mardi 31 juillet 2012

Satyam Nadeen



Satyam Nadeen : La délivrance


Accusé de conspiration, puis incarcéré pour sept ans et demi dans une prison fédérale des États-Unis, Satyam Nadeen, à cinquante-quatre ans, se trouve « brutalement projeté dans la subculture de la survie du plus fort ».
Satyam Nadeen
Alors que cette période peut paraître plutôt lugubre, et elle l’était, il y avait un contrepoint à tout cela. Cet effondrement si absolu, si total de la vie telle que je l’avais connue eut pour effet la complète annihilation de la vieille identité du « soi ». Alors que je m’employais désespérément à me cramponner à ma santé mentale et à protéger jusqu’à ma propre vie, toutes mes vieilles images sur ce que je croyais être se sont volatilisées dans cette « nuit obscure de l’âme ». Cette période contribua à affaiblir le peu d’ego qui pouvait encore demeurer, ouvrant ainsi la voie à l’écoute de la sagesse intérieure. Et ceci nous amène à la phase où l’éveil s’est produit.
Alors que le processus même de l’éveil donne le sentiment d’être soudain et bouleversant, les événements qui y conduisent sont probablement beaucoup plus progressifs.
[…]
D’abord, une expérience semblable à la mort, impliquant la perte de l’ego ou de l’identité personnelle.
Ensuite, un abandon de la tentative de comprendre tout le processus, ou quoi que ce soit se rapportant à Dieu ou au domaine spirituel.
Enfin, il y a un abandon de tout effort délibéré vers l’éveil.
Au début, cela s’accompagne de vagues de félicité qui s’apaisent ensuite en un sentiment de paix profonde.
Ces deux années passées en détention préventive dans ce « trou noir de Calcutta », comme on appelle une prison de comté, ont été les derniers moments de « quête » intense de mon parcours. J’avais accès à n’importe quel livre, bande ou vidéo, qui m’était envoyé, et comme je ne pouvais quitter ma couchette métallique, je restais simplement étendu là, m’abreuvant jusqu’à l’overdose d’influx métaphysiques et contemplatifs. Alors que je quittais cette prison pour être transféré dans une prison fédérale à Terminal Island, à San Pedro en Californie, je fus frappé par les premières déferlantes de connaissance intuitive. Elles gravitaient autour de la pratique d’un questionnement du soi dans laquelle je m’étais engagé de façon très intensive : « Qui suis-je ? » Il se fit jour en moi que je ne pouvais rien connaître de Dieu, ou de la voie spirituelle, avec cet esprit limité, alors j’ai simplement tout laissé tomber. Avec cet abandon a déferlé le premier raz-de-marée de soulagement et de félicité. Quelques semaines plus tard, j’étais à Terminal Island, me réadaptant à la vue, pour la première fois en deux ans, du soleil, de la lune, des étoiles, de l’océan, des mouettes, des pélicans, des phoques, des fleurs, des arbres et de l’herbe, quand j’ai été atteint par la deuxième phase de ce processus d’abandon. Non seulement je ne connaissais rien de l’éveil, mais je ne pouvais strictement rien y faire non plus ! Une fois encore il s’ensuivit d’immenses vagues de détente et de pur bonheur, aux allures de tsunami. L’éveil lui-même était maintenant complet. Ce qui est survenu ensuite fut la ramification de cette connaissance intuitive dans ma vie quotidienne. C’est ce processus que j’en suis venu à appeler « la délivrance ».

Satyam Nadeen, De la prison à l’éveil, Le Relié, 2001.

source : Cliclic


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