vendredi 10 septembre 2010

Nicole Montineri en écoutant Ballaké Sissoko et Vincent Ségal...





Echanges.   Nicole Montineri  « N’ayons pas peur de mourir » ed. Acarias l’Originel

Q : Ma vie est ordinaire. J'observe parfois avec douceur la bataille que livrent les gens avec eux-mêmes pour ne pas avoir à affronter le vide qui les habite, qui les hante sûrement, pour cristalliser encore davantage cet ego. J'ai beaucoup de douleur de devoir me débattre et de voir aussi l'autre dans ses efforts pour exister. La compassion ne peut que surgir de cette compréhension… Mais tout tire vers le bas dans cette existence matérielle, tout est fait pour ne pas avoir de contact profond avec notre vraie nature.

R : Pourquoi dites-vous que vous avez une existence ordinaire ? Personne n'a d'existence ordinaire. Nous sommes tous ici pour vivre ce que la vie nous propose, dans le sens d'une expansion de la conscience. En son essence, la vie est magnifique et demande à être vécue pleinement, intensément, accueillant tout, chagrins et joies, avec le même amour pour elle.
Nous sommes tous des chercheurs spirituels, en quête de sens de notre existence.
Lorsque nous souffrons de notre regard posé sur le monde, sur ceux qui nous entourent, c'est toujours ce même jeu du mental que nous mettons en oeuvre. Nous percevons tout à travers son filtre.
A l'arrière-plan des jeux dérisoires des ego, il y a la conscience, immuable. Connaître sa réalité permet d'atteindre une grande paix, au sein de notre existence quotidienne.
Les évènements sont vécus avec sérénité, les choses sont prises comme elles viennent, les autres sont vus tels qu'ils sont en réalité, des chercheurs de l'espace de lumière, semblables à nous... Notre cœur s'ouvre...

Q : Je me sens « coincé » dans mes relations, les personnes qui m'entourent disent non à mon évolution. Je pensais que l'extérieur s'ajusterait sur l'intérieur, que les vieux schémas ne se reproduiraient plus, mais ce que me donne à vivre mon entourage est un retour en arrière. Pourquoi avoir à revivre ces difficultés ?

R : Notre mental est composé seulement de passé. C'est pour cela que nos pensées sont répétitives, conformistes, jamais neuves, que nous avons l'impression d'être chargés de toutes les difficultés anciennes. Le retour à toutes les lourdeurs et complications passées se fait tant que le mental n'est pas assez mûr pour être capable d'accepter que toutes les manifestations émanent de l'énergie source de la vie, tant qu'il fait des va et vient entre le repos dans l'espace indifférencié et la fixation sur l'aspect objectif des êtres et des choses de l'existence. Tant que nous sommes dans cet aspect duel, nous souffrons. Nous sommes pétris de réflexes mentaux et émotionnels. Ce qui importe, c'est la vision claire, tout doit être vu comme étant l'expression variée de la source.
« Ce n'est pas le mental qui doit s'ajuster », a dit Jean Klein, « mais ce que je suis véritablement qui doit absorber le mental. » C'est à la portée de chacun de nous.
Ne cherchez plus avec votre mental, le neuf ne peut surgir que de la conscience pure et vide.
Vous allez vous apaiser, patience, le temps importe peu.

Q : J'accumule les difficultés comme d'autres accumulent les succès. Le quotidien est devenu une épreuve. Je veux juste être rassuré, comprendre… Si en ce moment, tout dit non, c'est que la conscience en effet est redescendue au niveau du mental. J'ai pensé un moment avoir basculé enfin dans la conscience, mais l'ancrage nécessaire est revenu à la charge, au raz des pâquerettes, en se chargeant de me montrer que rien n'était acquis !

R : C'est lorsque nous croyons être dans une impasse que nous nous transformons le plus. Cette traversée peut nous sembler décevante, lourde, mais c'est parce que l'activité mentale se lasse, se vide de sa complexité. Elle devient plus limpide et cette absence de fixations mentales est prise pour une désolation aride. Notre quotidien est une épreuve par rapport à des souvenirs conservés par le cerveau qui les classe en plaisir/souffrance. De là viennent tous les problèmes. Chacun de nous est au sein de l'Absolu. Tout est parfait : le fait que vous soyez tel que vous êtes, dans cet environnement-là, que tel évènement vous arrive… Nous avons tout à accueillir, à ouvrir notre espace le plus largement possible pour tout faire sien de la vie. La vie est une, il n'y a pas un quotidien matériel pénible et un ailleurs spirituel magnifique. Il faut vivre tout ce qui nous est proposé sans s'y accrocher, sans permettre à la pensée de nous faire croire que tel sentiment de bien-être est définitif. Soyons vides, vides comme la Source d'où tout émerge et où tout retourne.




Q : Dans le quotidien, j'ai parfois du mal à suivre une conversation, à trouver cette fraîcheur et cette spontanéité qui apparaît lorsque le mental n'intervient pas, et puis, sans trop savoir ce qui se passe, quelque chose lâche et un nouveau mode de fonctionnement se met en place, une bascule de l'esprit, quelque chose de doux, de subtil prend le relais, un espace dans lequel aucun problème n'existe … Que cette vie est douloureuse autant que merveilleuse, que cette dualité est dure à affronter…

R : Certaines conversations sont du gaspillage d'énergie produit par des ego qui cherchent à s'imposer… Lorsque quelque chose de doux se met en place, un espace dans lequel aucun problème n'existe, dites-vous, vous êtes le témoin qui observe tout ce qui apparaît et disparaît, les pensées, les émotions, les autres, le monde… Vous ne vous sentez pas séparé.
Qui observe ? C'est le flux ininterrompu à l'intérieur de vous, votre conscience immuable. Au sein de cet espace-conscience, la souffrance n'existe pas car il n'y a pas de dualité. Vous vous sentez en paix car sa nature est paix. Cet espace, c'est l'énergie de vie en toutes choses. C'est elle en vous qui observe et que vous ressentez dés que vous n'êtes plus enfermé dans la pensée. C'est vous-même, dans votre pureté et votre lumière.

Q : Avez-vous recherché l'éveil ou celui-ci est-il venu spontanément ?

R : L'ouverture totale de la conscience, la perception de son union avec le grand Tout, c'est cela qu'on appelle l'éveil, puis demeurer dans cette conscience grand ouverte, savoir que sa substance est silence, qu'elle est notre véritable nature, pure et éternelle.
Ce ne peut être que l'ego qui cherche, avec son instrument, le mental, et le risque est qu'il se renforce encore dans cette quête spirituelle. Ce ne sera jamais lui qui nous fera accéder à une réalité qui le dépasse.
La réponse vient justement au moment où l'on abandonne notre quête, quand les questions avec leurs doutes cessent. Si l'on peut parler de quête, c'est seulement celle où l'ego se lasse et s'use peu à peu… Il s'agit d'être prêt, mais sans attendre. Ce n'est pas nous qui décidons du moment – qui nous ? Il n'y a rien à faire. Il suffit d'être pleinement présent à la vie. « L'éveil » viendra de lui-même, soyez-en sûr, car vous aurez habitué votre conscience à reconnaître la lumière, nature de votre pure conscience, lorsqu'elle se lèvera.

Q : Je comprends l'éveil intellectuellement, mais je n'arrive pas à lâcher prise, à devenir juste un espace d'accueil. J'ai eu des expériences de lumière, mais ça reste des expériences psychiques, résultats d'efforts dans ma pratique du yoga et de la méditation.

R : Il n'y a pas d'efforts à faire pour être ce que nous sommes de toute éternité.
L'effort est uniquement mental, et l'esprit ne pourra jamais découvrir ce qui est infiniment plus vaste que lui. La méditation est seulement utile pour observer le processus des pensées qui viennent et notre attachement à celles-ci. Il est naturel que les pensées surgissent, c'est une forme d'énergie, dont l'origine est pure. Le problème vient lorsque le moi s'en saisit et les retient pour se renforcer, se donner l'illusion qu'il existe. Nous devons arriver à les laisser s'en aller aussi facilement qu'elles ont surgi, sans effort particulier de notre part. Ainsi, l'espace de silence qui est notre véritable nature n'est plus encombré et nous sommes accueil. La paix est notre véritable essence, celle de la conscience. Il n'y a pas d'effort à faire pour y accéder.
La notion d'éveil ne concerne que l'ego. Dans la Réalité, il n'y a pas d'éveil.
Nous sommes de toute éternité au sein de la lumière, de l'énergie d'amour, tous ensemble.
Nous sommes cette énergie de vie, nous sommes la Vie. Personne ne sort du Tout.

Q : Si l'on peut tenter de s'éveiller à sa véritable nature, il n'en demeure pas moins que les tendances habituelles sont lourdes, que la personnalité même fait obstacle au courant de la vie. Les vicissitudes de l'existence, les relations humaines, les difficultés économiques, les vieux schémas de fonctionnement, que de découragement… La question est de savoir s'il y a d'autre chose à faire que d'être ce témoin qui observe en arrière. D'actualiser cela d'instant en instant, sans rien rechercher, sans rien espérer, cela mène t-il à l'éveil ?

R : Nous vivons dans deux dimensions à la fois, mais notre identification à notre corps, par l'intermédiaire de notre mental et de nos sens, ne nous fait percevoir que le monde relatif.
Nous avons, bien sûr, chacun notre destinée terrestre avec son lot de joies et de peines. La clé est de vivre en conscience cette destinée, avec ses vicissitudes, en creusant à chaque fois un peu plus en nous. Chaque expérience nous est proposée en fonction de ce que nous pouvons recevoir, toujours dans le sens d'un épanouissement de la conscience. Il n'y a pas d'autre chose à faire que d'observer à la façon d'un témoin, sans jugement, sans saisie ni rejet. Le témoin, c'est notre conscience profonde, celle qui n'est pas sans cesse conscience de quelque chose, mais qui est vide et immuable.
Cette vie en conscience nous permet d'ajuster notre comportement et nos actions à cette dimension que nous percevons de mieux en mieux, de modifier aussi notre environnement s'il ne nous semble plus adapté. Cela demande du courage, mais sur ce chemin exigeant, la faiblesse n'est pas admise.
La pratique qui est de regarder la vie d'instant en instant, de s'ajuster à son courant à chaque seconde, est la seule que je connaisse. Nous vivons ainsi en harmonie avec ce qui se présente, sans rien bloquer ni projeter, agissant seulement lorsque l'évènement ou la situation le demande, toujours en ayant conscience du témoin à l'arrière-plan. Nous voyons ainsi de mieux en mieux comme les choses arrivent d'elles-mêmes et se résolvent d'elles-mêmes, au sein de ce monde relatif, impermanent et interdépendant.
Cette destinée terrestre, loin de nous arrêter ou de nous égarer, doit être perçue comme le moyen de nous faire prendre conscience de la nature véritable de notre être. Nous devons être capable de voir la vie, non pas seulement dans sa dimension relative, mais aussi du point de vue de l'absolu. La vie est une. S'éveiller, c'est simplement s'en souvenir à nouveau.

Q : Je vois mes propres limites, mes manques, mes blocages, d'une manière accrue et que cela est difficile à accepter parfois !

R : Ne voyez pas vos limites, car c'est justement là l'obstacle. Les limites ne sont que mentales. C'est l'esprit qui observe l'esprit. Les formations mentales sont de l'énergie, pure à sa source. Regardez la source : c'est la conscience, l'intelligence de la vie à l'œuvre à travers nous. Laissez-vous couler dans ce flux, ce mouvement fluide. Allégez-vous, allégez votre environnement. Et vous vivrez dans la paix, la conscience ouverte.

Q : J'aurais tant voulu vous dire que tout va bien, que la vie coule paisiblement, dans l'harmonie. Je suis retombé dans les vieilles ornières, les vieux démons reviennent à la surface et la souffrance est au rendez-vous, aiguë et tenace. En fait, je pense avoir une décision importante à prendre, mais je n'arrive pas à choisir.

R : Essayez de suspendre les pensées désordonnées afin de percevoir à l'intérieur de vous l'espace silencieux et vide. Sans ce vide, l'intelligence de l'énergie ne peut œuvrer en nous, à travers les évènements de notre parcours. Le mental vient sans cesse mettre une distance et nous ne sommes plus en contact direct avec le flux de la vie. Il faut arriver à ressentir la spontanéité de l'instant, sa liberté et sa paix. Cet espace à l'intérieur de soi est le lieu où tout se déroule. Etre en accord avec le mouvement universel, c'est ne rien précipiter, ne rien anticiper, laisser l'énergie se déployer et s'y relier en conscience. Afin de ne pas bloquer mentalement cette énergie, il faut savoir mourir à chaque chose. La vie ne peut être qu'en se renouvelant. Vous devez intégrer ce mouvement, être prêt à mourir à chaque expérience proposée, à votre histoire personnelle. C'est notre désir de permanence qui nous fait tant souffrir. Notre esprit veut donner une continuité à toute chose. Vivre, c'est se tenir dans ce vide, si fécond. Il vous donnera tout. C'est aussi pouvoir supporter la nuit, la désolation qui nous sont parfois proposées.
Regardez simplement, sans motif, ce qui est, avec une attention qui vient de ce vide, et vous agirez spontanément, de la façon la plus juste possible. Votre action découlera de votre vision globale de la vie, et non d'un aspect de celle-ci (notre esprit fragmente tout). Tout sera alors clair. Vous ne vous interrogerez plus sur ce qui doit être fait ou non. La décision appropriée s'imposera d'elle-même. Elle ne découle jamais d'un choix. Nous choisissons lorsque notre esprit est confus. Ressentez le mouvement harmonieux de la vie qui vous porte et reliez-vous y en conscience.

Q : Peut-on changer sa vie radicalement ? Comment sortir de la lourdeur ?

R : En sortant du conditionnement mental. Le mental est « incompétent » pour apporter une vision globale de la vie. Il établit des séparations, porte des jugements. C'est cette dualité créée par lui qui nous fait considérer notre existence comme lourde, compliquée. Nous souffrons tant que nous restons dans sa réalité duelle. La vie, elle, est une ! Les graines d'épanouissement se trouvent dans le geste que nous considérons comme banal, dans la situation la plus anodine autant qu'au sein d'une expérience que nous prenons pour exceptionnelle. Ne cherchez surtout pas à changer votre vie, car c'est encore le mental, donc l'ego, qui mène le jeu dans ce vouloir. Sentez l'énergie qui circule librement à travers vous dés qu'il n'y a plus de blocages mentaux. Cette énergie est libre. Pour la laisser nous traverser, nous devons nous déconditionner de nos réflexes mentaux. C'est ce courant profond qui vous ouvrira une nouvelle dimension de la vie. Ajustez-vous à ce courant seconde après seconde. Vivez ainsi en harmonie avec ce qui se présente, même si c'est une peine, une maladie. Agissez seulement lorsque l'évènement ou la situation le demande. Tout prendra sens, car l'intelligence de l'énergie vous donnera ce qui est bon pour vous. Abandonnez-vous en confiance, c'est la seule « pratique » que je connaisse…

Q : Je n'arrive pas à me mettre dans l'état d'ouverture et d'abandon et à me relier à la source d'amour.

R : Se mettre en état d'ouverture, c'est être en accord total avec la réalité, sans laisser notre imagination mener le jeu, sans qu'un effort de volonté vienne s'interposer. Ainsi, l'ego s'efface peu à peu, libérant un espace où l'énergie de vie peut faire son œuvre. Les choses sont alors prises comme elles viennent, les êtres sont vus tels qu'ils sont : consciences semblables à la nôtre, qui cherchent, souvent douloureusement, la lumière.
La vision claire est l'amour. Voir ainsi rend libre, au-delà de tout ce qui peut se manifester. Peu importe nos conditions d'existence, notre entourage. On peut encore avoir du chagrin : on sait que c'est une énergie qui se manifeste et qui s'en ira, sans laisser de traces car nous ne l'aurons pas saisie mentalement.
L'amour est la Réalité, notre réalité, la substance de la vie. Nous vivons la plupart du temps séparés mentalement de la vie, de ce flux d'énergie ininterrompu. Nous sommes rarement ajustés à son courant. Vivre, ce n'est pas autre chose que se sentir au cœur de ce flot et couler avec lui, s'effaçant par amour, rentrant sans cesse en soi-même tout en s'étendant vers l'extérieur. Retrait – expansion sont les deux mouvements de la vie.
Nous sommes naturellement reliés à la Source. Il n'y a rien de particulier à faire, pas de méditations, ni de pratiques à effectuer. Pas de maîtres : comment enseigner la Vie ?
Nous nous abandonnons lorsque nous laissons l'énergie de vie se vivre à travers nous.
Vivons, simplement, en pleine conscience. Et l'ouverture, l'abandon seront notre présent continu.


1 commentaire:

sevim a dit…

merveilleux texte. "Pas de Maître"? Difficile... Merci de ce partage.

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