lundi 26 avril 2010

Jean Bouchart d'Orval

au coeur de l'instant
jean bouchart d'orval


« Même si nous y travaillons très fort chaque jour, nous n’échapperons pas à la joie qui luit au cœur de l’instant, car elle est notre vraie nature.
Ce que nous cherchons n’est pas un état. Ce n’est pas quelque chose à conserver. C’est ce qui est perçu clairement quand on n’a plus rien à conserver, à porter, à assurer. Il n’y a que maintenant et tout ce qui vous semble être autre, ailleurs ou plus tard est une histoire racontée par la pensée tributaire des images.
Il n’y a rien à préparer, aucune stratégie à élaborer. Ce qui est donné au regard n’est pas quelque chose à éliminer pour se sentir mieux. Se préparer, c’est la peur. C’est le désir de sauvegarder quelque chose qu’on pourrait peut-être perdre demain. Si on peut perdre quelque chose demain, alors ce quelque chose n’est pas réel et ne mérite pas les soucis qu’on se fait pour lui. On ne peut pas perdre ce qui est réel.
Pour vivre libre, quelle technique faut-il pratiquer? Les techniques, c’est la peur. On con?e sa vie à une technique, à une pratique, mais c’est généralement une stratégie égotique que de s’engager dans la pratique d’une technique. La seule pratique ici, c’est la vie claire, c’est vivre dans le ressenti, qui nous ramène immédiatement dans le cœur. »

CD audio : La vie n’est que constatation. 7 entretiens avec Jean Bouchart d’Orval d’une durée totale de 74 min.
Des propos pris sur le vif, le jeu des questions et des réponses, mais surtout un silence assourdissant qui se profile à l'arrière-plan.

Extrait :

Le temps pour soi : on ne le prend pas nécessairement, mais si on le veut il est disponible. C’est une chance que nous avons d’examiner ce que nous voulons vraiment à travers tout ce que nous voulons. Dans une seule journée, combien de désirs nous viennent ? Sommes-nous vraiment clairs à savoir ce que nous désirons vraiment ? Non. C’est pour cela que nous passons et repassons toujours par les mêmes cycles de désir, d’action, de satisfaction (ou non), d’accalmie, de retour du désir, etc. C’est notre histoire émotionnelle à nous, les êtres humains. Ce n’est pas la paix. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » chantait le poète…
Il y a des moments de joie et de tranquillité, bien sûr. Quand ? Justement quand nous sommes sans désir. Nous ne nous rendons plus compte que ce que nous cherchons vraiment, à travers tous nos désirs, c’est un état sans désir. C’est vraiment ce que nous cherchons. Ce n’est pas là de l’ennui ; c’est très différent. Dans un état sans désir, dans la joie naturelle, il n’y a pas cette idée qu’il devrait y avoir ceci ou cela pour combler un vide, alors que dans l’ennui il ne semble pas y avoir de désir, à première vue, mais il nous vient encore l’idée qu’il devrait y avoir quelque chose. Dans l’ennui, le vide de substance de l’univers commence à nous apparaître, mais il est perçu comme une menace : alors la joie n’y est pas transparente. Dès lors, on veut créer quelque chose :
« Comme c’est ennuyant : je n’ai plus de désir. Que pourrais-je faire pour ramener mes désirs ? J’irai voir un thérapeute, un psychologue, un sexologue. » Le thérapeute va alors tout faire pour nous ramener dans la non-tranquillité, a?n que nous ayons à nouveau des désirs. Tout cela fait tourner l’économie.
Tout désir est une réminiscence d’une joie unique et sans cause. Éprouver un désir c’est merveilleux. L’univers entier est l’actualisation du désir. Mais pourquoi construire toute une histoire autour d’un désir ? C’est comme l’amour : il n’est jamais problématique. Mais dès que l'accent porte sur une histoire, qui se réfère à un soi-même, c’est la misère. C’est pourquoi Christian Bobin écrivait que dans les histoires d’amour, il y a surtout des histoires et peu d’amour.
Si nous nous arrêtions à examiner clairement ce que nous voulons vraiment – l’a-t-on fait au moins une fois dans sa vie ? –, bien des choses pourraient changer. Il s’agit ici de vraiment voir, de sentir : que veut-on ? Examinez à quel moment de votre vie vous vous sentiez vraiment bien et voyez qu’à ce moment-là vous avez attribué cela à des éléments circonstanciels et décoratifs. On peut se sentir complètement bien sans qu’il ne se passe rien. De tels moments montrent clairement que la joie n’est tributaire de rien. C’est l’histoire que nous nous racontons qui veut nous faire dire que la joie dépend de telle personne, de tel lieu ou de telle circonstance. Tout cela est faux : voyons-le ! C’est important, c’est capital. Sinon, nous allons continuer à errer dans les mêmes sphères. Quand donc allons-nous en sortir ? Voilà ce que j’appelle « se comprendre ». Qu’est-ce que je veux vraiment et d’où vient l’idée que je ne l’ai pas ?


Editions Almora


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