mercredi 3 février 2010

Peter Fenner




Entretien de Peter Fenner avec Jean-Marc Mantel


Pensée et non pensée

Jean-Marc Mantel : quelle est la racine de l'attachement ?

Peter : La source de l'attachement réside dans notre croyance que le bonheur durable est obtenu par la présence ou l'absence d'un phénomène particulier. Nous sommes attachés à certaines expériences et ressentons de l'aversion pour d'autres. Perceptions, sensations et pensées sont constamment en changement. Il est impossible de prolonger une quelconque expérience ou d'éviter celles que nous préfèrerions ne pas connaître. La mort, la maladie, la perte d'êtres chers, les possessions et notre réputation sont des exemples concrets d'expériences qui requièrent un effort pour être acceptées.

Aussi longtemps que nous expérimenterons une séparation fondamentale entre nous-mêmes, les autres et l'environnement, nous produirons alors les conditions propices à l'attachement et la souffrance.

L'expérience de la séparation veut dire que, souvent, la réalité "extérieure" ne correspond pas à nos "préférences intérieures". Ainsi, à travers notre réalité intérieure, nous continuons à faire l'expérience de séparation entre "le penseur et nos pensées", et entre « nos sensations et nous qui en faisons l'expérience ». En conséquence, nous sommes continuellement confrontés aux pensées et aux sensations que "nous" ne préfèrerions pas expérimenter.

La solution est de voir qu'il n'y a pas de frontière séparant l'intérieur et l'extérieur. "Nous", qui vivons les expériences, sommes inséparables de "ce qui est expérimenté".

Il n'y a pas de division ultime entre les deux. Nous sommes l'univers à l'intérieur duquel les pensées du "moi-même" et du "Je" se manifestent. Nous semblons toujours être au centre de notre existence. Mais si nous regardons avec attention, il n'y a ni centre, ni périphérie. L'émergence et la dissipation continuelles de la réalité phénoménale se produit dans un espace non-limité et non-localisé.

Il n'y a pas de soi qui soit séparé de l'univers. En réalisant cela, la réalité intérieure de nos pensées et de nos sensations se produit en complète harmonie avec la soi-disante réalité extérieure perçue par nos sens. L'origine de la souffrance se dissout et l'univers se révèle comme un espace de béatitude transcendante. Dans le Bouddhisme, cela est appelé "union de la béatitude et de l'ouverture" (sukha-shunyata). Et dans l'hindouisme, on appelle cela "être-béatitude-conscience" (satcit-ananda)

Comme l'a écrit le grand bouddhiste Maha Ati master H.H. Dilgo Khyentsé Rimpoché :

Tout aspect de chaque phénomène est complètement clair et lucide. L'univers entier est ouvert et non-obstrué, toutes les choses étant mutuellement interdépendantes... La nature des choses apparaît naturellement, et est naturellement présente dans la conscience qui transcende le temps ; c'est la complète ouverture.


Peter FENNER


Moine bouddhiste pendant 9 ans, Peter Fenner a été initié par de grands maîtres tibétains tels Sa Sainteté le Dalaï-Lama,
Lama Thubten Yeshe, Lama Zopa Rinpoché, Lama Sogyal Rinpochéet Namkhaï Norbu.
Docteur en philosophie psychologique de l’école Madhyamika - Bouddhisme Mahayana - il a enseigné le Bouddhisme pendant plus de 25 ans dans différentes universités et centres d'éducation au bouddhisme.

Son enseignement actuel est à la fois fruit de son parcours personnel et fruit de l’enseignement qu’il a dispensé au niveau international au cours des trente dernières années à la demande de Lama Thubten Yeshe.
Peter a ainsi développé une forme de questionnement, pure et directe, amenant à la sagesse libératrice à laquelle se réfère le bouddhisme et les traditions non duelles. Il propose une pratique innovante reflétant, sous une forme occidentalisée, les enseignements des grands maîtres asiatiques.

Site Peter Fenner


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