lundi 2 janvier 2017

Jacques LUYSSERAN



Homme étonnant, ce Jacques Lusseyran 
II a huit ans quand il perd la vue
Et pourtant il ne se considère jamais comme un handicapé
Car la lumière vient à nous de l'intérieur et que, même aveugle, il  garde en lui la couleur et les rayonnements de la lumière...Il explique que tous les objets émettent des sortes de sons...
Dans un paysage familier, il percevait un arbre "au seul bruit de son ombre".
C'est un voyant
Déporté politique à Buchenwald, professeur de littérature en Virginie, il meurt dans un accident à 47 ans....
Son témoignage de vie est remarquable
Ce livre est un acte de confiance, un acte de grâce, un témoignage sur la richesse de la vie.

EXTRAITS Nos rencontres avec la réalité n’ont pas à être d’abord des rencontres d’intelligence, mais de réalité. Si nous disions à nos idées, à nos opinions, à nos jugements, à nos habitudes, à notre démangeaison de savoir avant de connaître : «Tenez-vous tranquilles, les amis! Je vous appellerai dans un instant», aussitôt, notre perception de l’univers serait bouleversée de fond en comble. Nous ne le reconnaîtrions plus, notre vieux monde. Et il ne serait plus fatigué ni incohérent.”...

"Toute la vie nous est donnée avant que nous la vivions. Mais il faut toute une vie - il faut peut-être plus - pour devenir conscient de ce don. Toute la vie nous est donnée chaque seconde.
Le monde commence aujourd'hui.
Il y a sans doute un passé. Il y en a un pour moi : vous avez vu que j'avais des souvenirs. Mais on ne me surprendrait guère si l'on m'apprenait que ces êtres que j'ai aimés et que je crois morts, que je traite comme s'ils étaient morts, étaient bel et bien vivants, aussi vivants ou plus que moi. Pourrais-je même les penser, s'ils avaient disparu?
Les yeux ne font pas le regard...Nos croyances ne font pas la réalité.
Il y a une réalité : c'est que nous pouvons accueillir la vie. Ce droit nous l'avons. Nous avons la lumière, si nous ne la refusons pas et nous pouvons, avec elle, éclairer toutes choses....
Je suis content de savoir... que tout peut recommencer si je laisse faire la vie. Je voudrais me faire très souple,  très petit. Je n'y parviens pas toujours.
  
Je ne voudrais pas sortir de ma place; Je voudrais apprendre à n'en plus sortir; Or, je sais que ma place d'homme est dans la joie.
Oh ! s'éveiller chaque matin - et pourquoi pas chaque minute - et regarder le monde qui commence.  "   
                          Jacques Lusseyran (Virginie 1958-59)

“Nous passons notre temps à préférer les idées que nous avons du monde au monde même. L’égoïsme n’est qu’une forme, et très particulière, de cette préférence totale. Ce qui m’empêche de lire dans la pensée d’autrui, ce n’est pas le silence d’autrui, ou même ses mensonges. C’est le bruit que je fais, dans ma tête, à son sujet. Avant d’aller à lui, je calcule, je pèse et contre-pèse les mérites et les torts, je tire déjà ma conclusion. Cette conclusion, je la crie dans mes propres oreilles. Je m’enivre d’elle, je m’endors déjà sur elle. Comment pourrais-je m’étonner ensuite de ne pas voir cet homme que j’ai enseveli dans mon vacarme? Je me suis dressé dans mon armure d’habitudes, dressé moi-même entre lui et moi. Je vais donc me tromper, être trompé, m’établir enfin dans ma solitude — une solitude hostile. Ah! L’artificielle misère, et comme il serait plus simple de faire attention! Comme cela nous rendrait heureux! ” 


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