samedi 31 décembre 2011

Betty : La fin de la discussion...



La fin de la discussion


Le même rêve de vivre revenait de vie en vie,
maintenant ainsi l’illusion du temps.
Et là, je vois pour la première fois!
Mon champ de vision est un miroir
au grand complet!

Je suis immobile. J’ouvre les yeux, je vois.
Je regarde le reflet dans le miroir. Mon monde se déroule sous mes yeux.
Les murs blancs, les jolis tableaux, la maison, les fleurs coupées et savamment regroupées dans un vase de cristal. Je vois les petites ouvertures dans le mur, qui me laissent entrevoir une lumière qui me semble moins artificielle : l’extérieur avec le sol humide en dessous, le ciel sans fin au-dessus.
Je vois des oiseaux noirs qui volent en groupe sur un écran pourpre rempli de nuages aux mille formes mouvantes.

Je vois des personnages qui me parlent et à qui je parle.
J’entends un bruit répétitif : le téléphone sonne. « Veux-tu venir souper avec moi? Je ne me sens pas bien. » Un ami veut parler de sa solitude après une rupture amoureuse.

C’est moi partout : ma recherche de stabilité, mon désir de voir la beauté, mon inconfort dans mes relations.

Je vois sur le mur un miroir, ma tête est recouverte d’un diadème d’argent et de perles colorées qui irradient sur mon visage. Je crois que c’est le plus beau des bijoux, mais il pèse lourd.
Serait-ce un masque? encore un masque?
Mes cheveux sont longs et soyeux. J’essaie de me reconnaître. Est-ce bien qui je pense être? Je crois à cette forme-Betty plus qu’à une autre? Qui suis-je?

Le corps ressent un choc, un déséquilibre...
Le visage change tour à tour, en même temps que les sensations :
Je vois un conquérant sauvage : je ressens ma propre brutalité.
Je vois une prêtresse égyptienne : je ressens ma beauté.
Je vois un philosophe perse : je ressens mon intelligence.
Je vois un chaman : je ressens la puissance de mon pouvoir.
Je vois des couples parfaits : je ressens l'apaisement de l’amour.
Je vois des suicides inutiles : je ressens le désespoir humain.
Je vois des défaites cuisantes : je ressens la rage de perdre.
Je vois un missionnaire bienfaisant : je ressens la satisfaction d’aider.
Je vois Dieu : je ressens la complétude.

Je vois le recommencement, le perpétuel recommencement.
Je vois l’intelligence, la peur, le pouvoir, l’ambition, la spiritualité, la beauté, la violence sous une autre forme, juste modifiée, mais avec toujours ce désir d’exister.

Je suis pétrifiée! Qui joue à exister? Le rêveur se voit rêver.

Dans une répétition sans fin d’efforts désespérés, d’arrogance, d’ambitions, je naviguais à contre courant! Je voulais retenir la Vie, je voulais qu’elle me serve moi.

C’EST QUOI CETTE PARADE?
C’EST QUI?
C’EST TOUJOURS MOI PARTOUT!

Ce moi qui veut plus de pouvoir, plus de sexe, plus d’argent, plus de dieux, plus de connaissances, plus de notoriété, plus de joie, plus de satisfactions sensorielles! Le moi veut être reconnu. Il veut briller dans son monde. Il se déguise constamment, et ne se reconnaît pas! Il flirte avec lui-même et avec son monde!

J’ai inventé dans ce monde une grande illusion pour m’y maintenir : l'analyse. Je crois fermement que l’accumulation de vies, de connaissances, de réflexions seront le fondement de ma recherche. Je ne reconnais pas que c’est toujours moi devant moi! Je suis en bataille avec le moment présent, car JE veux exister. Je veux voir ma réalité, mon rêve! J’ai besoin du temps! J’accumule les expériences, je les garde à l’intérieur de moi et je les vois comme un trésor qui nourrira ce mouvement que j’ai accepté : l’analyse.

L’analyse semble régler vos problèmes, adoucir votre vie, vous rendre plus intelligent, vous conduire à la libération, vous rendre calme et spirituel.
C’est un tatouage du corps humain! un réflexe du corps!
C’est votre soldat de plomb.

Voir que je me trompais tout le temps en analysant et en interprétant ce que je vivais et ressentais a foudroyé l’analyseur! Tout ce que j’avais stocké depuis le début de l’humanité ne servait donc plus à rien! L’inutile quête!

J’ai arrêté de nier les faits : je me trompais en pensant que c’était impossible de laisser tomber ce vieux conditionnement. J’étais attachée à ce conditionnement. Je voyais qu’analyser était inutile. Donc, ce que je gardais à analyser à l’intérieur de moi a glissé hors du corps, tout simplement.

La Vérité est de seconde en seconde, et non pas cachée dans une boîte de souvenirs. Et si je mourais à cette précieuse idée d’exister? Ici et maintenant, pas de délai!

J’ai vu la fin des ambitions : spirituelles, matérielles, intellectuelles, relationnelles. Je ne croyais plus au pouvoir de l’analyse : je n’ai donc pas discuté! Basta!
Advienne que pourra!

J’ai accueilli le néant, le vide! Il ne me restait rien pour me sauver. Je n’avais plus d’attachement à mon histoire personnelle. Le corps s’est libéré de moi. La Vie a pris le relais, et une Intelligence vive s’est installée à sa manière.
Que fera-t-elle?

Cette absence de Betty ne sait jamais. La Vie est la beauté même qui s’exprime, intelligemment équilibrée, dans toutes les formes : dans le chat qui attaque un jouet-souris, dans le cycle des saisons, dans la tempête de neige comme dans le soleil ardent, dans les grandes forêts luxuriantes comme dans les déserts arides. La nature vous dévoile votre vraie nature. Laissez la Vie s’exprimer : vous êtes la Vie au grand complet.

Les nuages vous racontent que la Vie est en mouvement, le chat vous parle de l'instinct, les saisons vous dévoilent le mouvement du balancier, les tempêtes et la chaleur du soleil sont les reflets de vos émotions.
La Vie sait ce qu’elle fait! Il y a juste à regarder.

Sur mon écran de rêveur, je ne voyais que ce que je voulais être : ma guerre, ma paix, ma beauté, ma laideur, mes jouets-souris, mes saisons du corps, mon animal domestique, mes tempêtes, mes amours et mes soleils ardents. Je ne percevais que moi; je prétendais aimer et savoir.

Regardez maintenant. Ce que vous voyez est une bénédiction, la perfection même! Votre monde est là, devant vos yeux. Il est là, car il est la seule possibilité. Ne cherchez pas ailleurs. Votre rêve n’est qu’un panneau indicateur pour que cette chose illusoire, le je, constate :

« Cette chose se trompe! Je ne suis pas la mémoire activée par la pensée qui veut prendre la forme d’un individu. La Vie est ce que Je suis : indivisible, intemporelle. »

Profonde gratitude pour la foudre qui a accompagné ce regard véritable

Betty 

site Betty : clicclic



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