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mardi 9 avril 2013

Le sujet connaissant n'est pas la personne




Le sujet connaissant n'est pas la personne


«Les gens ont l'idée préconçue que pour accéder à la spiritualité, il faut devenir une sorte d'illuminé indifférent au monde. Mais, encore une fois, ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Devenir un être pleinement réalisé ne signifie pas que l'on ne ressent plus rien, que l'on n'éprouve plus d'émotions : on conserve son identité et sa personnalité, mais on cesse tout simplement d'y croire. Les grands lamas qu'on rencontre sont les gens les plus vivants du monde. Cela s'explique par le fait que les noeuds que l'on a forgés et qui nous inhibent se sont dénoués et que la nature de l'esprit, authentique et spontanée, resplendit. Cet état de bouddha n'est pas une sorte de néant vide, il est au contraire débordant de compassion, de joie et d'humour. Il est merveilleusement léger. Il est aussi extrêmement sensible et profondément intelligent.

Face à un public possédant une bonne connaissance de base du bouddhisme, des dialogues profonds et animés s'instauraient. « Il y a la pensée et le fait d'être conscient de cette pensée. Et la différence entre les deux est considérable. Énorme... En temps normal, nous nous identifions tellement à nos pensées et à nos émotions que nous nous confondons avec elles. Nous sommes le bonheur, nous sommes la colère, nous sommes la peur. Il faut que nous apprenions à prendre du recul et à reconnaître que nos pensées et nos émotions ne sont que des pensées et des émotions. Elles ne sont que des états mentaux. Elles n'ont pas de solidité, elles sont transparentes. Il faut en être conscient, le savoir véritablement afin de ne pas s'identifier avec le sujet connaissant. Il faut savoir que la conscience connaissante n'est pas une personne au sens d'une entité autonome et permanente.»

Un silence s'installa, pendant lequel cette affirmation essentielle pénétra lentement l'esprit de l'assistance. Puis une voix:

«Le sujet connaissant n'est pas la personne... C'est difficile!

- Oui! C'est la grande vue pénétrante du Bouddha, reprit Téndzin Palmo d'une voix pleine de respect.

- Quand on a reconnu qu'on n'est pas la pensée ni l'émotion, on croit qu'on a tout compris, mais aller plus loin et savoir qu'on n'est pas le sujet connaissant nous amène à poser la question suivante : qui suis-je?

- C'est en effet la grande sagesse du Bouddha: plus on approfondit l'analyse, plus la qualité de notre conscience est l'ouverture et la vacuité. Au lieu de trouver une petite parcelle d'entité éternelle qui serait le "moi", on revient à cet esprit vaste et spacieux qui est en interdépendance avec tous les êtres vivants. Dans l'état où nous sommes, on se demande où est le "moi" et où est l"autre". Tant que l'on reste dans le domaine de la dualité, il y a un "moi" et un "autre". C'est l'erreur fondamentale, la cause de tous nos problèmes. C'est aussi la raison pour laquelle on a l'impression d'être très isolé. Là réside l'ignorance foncière. »

Le ton de Téndzin Palmo n'admettait pas de réplique quand elle exposait la quintessence du bouddhisme : la vacuité, remède à tous les maux de l'humanité.

Le dialogue avec l'auditoire se poursuivit

«Alors, cette dualité, ce sentiment d'être séparé, est la cause de notre souffrance fondamentale, cette profonde solitude que l'être humain éprouve au tréfonds de lui-même?

- Bien sûr. C'est la cause de toutes nos souffrances. L'ignorance selon le bouddhisme ne se situe pas au niveau intellectuel où nous l'entendons, nous, mais c'est l'ignorance dans le sens de la méconnaissance. Nous créons ce sentiment d'un "moi", ainsi que tout le reste qui est le "non-moi". Et de là vient cette attirance pour les "autres" que "je" désire et cette répulsion envers tout ce que "je" ne veux pas. C'est la source de nos désirs, de nos aversions et de tous nos défauts. Tout vient de cette appréhension duelle qui est fondamentalement erronée.

«Une fois qu'on a compris que la nature de notre existence est au-delà des pensées et des émotions, qu'elle est incroyablement vaste et en rapport d'interdépendance avec tous les êtres, ces sentiments d'isolement et de séparation, de peur et d'espoir disparaissent d'eux-mêmes. C'est un immense soulagement! »

Une fois exposée cette vérité mystique qu'ont découverte les saints de toutes les religions, la joie de l'unité qui surgit quand l'ego a disparu, l'auditoire n'avait plus qu'à en faire l'expérience.

«La raison pour laquelle nous ne sommes pas des êtres éveillés est la paresse (Téndzin fit cette découverte dans sa grotte et elle y voit l'un de ses écueils principaux). Il n'y a pas d'autre raison. On ne se donne pas la peine de revenir au présent parce qu'on est trop fascinés par tous les jeux de l'esprit.

Tendzin Palmo

samedi 29 octobre 2011

à ne pas oublier....






"Nous avons oublié que notre seul but, c'est vivre, et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours, et qu'à toutes les heures de la journée, nous atteignons notre but véritable si nous vivons.

...Nous n'allons vers rien, justement parce que nous allons vers tout, et tout est atteint du moment que nous avons tous nos sens prêts à sentir. Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger, de les goûter doucement ou voracement selon notre nature propre, de profiter de tout ce qu'ils contiennent, d'en faire notre chair spirituelle et notre âme, de vivre.

Vivre n'a pas d'autre sens que ça."

Jean Giono


jeudi 27 octobre 2011

Si vous avez......





1. Tendance à penser et à agir spontanément, guidé par son intuition personnelle plutôt que conditionné par les expériences et les peurs du passé.

2. Une grande capacité à apprécier chaque moment.

3. Un manque total d'intérêt pour juger les autres.

4. Un manque total d'intérêt pour se juger soi-même.

5. Un manque total d'intérêt pour interpréter les actions des autres.

6. Un manque total d'intérêt pour tout ce qui est conflictuel.

7. Une perte totale de la capacité de se faire du souci.

8. Des épisodes fréquents et intenses d'appréciation de la vie en général et de soi-même en particulier.

9. Des sentiments très agréables d'unité avec les autres et avec la nature.

10. Des attaques répétées de sourire, de cette sorte de sourire qui vient du coeur et passe à travers les yeux.

11. Une tendance croissante à laisser les choses se produire plutôt qu'à essayer de les forcer à se produire.

12. Une capacité de plus en plus grande à aimer les autres aussi bien que soi-même et une envie d'aimer de plus en plus forte.

Si vous présentez un ou plusieurs des symptômes mentionnés ci-dessus, sachez que votre état est probablement irréversible.

Dr Christian Tal Schaller

vendredi 24 décembre 2010

Advaïta Vedanta




RAMANA MAHARSHI

Vous pouvez rester où vous êtes et continuer votre travail.

Quel est le courant souterrain qui donne vie à l'esprit, et lui permet de faire tout ce travail ?

C'est le Soi.

C'est cela la véritable source de votre activité.
Soyez conscient de cela pendant votre travail, et ne le perdez pas de vue..

Considérez avec attention l'arrière-plan de votre esprit, même pendant que vous êtes engagé dans une activité.

Pour cela, ne vous dépêchez pas, prenez votre temps.

Gardez bien vivant le souvenir de votre nature véritable même pendant votre travail, et évitez la précipitation qui vous fait l'oublier.

Soyez réfléchi.

Pratiquez la méditation pour calmer l'esprit et le rendre conscient de sa relation exacte au Soi, qui en est le support.

N'imaginez pas que c'est vous qui êtes en train d'effectuer le travail.

Pensez que c'est ce courant sous-jacent qui s'en charge.
Identifiez-vous à lui.

Si vous travaillez sans précipitation, avec ce souvenir présent à l'esprit, votre travail ou votre emploi n'a aucune raison d'être un obstacle.

La chose importante est de vérifier que l'esprit ne se tourne pas vers l'extérieur, mais vers l'intérieur.

La décision d'aller à tel ou tel endroit, d'abandonner ou non ses obligations, n'appartient pas à l'homme.
Tous ces évènements se produisent en fonction de notre destin.

Dès notre entrée dans l'existence, les activités que doit accomplir le corps sont fixées.
Il ne vous appartient pas de les accepter ou de les rejeter.

La seule liberté que vous possédez est de tourner votre esprit vers l'intérieur et par là même de renoncer à l'activité.


Pour toutes vos soi-disant activités, ce ne sont pas les vôtres, ce sont celles de Dieu.


Les activités du Sage ne sont en aucune façon un obstacle à la non-action et à la paix de l'esprit. Il sait qu'en vérité toutes les activités ont simplement lieu en sa présence, mais que lui ne fait rien.

source : Sililia

lundi 20 décembre 2010

Soufisme





RÛMI

Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé.

Au delà du bien faire et du mal faire existe un espace.
 C'est là que je te rencontrerais.


ABD EL-KADER

Dieu et la créature sont deux noms 
qui désignent en fait un seul et même Nommé :
 à savoir l'Essence divine qui Se manifeste par l'un et par l'autre.

La Réalité divine,
 lorsqu'elle "s'assemble" avec les créatures en mode strictement conceptuel, 
se cache au regard de ceux qui sont spirituellement voilés : 
ceux-là ne voient que les créatures.
 Inversement, ce sont les créatures qui disparaissent sous le regard 
des maîtres de l'Unicité de la contemplation, car ils ne voient que Dieu seul. 
Ainsi, Dieu et les créatures se cachent l'un et l'autre
 mais de deux points de vue différents.


samedi 18 décembre 2010

Évangile de Thomas



ÉVANGILE APOCRYPHE DE THOMAS

Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a transcrit Didyme Jude Thomas.

Et il a dit : " Celui qui parvient à l'interprétation de ces paroles ne goûtera point de mort ! "



Jésus dit : " Que celui qui cherche ne cesse point de chercher jusqu'à ce qu'il trouve ; lorsqu'il trouvera, il sera troublé ; et lorsqu'il sera troublé, il admirera, et il régnera sur l'univers ! "

 Jésus dit : " Si ceux qui vous guident vous disent : " Voici, le Royaume est dans le ciel ! "- alors les oiseaux du ciel y seront avant vous. S'ils vous disent. " Il est dans la mer ! "- alors, les poissons y seront avant vous, Mais le Royaume est à l'intérieur de vous et il est à l'extérieur de vous ! "

 Jésus dit : " Si les gens vous demandent : " D'où êtes-vous venus ? " dites-leur : " Nous sommes venus de la Lumière, du lieu où la Lumière se produit d'elle-même jusqu'à ce qu'elle manifeste l'image. " Si l'on vous dit :" Qu'êtes-vous ? "- dites : " Nous sommes ses fils et nous sommes les élus du Père qui est vivant. " S'ils vous demandent : " Quel signe de votre Père est en vous dites-leur : " C'est un mouvement et un repos ". 

 Jésus dit : " Je dis mes mystères à ceux qui sont dignes de mes mystères ; quand ta main droite fera, que ta main gauche ignore qu'elle le fait. "





lundi 13 décembre 2010

Bhagavad Gîta





Qui voit l'acte dans le sans acte
 et le sans acte dans l'acte,
celui-là est un sage parmi les hommes;
il est en état d'union, il fait la totalité des actes.






dimanche 3 janvier 2010

Être soi-même



Denis Marquet

Être soi-même


Qui sommes-nous ? Cette question, cette quête, ce mystère est celui de notre humanité. Pour vivre en société, nous avons dû apporter à cette interrogation des réponses, dont la synthèse constitue notre moi. Mais cette identité, nous l’avons intériorisée à partir du regard des autres sur nous, particulièrement le regard des parents et des figures majeures de l’enfance, et aussi des récits que, très tôt, « on » a raconté à notre sujet. Ce « moi » que nous croyons être est donc conditionné, un personnage fictif ; fabriqué en réaction aux contraintes de nos premiers environnements. La caractéristique principale de ce personnage auquel nous sommes identifié est d’être défini. Nous sommes capable d’en donner une description, car il est dans une large mesure identique à lui-même : il y a un noyau dur en nous, qui est, croyons-nous, véritablement nous, et qui n’est pas susceptible de changer. C’est notre identité (du latin idem, le même), qui nous permet de nous sentir en sécurité, notamment parce que, étant prévisible, nous sécurisons les autres. Ce que nous avons été, nous le sommes et le serons. Mais il y a des moments où nous nous surprenons nous-même : ce que nous faisons ou disons ne nous ressemble pas. Ce peut être pour le pire. Tel, habituellement calme et posé, est soudain emporté dans un terrible accès de violence ; tel autre, père et mari aimant, disparaît et change de vie... C’est le moi qui explose, sous la poussée de forces longtemps refoulées du champ de l’identité. Révélation subie, non préparée, douloureuse et parfois destructrice. Mais ce peut être aussi pour le meilleur. N’avons-nous pas tous connu ces « moments de grâce » où naît le geste juste, la parole authentique, l’acte fécond ? Une rencontre amoureuse, et dans une spontanéité qui nous déconcerte, nous laissons se dire des paroles neuves, qui nous révèlent à nous-même en même temps qu’à l’aimé(e)... La détresse d’un ami, et voilà les mots justes qui sortent de notre bouche, et disent des vérités qu’il nous semble découvrir en les disant... Et ces circonstances historiques exceptionnelles, lorsqu’il faut être un héros ou un lâche, et que dans l’action nous découvrons en nous-même des forces et des capacités que nous ne soupçonnions pas. Plus tard, c’est l’étonnement : comment ai-je été capable de cela ? Il est des moments où nous sommes plus que nous-même.

« Je est un autre », disait Rimbaud, décrivant là ce moment étrange où je laisse passer à travers moi des choses qui n’appartiennent pas à la définition de moi-même. Inspiration : parce que j’ai su lâcher le savoir sur moi-même, et jusqu’à la notion de mon identité, je laisse s’exprimer la spontanéité créatrice de mon être profond. Alors, je me découvre autre que ce que je croyais être. Je fais connaissance avec moi-même. La connaissance de soi, c’est ne plus rien savoir sur soi, et soudain se laisser surprendre par soi-même. C’est ne plus être le même, ce moi trop bien connu. On n’est vraiment soi-même qu’en s’étonnant de soi.





vendredi 13 novembre 2009

De l'accueil




De l'accueil

Bien souvent, dans notre approche, nous sommes invités à accueillir tout ce qui se présente à nous. Cette invitation est l'occasion, entre autres choses, de pointer un aspect de notre fonctionnement qui est d'être fréquemment dans le refus, ou le choix, qui est bien souvent une autre modalité d'un même dynamisme...car le refus (ou l'accueil conditionné), contrairement à l'accueil dont nous allons parler, est un dynamisme, celui du moi qui n'est en fait que refus. Ce dynamisme prend racine dans l'identification à la pensée-racine "je", qui, ramenée au corps devient "je suis le corps" puis "je suis le corps qui a telle ou telle histoire"; et il implique un corps et un mental "extériorisés", tendus vers, privés de la globalité, du confort et de la tranquilité incréée de la Source. Je suis alors identifié à une entité illusoire séparée qui n'est que conditionnements. Tout ce qui se présente à moi est alors différent de moi et "traité" par ces conditionnements sans jamais avoir accès à la liberté, celle de se dévoiler totalement et se consumer totalement dans la paix du Soi. La seule réalité est alors le conflit; nous sommes dans un fonctionnement, forcément duel, au sein duquel aucune liberté n'est possible. L'accueil est alors compris par ce moi comme l'acte intentionnel d'accueillir, lequel moi n'accueille en fait rien...car au fond il est accueilli.

Voyons maintenant cette évidence: dans l'apparition même d'une pensée, sensation ou perception est inscrit l'accueil qui la permet. Tout dynamisme et tout refus, même, apparaissent dans l'accueil qui leur préexiste. L'accueil auquel nous faisons référence ici EST, en amont de toute intention, de tout dynamisme, de tout effort, de tout objet, du temps et de l'espace. Aussi n'y a-t-il rien à faire fondamentalement, rien à accueillir: tout est déjà accueilli, avant même que l'idée ne s'en présente, laquelle arrive après l'objet accueilli, et est elle-même accueillie. En fait, tout n'est qu'expression de cet accueil inconditionnel qui est la racine même de notre être. Tout n'apparaît que de l'accueil, par l'accueil, pour l'accueil. Seul l'accueil est. Il soutient l'univers entier, EST la nature originelle de toute chose. Cet accueil inconditionnel est amour: dans l'abandon conscient en Lui réside la grâce, EN Lui la Joie.

Source : Propos sur la non-dualité


lundi 25 mai 2009

Sin Sin Ming


Un maître Tch'an

« Si l'œil ne dort pas… »

Sin Sin Ming

(Écrit sur le cœur de la confiance)

Le Sin Sin Ming est souvent attribué à Seng Ts'an (520-602), le troisième patriarche Tch'an chinois, mais plusieurs experts estiment plutôt qu'il a été écrit au VIIIe siècle. Ce texte est tout empreint de l'esprit du bouddhisme Tch'an, qui a rétabli de manière tout à fait originale le cœur de la grande Tradition, de la voie directe.

La voie enseignée par le Grand Silencieux — le Bouddha — en Inde au VIe siècle av. J.-C., a subi à travers les siècles, comme tout enseignement qui se démocratise, des distorsions et des altérations considérables en devenant du « bouddhisme » : moralisme tatillon du Hinayâna (le Petit Véhicule), sentimentalisme et spéculations inutiles du Mahâyâna (Grand Véhicule), récupération de la figure du Bouddha par l'hindouisme (qui en fait un avatar de Vishnou) et, plus tard, fantaisies réincarnationnistes, encombrements inutiles et ritualisme du bouddhisme tibétain.

Le Tch'an s'en tient à une tranchante et noble verticalité, sans jamais laisser s'émousser la virilité spirituelle, mais sans non plus se raidir comme le fera sa transmission au Japon, le Zen. Bien sûr, le Tch'an chinois émane également le parfum du Taoïsme.


Sin Sin Ming

La grande Voie n'est pas difficile,
il suffit d'éviter de choisir.
Si vous êtes libre de la haine et de l'amour,
elle apparaît en toute clarté.

S'en éloigne-t-on de l'épaisseur d'un cheveu,
un gouffre sépare alors le ciel et la terre.
Si vous voulez la trouver,
Ne tentez pas de suivre ni de résister.

La lutte entre le pour et le contre,
voilà la maladie du cœur !
Ne discernant pas le sens profond des choses,
vous vous épuisez en vain à pacifier votre esprit.

Perfection du vaste espace,
il ne manque rien à la Voie, il n'y a rien de superflu.
En recherchant ou en repoussant les choses,
nous ne sommes pas en résonance avec la Voie.

Ne pourchassez pas le monde soumis à la causalité,
ne vous perdez pas non plus dans un vide de phénomènes !
Si l'esprit demeure dans la paix de l'Unique,
cette dualité disparaît d'elle-même.

En cessant d'agir pour trouver la tranquillité,
celle-ci ne sera qu'un surcroît d'agitation.
Recherchant le mouvement ou le repos,
comment pourrions-nous connaître l'Unique ?

Quand on ne comprend pas la non-dualité de la Voie,
le mouvement et le repos sont faux.
Si vous repoussez le phénomène, il vous engloutit ;
si vous poursuivez le vide, vous lui tournez le dos.

À force de paroles et de spéculations,
nous nous éloignons de la Voie.
Coupant court aux discours et aux réflexions,
il n'est point de lieu où nous ne puissions pénétrer.

Revenir à la racine, c'est retrouver le sens ;
courir après les apparences, c'est s'éloigner de la Source.
Dans l'instant, en retournant notre regard,
nous dépasserons le vide des choses du monde.

Si le monde paraît changer,
c'est à cause de nos vues fausses.
Inutile de rechercher la vérité,
abandonnez seulement les vues fausses.

Ne vous attachez pas aux vues duelles,
veillez à ne pas les suivre.
À la moindre trace de bien ou de mal,
l'esprit s'embrouille dans les complexités.

La dualité n'existe que par rapport à l'Unité ;
ne vous attachez pas à l'Unité.
Pour un esprit qui ne fabrique pas,
les dix mille choses sont inoffensives.

Si une chose ne nous trouble pas, elle est comme inexistante ;
si rien ne se produit, il n'y a pas d'esprit.
Le sujet disparaît à la suite de l'objet ;
l'objet s'évanouit avec le sujet.

L'objet est objet par rapport au sujet ;
le sujet est sujet par rapport à l'objet.
Si vous désirez savoir ce que sont ces deux entités,
sachez qu'à l'origine elles sont vides de substance.

Dans ce vide unique, les deux se confondent
et chacune contient les dix mille choses.
N'essayez pas de distinguer le subtil du grossier ;
comment prendre parti pour ceci contre cela ?

L'essence de la grande Voie est vaste ;
il n'y a rien de facile, rien de difficile.
Les vues restreintes sont hésitantes et méfiantes ;
plus on pense aller vite, plus on va lentement.

Si nous nous attachons à la grande Voie, nous perdons la justesse ;
dans l'intention, nous nous engageons sur un chemin sans issue.
Laissez-la aller et toutes choses suivront leur propre nature ;
l'essence ne se meut pas ni ne demeure en place.

Écoutez la nature des choses et vous serez en accord avec la Voie,
libre et délivré de tout tourment.
Lorsque nos pensées sont fixées, nous tournons le dos à la vérité ;
nous nous embrouillons et sombrons dans le malaise.

Ce malaise fatigue l'âme :
à quoi bon fuir ceci et rechercher cela ?
Si vous désirez suivre le chemin du Véhicule unique,
N'ayez aucun préjugé contre les objets des six sens.

Quand vous ne les repousserez plus,
alors vous atteindrez l'illumination.
Le sage ne poursuit aucune tâche ;
le sot s'entrave lui-même.

Les choses sont dépourvues de distinctions ;
c'est notre attachement qui leur en confère.
Vouloir comprendre et utiliser l'Esprit,
n'est-ce pas là le plus grand de tous les égarements ?

L'illusion engendre tantôt le calme, tantôt le trouble ;
l'illumination détruit tout attachement et toute aversion.
Toutes les oppositions
viennent de la pensée.

Rêves, illusions, fleurs de l'air,
pourquoi s'exténuer à vouloir les saisir ?
Gain, perte, vrai et faux
disparaissent en un instant.

Si l'œil ne dort pas,
les rêves s'évanouissent d'eux-mêmes.
Si l'esprit ne se prend pas aux différences,
les dix mille choses ne sont qu'une unique Réalité.

En nous donnant au mystère des choses en leur réalité unique,
nous oublions le monde de la causalité.
Lorsque toutes les choses sont considérées avec équanimité,
elles retournent à leur nature originelle.

Ne cherchez pas le pourquoi des choses :
vous éviterez ainsi de tomber dans le monde des comparaisons.
Lorsque la tranquillité se meut, il n'y a plus de mouvement ;
Lorsque le mouvement s'arrête, il n'y a plus de tranquillité.

Les frontières de l'Ultime
ne sont pas gardées par des lois.
Si l'esprit est illuminé par l'identité,
toute activité cesse en lui.

Une fois les doutes balayés,
la vraie confiance luit, forte et droite.
Rien à retenir,
rien à se remémorer.

Tout est vide, rayonnant et lumineux par soi-même :
n'épuisez pas les forces de votre esprit.
L'Incomparable n'est pas mesurable par la pensée,
la Connaissance est insondable.

Dans la Réalité telle qu'elle est,
il n'y a ni autrui ni soi-même.
Si vous désirez vous y accorder,
une seule parole possible : non-deux !

Dans la non-dualité, toutes choses sont identiques,
il n'est rien qui ne soit en elle.
Les visionnaires en tous lieux
y ont accès ainsi.

Le principe est sans hâte ni retard ;
un instant est semblable à des milliers d'années.
Ni présent ni absent
et cependant partout devant vos yeux.

L'infiniment petit est comme l'infiniment grand,
dans l'oubli total des objets.
L'infiniment grand est pareil à l'infiniment petit,
lorsque l'œil n'aperçoit plus de limites.

L'existence est la non-existence,
la non-existence est l'existence.
Tant que vous ne l'aurez pas compris,
vous demeurerez agités.

Une chose est à la fois toutes choses,
toutes choses ne sont qu'une chose.
Si vous pouvez seulement saisir cela,
il est inutile de se tourmenter au sujet de la connaissance parfaite.

L'esprit de confiance est non duel ;
ce qui est duel n'est pas l'esprit de confiance.
Ici les voies du langage s'arrêtent,
car il n'est ni passé, ni présent, ni futur.


Cette version française du Sin Sin Ming est inspirée de la belle traduction de L. Wang et J. Masui (revue par le professeur P. Demiéville du Collège de France) telle qu'elle apparaît en pages 205-209 de l'ouvrage Tch'an - Zen : Racines et floraisons, numéro 4 de la nouvelle série de la collection Hermès, éditions Les Deux Océans, Paris, 1985. Certains passages ont été empruntés à la traduction de Daniel Giraud dans Seng Ts'an : Hsin Hsin Ming, traité de spiritualité Ch'an du VIe siècle, éditions Arfuyen, Paris, 1992, ISBN 2-908825-19-8.

Source : Jean Bouchart d'Orval