cela fait tourner l’économie.
Tout désir est une réminiscence d’une joie unique et sans cause. Éprouver un désir c’est merveilleux. L’univers entier est l’actualisation du désir. Mais pourquoi construire toute une histoire autour d’un désir ? C’est comme l’amour : il n’est jamais problématique. Mais dès que l'accent porte sur une histoire, qui se réfère à un soi-même, c’est la misère. C’est pourquoi Christian Bobin écrivait que dans les histoires d’amour, il y a surtout des histoires et peu d’amour.
Si nous nous arrêtions à examiner clairement ce que nous voulons vraiment – l’a-t-on fait au moins une fois dans sa vie ? –, bien des choses pourraient changer. Il s’agit ici de vraiment voir, de sentir : que veut-on ? Examinez à quel moment de votre vie vous vous sentiez vraiment bien et voyez qu’à ce moment-là vous avez attribué cela à des éléments circonstanciels et décoratifs. On peut se sentir complètement bien sans qu’il ne se passe rien. De tels moments montrent clairement que la joie n’est tributaire de rien. C’est l’histoire que nous nous racontons qui veut nous faire dire que la joie dépend de telle personne, de tel lieu ou de telle circonstance. Tout cela est faux : voyons-le ! C’est important, c’est capital. Sinon, nous allons continuer à errer dans les mêmes sphères. Quand donc allons-nous en sortir ? Voilà ce que j’appelle « se comprendre ». Qu’est-ce que je veux vraiment et d’où vient l’idée que je ne l’ai pas ?


Editions Almora


mercredi 21 avril 2010

Yolande



le silence guérit

laurence vidal et yolande duran-serrano



Printemps 2008 : deux femmes se rencontrent.
L’une, Yolande, vit depuis cinq années une expérience indicible, basculement soudain, éternellement répété, de tout son être au tréfonds de l’Être. Cet état – ce non état – se manifeste par un silence intense, un vide, une plénitude à la fois si extraordinaires et si simples qu’elle n’a longtemps pas eu de mots pour le dire. Étonnée d’abord, puis de plus en plus amoureuse de « cette chose » en elle qui a pris le pouvoir sur tout, Yolande se laisse guider, enseigner par elle. Et ressent de plus en plus le goût de partager ce Silence, cette manière d’être au monde empreinte de légèreté et de simplicité.
L’autre, Laurence, autrefois journaliste, se consacre à l’écriture, à la pratique du yoga et à la fréquentation des textes inspirés, qu’ils soient de métaphysique non duelle ou de mystique chrétienne et soufie.
Entre Yolande et Laurence, l’idée d’un livre germe. Elles ont du temps toutes deux, s’abandonnent au hasard providentiel de leurs conversations et de leur amitié naissante. Les mois passent… bientôt une année… Le Silence guérit en est le fruit.
À la fois tentative de dire cet indicible qu’on appelle l’Éveil et regard du témoin, Laurence, qui donne à voir Yolande dans sa vie de tous les jours et se trouve elle-même gagnée par des espaces de présence silencieuse, ce livre à quatre mains fait se tenir côte à côte une vie touchée par la grâce, une autre par l’espérance. Hors de tout courant spirituel ou religieux, puisque né d’une Libération intérieure spontanée, il témoigne du saisissement par l’ultime Réalité de soi-même et de tout. Saisissement, Silence qui est
« l’ultime guérison, puisqu’il guérit de l’idée d’être une personne… »

Extrait :

C’était au mois d’août, en 2003. La journée avait débuté comme n’importe quelle journée d’été. Mon fils était sorti, j’étais seule à la maison, à m’occuper de choses et d’autres. Et puis voilà que je l’ai remarqué…
Remarqué quoi ?
C’était comme un silence dans ma tête. Oui : un silence frappant… Où étaient passées mes pensées ?... Il y avait cet espace, cet intervalle entre les pensées qui les faisait passer au second plan. Comme si elles ne m’appartenaient plus ou, en tout cas, n’avaient plus de pouvoir sur moi. Je sentais une légèreté, un bien-être, l’impression d’être en phase, connectée avec moi-même comme je ne l’avais jamais été. Connectée à quelque chose d’inexplicable, d’inexprimable : ce silence…
Je me suis demandé ce qui m’arrivait. Et j’ai commencé d’observer.
Et ?...
Ce que je ressentais, c’était une modification de mon fonctionnement intérieur. À la vitesse de l’éclair, quelque chose m’était tombé dessus. Quelque chose que je n’avais pas vu arriver. Pas même s’installer. Et cette « chose » qu’aucun mot ne peut décrire avait pris le pouvoir sur tout.
Tu n’as rien vu arriver ?
Rien. Je n’ai pu que constater que tout était différent… Sur le moment, c’est ce silence qui m’a frappée. Dans les jours qui ont suivi, je me suis rendu compte que je ne vivais plus les choses comme avant. Les mille détails qui, dans une journée, m’agaçaient, une porte qui claque, les clefs qui disparaissent juste comme on s’apprête à sortir, une préoccupation ou une autre, tous ces micro-événements qui m’agaçaient en permanence sans même que je le remarque : tout ça ne me dérangeait plus. Je constatais : tiens, la porte est mal fermée, les clés ne sont pas dans ma poche… J’allais fermer la porte, je me mettais à chercher les clés… et je ne trouvais rien à y redire. Les choses étaient ce qu’elles étaient. Ma façon de les percevoir, d’y réagir, avait changé.
Tu ne réagissais plus, en fait ?
Voilà, je ne réagissais plus. Parce qu’il y avait ce silence, cette tranquillité qui était là, qui m’envahissait toute, et me laissait telle qu’était la situation.
Les premiers temps, j’ai regardé ça toute seule, au fond de moi, en me demandant ce que ça pouvait bien être… Comme je venais de fêter mes 40 ans, je me suis dit : « c’est formidable d’arriver à 40 ans! je me sens enfin en phase avec moi-même! je me sens si légère, si bien… »
Tu as mis ça sur le compte de la quarantaine, vraiment ?!
Oui, je me suis dit ça au début. Mais quand j’ai commencé à évoquer ce que je vivais autour de moi, je me suis aperçue que, même passé 40 ans, les gens ne ressentaient pas ce que je ressentais, ils n’avaient pas ce point de vue que j’avais.
Je n’avais que des amis très cartésiens. Tous étaient pris, comme moi, par la vie active. Pas plus que moi ils ne s’étaient posé de questions métaphysiques ni n’avaient ouvert un livre
« spirituel » ou de développement personnel… Ils m’avaient toujours connue très speed : à peine arrivée quelque part je voulais déjà être ailleurs. Et là ils me voyaient posée, tranquille tout d’un coup, sereine. Alors ils se réjouissaient pour moi.
« Tant mieux, tu as l’air bien », disaient-ils. Mais ils n’en savaient pas davantage sur ce que je vivais. Et moi non plus.
C’est là que je me suis interrogée sur ce qui pouvait bien se passer dans l’invisible, sur ce qui se passait à l’intérieur de soi. J’ai commencé à me renseigner, à entrer dans des librairies, à chercher des livres qui, peut-être, m’expliqueraient un peu ce que je vivais…



vendredi 16 avril 2010

Rencontre avec Sébastien Fargue





Rencontre avec Sébastien Fargue à Bordeaux

Vendredi 23 avril à 20h NOUVEAU LIEU
246 cours de l'Yser (sur la place Nansouty) 33000 Bordeaux
Parking facile
suivie de deux jours d'ateliers
(Salle de yoga E. Rapaport 68 rue Stéhélin Bordeaux-Caudéran)

Vendredi 23 avril à 20h : Rencontre 10 € Tarif réduit 5€
Samedi 24 et dimanche 25 avril de 10h à 18h : Ateliers (50 € par jour ou 90 € pour 2 jours - tarif réduit 30 et 60 €)

Renseignements Jean-Marc : 06 16 80 20 93

Dans un premier temps, la pratique de la présence consiste à observer nos expériences intérieures, sans les encourager ni les refouler.

Au fur et à mesure que nous observons nos mouvements internes, et en cessant de les alimenter, ils se calment d’eux-mêmes. En même temps, notre espace intérieur s’agrandit.
Notre esprit retrouve sa tranquillité naturelle.

Aussi, nous prenons conscience que nous sommes toujours en amont, au-delà de nos pensées, émotions et sensations.
Comme un spectateur bienveillant qui regarderait un paysage.

Dans un second temps, nous pouvons nous entraîner à orienter cette présence aussi vers les phénomènes extérieurs.

Nous pratiquons alors également la présence dans notre quotidien et dans de plus nombreuses expériences et relations.

Tout cela se déroule simplement, sans artifices. Pas d’effort de posture ou de concentration, seulement de l’attention.


La présence c’est observer ce qui est, consciemment, sans se contracter, ni s’endormir.

Au fur et à mesure que nous sommes présent à ce qui est, nous avons moins besoin de pratiquer "officiellement" la présence.
La pratique et la vie quotidienne se fondent l'une dans l'autre, si bien que parfois nous ne savons plus si nous pratiquons ou pas,
ou si nous avons encore besoin ou non de pratiquer.
Il y a de moins en moins de division entre notre vie normale et notre vie en présence, notre vie éveillée.
Le désir d'obtenir la sagesse ou une quelconque réalisation disparaît tout simplement.



Sessions


Les sessions s’articulent autour de la pratique de la présence, en parole, écoute et silence.
Les interactions émergent de manières naturelles et intuitives; nous ne présupposons pas que certaines choses devraient avoir lieu ou ne pas avoir lieu.

Nous sommes amenés à accueillir les phénomènes tels qu'ils sont, sans pour autant en faire de belles histoires ou des problèmes. Si bien, que la volonté d'obtenir des résultats ou des changements, disparaît.
Les choses telles qu'elles sont se suffisent à elles-mêmes.

Néanmoins, si d'aventure nous cherchions encore quelques résultats, nous observons souvent certaines conséquences telles que (par exemple) : détente et ressourcement,
déconstruction des croyances limitantes et des pensées parasites, meilleure gestion des émotions et humeurs, apprendre à mieux respirer et à mieux respecter le corps, améliorer la capacité d’écoute et de communication verbale et non-verbale, des actions plus conscientes et donc plus efficaces, accroissement de l'estime de soi et de la liberté d'être et d'agir...


Etre présent, c’est voir ce qui est, sans le juger.

Nous cultivons la présence pour nous et pour la partager avec les autres. Ce faisant, nous prenons conscience que nous sommes un.

L’accueil fait partie intégrante de la présence, nous cultivons de ce fait également le non-jugement,
l’amour de soi et l’amour de l’autre. Lorsque l’on offre notre présence à autrui, nous lui donnons directement ou indirectement la liberté d‘être qui il est, tel qu’il est.

Pratiquer la présence en groupe nous amène à entrer dans des relations plus conscientes. Ainsi, par notre présence, nous osons davantage être nous-même, tout en acceptant davantage l’autre tel qu’il est.

Au cours des sessions, nous sommes libre d’exprimer nos questionnements, expériences et prises de conscience, apparaissant instant après instant. Le silence est pareillement bienvenu.




Public

Cette pratique est destinée à tous ceux et celles qui désirent apprendre l’art de vivre dans le présent.
C'est-à-dire retrouver le simple plaisir d'être, une joie sans cause.
Puis de cultiver cette présence dans ses relations et actions quotidiennes.

En tant qu’approche de la connaissance de soi et de l’autre, ce travail développe notre intuition,
notre ressenti et notre lucidité vis-à-vis de nos relations, et des fonctionnements de la vie en général.

Cet enseignement nous ouvre à la dimension de l'essentiel qui existe en chacun et chacune.
Sans rituels, ni complexité ésotérique, il est adapté aux personnes de notre culture et de notre époque.







mercredi 14 avril 2010

Swami Vijayananda


Hommage à Swami Vijayananda qui vient de nous quitter
_________




Vijayananda est un Français. Médecin dans les environs de Marseille, il est parti pour l'Inde en 1950 et y est resté après avoir rencontré MÂ ANANDAMAYI.
Il annule son billet de retour, vend son cabinet médical par correspondance et entame,
pendant 19 mois une vie de voyages auprès de Mâ....
Il passe 7 ans dans un ermitage à 2000m d'altitude face à l'Himalaya, avec l'accord de Mâ.
Sept ans de solitude où il ne lit pas, il médite, marche dans la montagne.




jeudi 8 avril 2010

Yolande





Pendant quarante ans, comme tout le monde, je me suis prise pour mes pensées, pour mon corps : je me prenais pour une personne. Et puis il y a eu ce basculement. En un instant, spontanément, ce silence dans ma tête. Plus de pensées : le silence, une stupeur, un étonnement profond qui ne laissait place à rien d’autre.
Alors je me suis mise à observer. Mon fonctionnement avait changé. Il y avait « cette chose », ce silence… et tout le reste. Le reste, ce que j’appelle le je suis, c’est-à-dire le contenu de l’instant : j’ai vu que tout apparaissait dans cette chose, d’instant en instant. Que tout y disparaissait.

Ton fonctionnement avait changé, dis-tu ?

Il y avait une légèreté, un bien-être. Je me sentais en phase avec moi-même, en phase comme je ne l’avais jamais été. Les choses se présentaient, les situations, les événements, même ceux qui auparavant m’auraient dérangée… je ne trouvais rien à y redire. Je ne réagissais plus, en fait. Et lorsque, deux mois plus tard, mon fils est mort dans un accident… même chose. Ce silence, cette tranquillité m’empêchait de réagir, m’empêchait d’être une mère détruite par la mort de son fils. J’ai vu que la souffrance n’existait pas.

La souffrance n’existe pas !?

Ce n’est pas la situation qui fait souffrir. Pour moi, il y a le silence. La situation ne fait pas souffrir quand le silence, quand cette chose est là.

Cette chose, qui la voit ? Yolande ?

C’est cette chose qui voit. En elle apparaît la vision, la clarté qui voit tout ce qui apparaît. En fait, c’est simultané : à l’avant-plan il y a cette chose et… le reste, tout ce qui apparaît, toute l’existence, au second plan.
Cette chose est l’espace qui est avant toute chose, toute pensée, tout événement. On ne peut pas la comprendre : c’est elle qui comprend tout, qui englobe tout. Cette chose - appelons-la Silence, Présence, Puissance, Amour ou Ultime Réalité, de toute façon aucun mot ne peut en rendre compte - cette chose, on peut seulement la vivre. Au début, je croyais qu’elle était au fond de moi. Maintenant je vois qu’elle est partout. Elle est tout. Il n’y a rien d’autre, rien qui ne soit elle. Il n’y a plus à s’inquiéter, à s’accrocher à rien.

Cette chose est au fond de toi et partout… Et Yolande, où est-elle ?

Yolande apparaît toujours, mais dans le second plan, comme le reste. Elle existe sans exister. Elle n’existe plus mais elle est là. Elle n’a plus de pouvoir. C’est ce silence, cette puissance qui a pris le pouvoir sur tout.

Elle a tout de même des pensées, des émotions…

Bien sûr des pensées, des émotions peuvent surgir. Mais cette puissance les balaye instantanément, elle les laisse au second plan. Donc tu n’as aucune possibilité de t’identifier à elles. Et cette chose est si puissante que tu ne peux revenir en arrière, tu ne peux revenir à ton ancien mode de fonctionnement, t’identifier à… tout ce que tu n’es pas.
Ça m’est arrivé parfois, au début, d’essayer de penser comme avant, de faire des projets comme avant. Impossible. Tout comme, autrefois, si j’avais voulu arrêter de penser je n’aurais pas pu, aujourd’hui, si je veux penser, eh bien je ne peux pas. C’est aussi simple que ça.

Et les émotions, toutes ces réactions automatiques qui nous viennent ?

C’est pareil. La peur, la tristesse, c’est comme le reste : un mouvement qui passe en toi et qui repart. S’il n’y a personne pour se l’approprier, il n’y a pas de peur, pas de tristesse. Il n’y a pas de réaction.

D’où viennent, selon toi, les réactions ? Y a-t-il moyen de s’en libérer ?

Elles viennent de la pensée. De la croyance en l’idée d’être une personne. Quand cette croyance tombe – et cela se fait en un instant, pas besoin de vingt ans de pratique pour ça – il n’y a plus que ce silence, cette intensité, alors tu te laisses faire. Il y a ce point de vue neuf qui est toujours là, ce vide plein, ce silence tantôt très intense et tantôt doux mais toujours présent. C’est une sensation, comme un toucher, une présence qui ne te lâche pas, même au milieu de l’action, de la concentration. Ce toucher omniprésent qui t’englobe, qui englobe tout le contenu de l’instant, t’empêche de t’identifier à la pensée, à l’émotion qui surgit. C’est lui qui te donne le sentiment profond que la personne n’est pas. Et c’est lui, c’est cette sensation qui devient vision, action… parce que cette spontanéité, cette sensation constante ne te permet pas d’être dans ta tête. C’est la sensation qui voit, directement. Et la vision, c’est l’action.

La vision c’est l’action ?

Quand tu es dans la fluidité, il y a action, sans filtre, sans pensée. Tu vois, tu sens; l’action, le geste, la parole se présentent spontanément, sans que tu aies eu à les penser.

Comme si la réalité de l’instant te dictait le geste juste ?

Tu vois que les choses se font toutes seules, sans besoin de les penser… La vie n’a pas besoin d’être pensée. Juste besoin d’être vue. Le reste se fait tout seul.

Le simple fait de voir…

… fait. Tu vois cette fluidité qui agit.

Et l’amour, dans tout ça ? Tu dis que cette chose c’est l’amour… Qu’en est-il de
l’amour entre deux personnes ?

C’est la non-relation qui permet la relation.
La non-relation ?

La non-relation avec la personne que tu croyais être. La non-séparation. Et c’est cette chose au dedans qui permet ça. C’est elle qui permet l’amour, qui est amour.
Dans la fusion amoureuse, on entre en relation avec la non-relation à l’intérieur de soi. C’est dans cette non-relation, cette chose, que réside l’amour. Et c’est parce qu’on entre en contact avec elle que l’on dit, que l’on sent « je suis amoureux ». L’autre n’y est pour rien. Ni soi-même. Ni la relation entre les deux… C’est l’écoute de cette chose, en nous, qui permet l’amour. C’est elle qui te fait découvrir que l’amour n’est pas à l’extérieur, qu’il ne dépend de rien, d’aucun objet, d’aucun état : c’est quelque chose qui est là, à l’intérieur. Plus besoin de chercher le bonheur à l’extérieur : cette chose qui te rend vivante, aimante, aimée… elle est avant tout, elle est là. Et c’est de cette chose, de cette non-relation, que l’on tombe amoureux. Un amour qui ne peut être détrôné par quoi que ce soit.
C’est vrai aussi que dans la relation amoureuse il y a des instants d’oubli de soi-même, des instants d’intimité qui sont cette fusion, cette non-séparation. Le problème, c’est que quand il y a « tomber amoureux de » l’objet ou la personne, tu rentres dans une relation avec toi-même et tu ne vas plus penser qu’à ça, qu’à cette personne. Donc tu te coupes de l’essentiel. Cette même passion devrait être pour cette chose invisible qui te permet d’être dans la non-relation avec toi-même, donc aussi avec l’autre, et te permet de sentir l’intensité de l’instant présent plutôt que l’intensité de la seule relation avec cette personne.

Cela signifie-t-il que tu ne peux plus tomber amoureuse de quelqu’un ?

Tu es tombée amoureuse de cette chose invisible, ça, c’est sûr. Mais tu peux quand même tomber amoureuse de quelqu’un, puisque c’est ce que je vis. C’est beau de voir que, dans l’instant, tu es aussi amoureuse de cette personne. Mais si elle n’est plus là, ou si elle s’absente, rien ne manque. Cette chose est toujours là et elle te permet de vivre, même sans cette personne, dans un bien-être total.

Donc, Yolande peut tomber amoureuse… Ce n’est pas une émotion, ça ?

C’est l’intensité qui guide. Auprès de telle personne elle est plus forte qu’auprès de telle autre. L’intensité est là : tu la suis. C’est elle qui te fait être ici, ou là, avec celui-ci ou avec celle-là. Tu ne décides pas : tu y vas, tu y es. La tête n’intervient pas. L’émotion non plus.

Dans cette intensité, comment perçois-tu l’autre, tous les autres ?

Je les perçois comme moi, comme les arbres, la montagne, mes pensées : au second plan. J’en reviens toujours là. Ils sont là sans être là. Ils sont passés au second plan au même titre que moi, que mon corps, que tout ce que je croyais être.

Oui, mais comment perçois-tu chacun ? Il y a des différences de l’un à l’autre, tout de même… même au second plan!

Ce que je sens, surtout, c’est ce qu’il y a de plus proche en moi, c’est-à-dire mon corps, les sensations de mon corps qui se sont amplifiées à l’infini. Dans ce second plan, le plan du je suis, c’est le plus proche. C’est sensation, intensité, mouvement. Cette intensité varie avec ce qui se présente dans le contenu de l’instant, proximité de telle ou telle personne incluse. Mais il n’y a pas la pensée pour dire « parce que je sens tel mouvement dans mon corps, cette personne est comme ci », ou « je dois faire comme ça ». Ce qui va se faire dans l’instant se fera… mais ce ne sera pas le résultat d’un savoir, d’une compréhension : c’est le silence qui agit.

Tu ne peux rien t’approprier ?

Non.

Mais perçois-tu mon psychisme, mes états d’âme ?

Tu es là, tu sens, tu te laisses traverser par ce qui se passe, par un mouvement que tu sens dans ton corps, fusionné avec tout le reste. Mais tu n’interviens pas, tu n’as pas de réaction, d’opinion, de commentaire. Quand quelqu’un entre dans la pièce, tu peux sentir un mouvement plus inconfortable, ou sentir au contraire l’intensité qui se déploie, mais tu n’en déduis rien. Tu ne cherches pas à comprendre pourquoi, comment, ni s’il y a quelque chose à résoudre et comment. Tu sens, point.

Et quand quelqu’un se confie à toi, te demande conseil ?

Tu ne fais qu’être écoute. Il n’y a pas de mouvement de Yolande qui pense ceci ou cela. Mon je suis est partagé avec tout ce contenu de l’instant, et je laisse toute la place à cette chose à l’avant-plan, cette chose avant le je suis, pour agir si elle doit agir. Donc si un geste vient, il vient du silence. C’est lui qui sait. C’est lui qui fait.

Que faire pour vivre ce silence ?

Je fais une totale confiance à cette présence dans l’invisible. Donc la seule chose qui peut être dite, il me semble, c’est d’être ce que l’on est dans l’instant, de le vivre pleinement, simplement… et de laisser la spontanéité faire ce qu’elle a à faire.
C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, pas apprendre, ni vouloir, ni savoir. Alors : se laisser faire – quoi d’autre ?

Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple!

Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.
Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…
Rester là, avec cette sensation de l’instant, cette intimité… Rien que d’être là, tu n’es déjà plus là. Parce que tu sens tout le contenu de l’instant présent, sans interférer. Donc tu n’as plus l’idée d’être une personne : tu n’es que sensation. Tu sens cette conscience, peut-être encore un petit peu individuelle, que « ton » corps est inconfortable avec cette tristesse, ce malaise où tu es : déjà c’est un cadeau, parce que tu te rends compte que l’instant, l’intensité, la vérité n’est pas dans ta tête… C’est merveilleux de pouvoir sentir ça, déjà! Déjà accepter cette simplicité de sentir que la vie c’est ça, ce n’est pas voir des lumières ou entrer en extase : c’est ça, aussi. C’est la simplicité de ne pas être cette personne qui ressent. C’est sensation, point.

Qu’est-ce qui fait que, pour la plupart, ces instants ne durent pas ? Que l’agitation revient ?

C’est un problème d’identification. Le mental revient, redevient le plus fort et te piège. Piégé, tu y crois fermement, tu oublies le silence et cette chose puissante qui est là.
Vivre ces moments quand il se présentent.

Les vivre avant la pensée…

La pensée aussi, il faut l’accepter. Elle reste au second plan. Laisser cette attention, cette sensation, cette chose au premier plan, dans cette simplicité totale, avant d’être cette personne qui dit « c’est à moi que ça arrive » ou « ça va passer ». Peut-être tout simplement accepter cette simplicité du silence, cette simplicité de sentir, cette simplicité d’être avant qui que ce soit. Rester dans cette simplicité de sentir, tout simplement, sans pour autant avoir été chercher cette tristesse, sans chercher à sentir ton corps ni quoi que ce soit d’autre.
Se laisser saisir par ce qui est là, parce que c’est là… Quel est le sens de la recherche spirituelle, alors, puisqu’elle vise toujours un savoir, un état, un progrès, quelque chose « devant » ?

Elle a encore un sens puisqu’elle est là, puisqu’elle se présente. Vouloir faire le contraire ce serait la même chose : ce serait refuser ce qui se présente… Je crois qu’il faut accepter tout ce qui se présente, que ce soit de méditer, de faire du yoga, d’avoir l’air d’être dans une recherche spirituelle – alors que ce qui entraîne dans tout ça, comme dans tout le reste de la vie d’ailleurs, c’est quand même et toujours cet état premier.
Donc continuer à se laisser faire, même s’il y a encore la personne qui est là, et qui veut, et qui espère. Sentir, plutôt que d’essayer toutes sortes de techniques… Mais il faut aussi accepter ces techniques : elles font partie du chemin qui se présente à soi…

Propos recueillis par Laurence Vidal

Site Yolande
Blog Yolande



samedi 3 avril 2010

Rencontre avec Nina


Au Gabon comme dans un grand nombre de sociétés il existe des rites de passages de l'adolescence à l'adulte, c'est lors de mon initiation au bwiti par l'iboga, que j'ai fait pour la première fois l'expérience de l'absolu.

Celle-ci est fonction de votre maturité et non d' un effort, cependant, à l'issu de ce voyage tous les anciens me dirent que je ne pourrais pas revivre cette expérience au quotidien, sauf après ma mort. Curieux je demandais pourquoi pas maintenant ? Parce que c'est ainsi, voici la réponse que j'obtins.

Insatisfait, j'ai commencé à chercher un moyen pour vivre cette expérience quotidiennement, voici le début de ma quête. Mon acharnement fut tel que ma conscience s'éveilla au bout de deux ans et demi, avec le temps, je comprends que ce qui est arrivé devait arriver, tout simplement.

Que s'est-il véritablement produit ? Un « non-événement », car en réalité on ne fait pas de découverte, simplement une meilleure compréhension de sa nature véritable, comprendre qu'il n'y a rien sur quoi l'Etre puisse s'appuyer, que l'intérieur et l'extérieur de ce corps n'ont pas de contenu : « il n'y a rien ».

Depuis cela, ma vie continue son cours, je suis éducateur sportif dans un club à Toulouse, conscient que je suis.

Au final, rien n'est vrai ou faux, comprendre simplement que le relatif et l'absolu alternent inlassablement, cet état de conscience ne peut-être vu. De la même manière que, nul ne peut voir le vent, mais ses manifestations qui ne sont pas le vent, il en est de même pour l'éveil.

Site Nina



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