dimanche 11 mars 2012

Betty



La mascarade


Chercher ou ne pas chercher?
Vouloir ou ne pas vouloir?
Suis-je un Je, un petit moi ou un grand soi?
Aimer ou ne pas aimer?
Je regarde par le cœur, la tête, les yeux, le pied!
Alouette!
Suis-je libéré du Je?
Suis-je le rêveur?
Qui rêve?
Qui voit le rêveur?
Suis-je l’ego?
Comment le dresser ou m’en débarrasser?

Le désir de conclure est permanent chez le chercheur :
« Maintenant j’ai compris!
Je proclame que je suis sans le Je.
Je vis dans la non dualité.
Je suis le vide.
Le vide a pris la place du moi.
J’ai eu une ouverture d’éveil, hier, à 10h15.
J’ai eu une confirmation dans mon rêve cette nuit.
Je comprends enfin, et mon corps a intérêt 
à me donner des signaux correspondants.
J’ai trouvé la vérité et maintenant je vais l’expliquer aux autres,
Ces ignorants perdus qui errent dans l’univers,
À la recherche de leur réalisation.
Je vais les aider. »

« Mais, écoutez-moi quelqu’un! » supplie le chercheur de vérité, dont l'activité mentale est en perpétuelle ébullition. Il a la sensation de progresser à grands pas! Il semble sincère dans sa démarche. Il veut trouver la libération, ce concept qu’il a inventé pour se tenir occupé, et ça le tient occupé au point de l’hypnotiser solidement. Que cherche-t-il véritablement dans ce déluge de questionnements? À valider ses idées? À les comparer? À trouver un trésor? À trouver un enseignant qui approuvera enfin ses nouveaux concepts spirituels pour qu’il puisse s’autoproclamer libéré? L’enseignant n’existe pas plus que le disciple! Il n’y a personne à libérer : Il n’y a personne!

Voir est l’abandon total de cette idée burlesque d’évolution personnelle, non pas une négociation de plus.

Le corps n’appartient pas au rêveur. Il est un organisme calme, paisible et éphémère. Il ne veut rien, ne cherche rien. Pourquoi voulez-vous qu’il ait un but? Pour devenir un héros de votre monde? Laissez tomber les armes n’est pas continuer à évaluer des concepts, mais voir l’origine de ce délire. 
Le rêveur est un évaluateur mental, 
et le mental est comme un animal affamé. 
Donnez-lui de la nourriture et il restera dans les parages, à mendier. 
Tous les qualificatifs pour définir la Vérité 
sont du carburant pour la machine à rêve!

Quand « on ne rêve que de soi » s’est installé, 
voir a pris toute la place. 
Je ne faisais que constater en quoi croyait la personne
 que je m’imaginais être.

Tout naît, tout meurt dans l’instant! Et moi, je cherchais, dans un charnier d’ombres, à garder la Vie vivante. Le constat est tombé à la vitesse de l’éclair: on ne rêve que de soi! J’étais seule dans ce monde inventé. En accueillant cette grande solitude, j’ai tremblé profondément, et l’humanité au complet a ressenti ce séisme, car l’humanité, c’est moi! J’ai pris la responsabilité totale de regarder ce monde auquel je croyais, et j’ai constaté que je n’arrêtais pas de m’imaginer être un personnage à qui je collais des attributs. 
C’était un rêve enfantin, 
un besoin compulsif d’être toujours quelqu’un d’autre.
La défaite était totale et irrévocable. Immobile, j’ai regardé la grande mascarade : les ruines de l’humanité, ces symboles qu’avait accumulé ma mémoire, et qui flottaient dans le temps.
Je ne marchandais plus avec la vie! Je voyais que mon rêve était raffiné à l’extrême : des vies religieuses, de grandes souffrances mystiques, des allers retours dans le corps, une incompréhension profonde. Mon rêve représentait la bêtise humaine déclinée de mille façons : réalisations artistiques, enseignements, confusion, violence inutile, extase inventée et misère aussi. Qu’était cette course folle pour entretenir des relations avec les autres apparitions, qui me semblaient des personnes distinctes dans mon monde?
La Source est un faisceau lumineux qui dessine l’instant en traversant un véhicule sensoriel : le corps impersonnel. Ce trait lumineux naît et meurt dans ce même instant. Aussitôt exprimé, il disparaît; il est irréel. Je cherchais à évaluer, à comprendre et à rejoindre l’ombre de ce trait éphémère, alors que je me croyais enfermée dans un petit véhicule d’argile.
Je croyais habiter le corps. J’avais inventé un moyen de communiquer avec lui et j’interprétais son fonctionnement simple comme étant le résultat d’un apprentissage personnel. Je l’avais pris en otage, j’en avais fait mon animal domestique, et il obéissait! Je l’encodais de mes désirs et de mes peurs. Lorsque j’ai vraiment regardé le corps pour la première fois, j’ai constaté qu’il était incapable de désobéir. Il réagissait à mes demandes conscientes ou inconscientes. Je le faisais  pleurer, rager, conclure, frôler la folie. Puis, en regardant ma main, une question a jailli : serais-tu un mirage, toi, le corps? Serais-tu l’otage de mon rêve? Les plaisirs, la joie, la paix que je ressentais dans la vie dépendaient tout le temps des sens du corps et étaient toujours momentanés. Ma quête existentielle était donc uniquement une quête sensorielle, corporelle ! De ce haut-le-cœur monumental a jailli l’Immobilité, la Solitude, l’art de voir, la méditation. Le grand Silence s’est déployé tel un papillon naissant dont le cocon s’est brisé, 
car l’ouverture était assez grande pour qu’il ouvre ses ailes.
Le Silence n’est pas un lieu à atteindre, une cure de stimulation sensorielle pour un chercheur en quête de réalisation. Le Silence n’est pas une salle d’exposition pour afficher ses dernières découvertes ni une nouvelle possibilité de prestation pour un comédien en manque de rôles.

Le Silence c’est l’absence de toi!


 Betty  - site -







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