samedi 10 octobre 2015

3ème Millénaire




N° 117   -   Automne 2015

Thème :  L'écologie intérieure

Sommaire

3e millénaire : Le fil d’Ariane
Marc Halévy : Qu’est-ce que l’écologie intérieure ?
Le moine Gojo : Le fondement de l’écologie intérieure
Bernard Boisson : « L’écopsychologie » : le défi à la vivre
Joanna Macy : Pour reverdir l’être
Michel Maxime Egger    : Réchauffement climatique : vaincre la tentation du déni
Jean-Pierre Le Danff : L’émerveillement : l’ultime voie
Yann Thibaud : L’écologie intérieure ou la fin du combat contre soi
Armelle Six    : Donner c’est recevoir
David Sire : Le mouvement de la vie
Jeff Foster    : L’Acceptation
Dominique Casterman    : Rien n’est séparé
Jean Bouchart d’Orval :    Céder devant la réalité

Documents :    
Henri Thoreau : L’âme de la Terre
Teilhard de Chardin : Aux origines de Gaïa

Portfolio :
Photographies de Elena Ray

Méditation avec Marianne Dubois

BD :
Anna Guégan : Soleil noir
N. Céliolisa : Écolo-je
  
Découvrir nos climats intérieurs

En décembre se tiendra à Paris une importante Conférence de l'ONU où la communauté internationale devrait adopter un nouveau traité pour la protection du climat... Il est incontestable que certains sont et seront convaincus qu'un changement de comportement collectif, national et international doit être apporté à nos vies intimement liées aux climats et aux sursauts planétaires. Les intérêts économiques et l'inertie générale aura cependant raison des apparentes bonnes volontés qui auront cossigné de nouveaux engagements. Car ces derniers, « très en dessous des nécessités écologiques », souligne Jean-Pierre Le Danff, demeurent « l'expression d'une bonne conscience environnementale ... bien plus qu'une réelle volonté d'agir à la hauteur des enjeux ». Cette constatation s'appuie sur la connaissance de l'humain que les écopsychologues ont maintenant largement mis en évidence : le déni de réalité que Michel-Maxime Egger évoque ici en termes de « syndrome de Cassandre », ou encore la relation pathogène que Bernard Boisson expose en termes de « coupure homme/nature »... 
Pour Jean Bouchart d'Orval, le drame, c'est que « nous élisons des personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas voir qu'il existe un problème fondamental dans notre manière de vivre », et parmi les individus d'une population « très peu ont la lucidité de se réveiller, c'est-à-dire de voir qu'ils dorment ». La difficulté de s'éveiller tient aux « différents obstacles intérieurs » qui « rendent d'autant plus difficile une transformation de nos comportements qu'il existe en chacun de nous une résistance au changement » ajoute Michel-Maxime Egger. Car, constate aussi David Sire, « des mécanismes pervers se mettent en place dans notre vie sans que l'on n'y prenne garde ». C'est cette connaissance des climats intérieurs et des empêchements à les voir dans la tourmente qu'il nous faut mettre en œuvre pour accomplir l'évolution divine entrevue par Teilhard de Chardin (voir notre document).
La nécessaire et indispensable approche intérieure de l'écologie est alors évidente ; voie que chacun d'entre nous peut apprendre à découvrir ! Car « c'est surtout en fonction des dangers qui menacent de nous accabler, nous dit Joanna Macy, pionnière de l'écopsychologie, que nous débouchons sur une conscience de soi plus vaste, écologique ». « Puissions-nous rentrer en nous-mêmes, indique-t-elle, afin de dé-couvrir nos véritables racines, dans l'entrelacement biologique de cette exquise planète ».

Un changement de conscience

L'écologie nouvelle – l'écosophie – qui émerge, à travers les mouvements présents dans ce numéro, ne repose pas sur la recherche des coupables car, comme le rappelle Bernard Boisson « tout bon psychologue ajoutera que nous ne nous libérerons pas de nos problèmes collectifs en culpabilisant, mais en responsabilisant. Ce pourrait être là d'ailleurs, ajoute-t-il, que nous pourrions voir le rôle des écothérapies ...». L'écosophie ou l'écologie de l'être repose sur une observation méditative de nous-même, sans jugement, sans distinction, sans séparation...
Par cette approche, Jeff Foster nous fait remarquer que « la souffrance commence là quand on oublie notre véritable nature qui est la présence elle-même, cet espace ouvert et aimant que nous sommes, au sein duquel la respiration est permise, dans lequel toutes les pensées, les émotions et les ressentis ont le droit d'aller et venir ». C'est aussi, nous dit David Sire : « Accepter même la peur qui surgit et plonger en elle. Finalement, c'est l'aimer ! Avoir de la tendresse pour tout ce qui se passe. La tendresse a quelque chose de l'ordre de la maturité, de la quiétude, de la douceur avec soi-même ».
Pour Armelle Six, « l'écologie commence par cette profonde reconnexion à soi. C'est d'abord et avant tout, être en relation avec soi dans une profonde harmonie ».
L'écologie spirituelle, l'écologie intérieure, est, nous dit Yann Thibaud, « cette nouvelle culture » qui « mettra définitivement fin à la guerre contre soi, cette attitude masochiste issue des religions patriarcales désormais obsolètes, consistant à torturer son corps, à nier ses désirs et sa sexualité, à faire taire ses émotions, à s'interdire de penser librement et à singer niaisement des modèles stéréotypés de piété et de vertu ». Cette nouvelle culture naîtra avec « la méditation », ajoute-t-il, qui « n'est donc rien d'autre que la vie même, consciemment vécue ; et c'est cette qualité d'attention envers soi et le monde, qui rendra possible la venue spontanée d'épisodes d'expansion de conscience, qui constituent l'objet et la raison d'être de toute spiritualité authentique ».
Marc Halévy préconise ici la discipline de l'humilité qui consiste à « juste reconnaître que l'homme doit diminuer pour que la Nature et le Réel puissent augmenter. Juste savoir que l'ego doit se vider de ses leurres et de ses mensonges afin de laisser la place nette pour la rencontre du “dedans” et du “dehors” ». Car dans l'esprit des traditions mystiques et spirituelles, que la nouvelle culture ressuscite de l'oubli, « la “bonne” vie, précise Marc Halévy, consiste à harmoniser, en permanence, l'évolution du monde du “dedans” – son intériorité – et celle du monde du “dehors” – son extériorité ».


Vers une impersonnelle globalité

Qu'est-ce que la globalité dont nous sommes partie prenante ?...
Dominique Casterman nous fait remarquer que « sans la Conscience vécue de l'unité humaine, planétaire et cosmique, le moi personnel occupe psychologiquement toute la place. Dès lors, rien de surprenant que l'action humaine, isolée du contexte global, devient rapidement conflictuelle et souvent foncièrement égoïste quand ce n'est pas, pire encore, le fanatisme qui l'emporte ». 
Bernard Boisson aborde la possibilité d'une « écopsychologie non-anthropocentrique » ouvrant « nos consciences à des sentiments de nature hors cadre de la psychologie courante », tel le « sentiment océanique qui a fait l'objet d'une vive correspondance entre Romain Rolland et Sigmund Freud ». C'est paradoxalement en tant qu'individu (indivisible) que nous pouvons découvrir la dimension impersonnelle de la conscience : le Soi. 
Pour le moine Gojo, cela « implique que nous partageons tous la même Conscience, qu'en essence, nous sommes tous un ».
Evidemment, aucun discours, aucune moralisation des faits, ne peut nous conduire à l'unité, au Soi ; ce que relève Joanna Macy, inspirée par l'écologie profonde (Deep Ecology) du philosophe Arne Naess : « Une chose que j'aime dans le Soi du monde est qu'il rend non pertinente l'exhortation morale. Le sermon est à la fois ennuyeux et inefficace ».
Le problème est très ancré dans la nature humaine, l'ego. La personne que nous croyons et affirmons être, socialement, politiquement, économiquement,... aussi vulnérable et mortelle soit-elle, maintient et entretient le cauchemar collectif... Jean Bouchart d'Orval souligne que tant qu'un individu « se prend pour un personnage, il ne remettra pas en question son monde, celui dans lequel il rêve ». L'illusion d'être une personne plutôt que d'Être ne permet aucun enracinement planétaire, aucune Conscience écologique véritable. Dans les termes d'Armelle Six : « lorsque nous croyons être une personne merveilleuse qui a réussi, grande, belle, socialement développée ou apte, peu importe, ou que nous soyons la pire chose qui soit sur cette terre, c'est la même chose ! »
Joanna Macy montre que « la science du XXe siècle remet en question la notion d'un soi séparé du monde qu'il observe et sur lequel il agit », car « comme le disent les théoriciens des systèmes : il n'y a pas de catégorie du “je” en opposition à une catégorie du “tu” ou du “ça” ».
« L'écologie, déclare Armelle Six, c'est le bonheur et l'amour, dans l'arrêt de toutes les comparaisons qui ne mènent nulle part, parce que nous sommes déjà parfaits comme tel que nous sommes, parce que nous sommes l'extension de la Source ».

La Conscience écologique est notre propre intériorité, notre vraie nature. Elle relie spirituellement, psychologiquement et physiquement l'humanité à ses racines planétaires – ce qu'a incontestablement vécu ce précurseur que fut Henry Thoreau (voir notre document). Par une approche méditative, la planète “extérieure” se découvre être la manifestation de la Vie et de l'Esprit. Dans l'approche méditative, la Terre, Gaïa, n'est plus un simple concept, c'est l'entité que nous habitons corps et âme.



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